Chronic Heroic : Captain America / le héros historique

Hey ! nouvelle rubrique dans Top Five !

En fait cela fait un moment que je voulais parler du monde des supers héros, mais pas sous l’angle classique de la revue de détail (vu toutes les histoires, cross over et retournement ça va être trop compliqué) mais plutôt en analysant ce qui se cache SOUS le maque (oh oh oh quelle superbe image tout à fait a propos dans le contexte : je suis un génie de la narration).

Histoire de démarrer cette rubrique, j’ai choisi comme premier héros Captain America (fuck yeah !)

Le patriote

Créer à l’origine par le légendaire Jack Kirby et Joe Simon (tout aussi méritant même si moins populaire que son camarade) le super soldat va naître dans un contexte historique bien particulier. C’est en effet à la fin de l’année 1940, alors que le conflit mondiale atteint un point critique et que l’Amérique va s’engager plus avant dans le conflit (je rappel que l’attaque de Pearl Harbor aura lieu à peine un an après) que sort le premier numéro de Captain America.

Fait amusant : le premier bouclier de Captain América était triangulaire (comme un écu de chevalier) reprenant un peu trop le design d’un autre héros de l’époque nommé… The Shield (ça ne s’invente pas). Résultat, le duo Kirby / Simon change le bouclier pour éviter des poursuites judiciaires et le Captain d’avoir sa « forme » finale.

En ce moment vous seriez en droit de vous dire « dis donc il est gentil le Flashou mais il à pas dit qu’il voulait éviter de faire l’historique du perso et ce concentrer sur une analyse ? ». Vous auriez raison mais je vous rappellerais une fois encore que c’est très mal poli de me couper durant mes propres paragraphes pour souligner mes contradictions !

Ce contexte historique est vraiment important pour bien décortiquer le personnage. Captain America est en effet, dans une époque trouble et violente, une incarnation des idéaux de vertu et de justice que presque 80 ans après les américains auront toujours à cœur de représenter. Bien que soldat, le Captain à pour seule arme un bouclier, symbole de son rôle de défenseur / protecteur. Et bien qu’il en fasse souvent usage comme d’une arme, il affronte l’ennemi a mains nues, vétu de la banière étoilée, faisant de lui une icone vivante.

Cette facette du personnage est tout bonnement fascinante, car ce que représente Captain America dans le comics se retrouve dans « la vraie vie ». En effet, il était là pour motiver les soldats américains et stimuler le patriotisme des plus jeunes. Très proche des troupes, on le voit combattre l’ennemi d’une vraie guerre en se mêlant a des « simples » soldats (les fameux « commando hurlants »). Et c’était bien ça l’idée : que chaque soldat au front ait le sentiment que quelque part, sur le champ de bataille, Captain America était là et faisait son devoir.

Captain America était accompagné à l’époque d’un jeune garçon nommé Bucky Barnes qui était son acolyte. Il permettait ainsi aux jeunes lecteurs d’avoir un personnage auquel s’identifier et ainsi « suivre » le Captain au combat (Cette même dynamique est applicable a Batman avec Robin – qui il me semble ont initié le concept)

Si d’autres héros ont « combattu » l’Allemagne Nazi, Captain América est peut être le seul qui ait incarné à ce point l’armée de son pays dans une forme de propagande quasi Stakhanoviste.

La légende

Après la guerre, les aventures de Captain America vont finir par disparaître des kiosques pour connaitre une résurrection en 1963 avec une idée de génie : garder l’historique du Captain et le projeter brusquement dans les années 60 (comme dans les films, il est retrouvé prisonnier des glaces après plusieurs années). Si notre héros reste un fervent défenseur du stars and stripes, il est plus amère et l’age d’or de l’Amérique étant fini, il doit lutter maintenant contre la corruption et les ennemis de l’intérieur. On retrouve ici les thématiques prémices de la guerre froides : paranoïa, espionnage, peur du nucléaire etc…

C’est tout auréolé de sa légende que Cap va gagner des galons supplémentaires : celui qui était un super soldat va devenir un meneur d’homme en devenant l’un des principaux membres des Vengeurs, l’équipe de super héros la plus puissante au monde (et accessoirement copie calque de la Ligue des Justiciers de chez DC comics). Il tire de se role sa fameuse gimmick « Avengers : Assemble ! » (« Vengeur : Rassemblement ! ») qui montre bien à quel point il est vu comme un individu fédérateur, parvenant à maintenir la cohésion dans un groupe pourtant rempli de forte individualité (ne laissez pas trop longtemps Hulk et Thor dans la même pièce…)

Là encore, Captain America conjugue sa légende entre la réalité et la fiction : si dans la réalité il est une publication populaire et ultra connu, dans la fiction il est AUSSI un héros connu et adulé de tous. C’est notamment visible dans le regard de Spiderman, héros de la nouvelle génération qui prend pour modèle le Captain et le fixe avec des yeux d’enfants… nos yeux d’enfants !

Dans un formidable exercice de style, la légende du super soldat s’auto-entretient créant une cohérence que tout le monde peut ressentir instantanément. Fortement ancré dans l’Histoire, Captain America peut servir de boussole morale aux héros comme a son jeune lectorat. Et même s’il doute, il reprend toujours le dessus, nous incitant a garder courage et espoir même dans une époque confuse.

Devenu une référence dans son propre univers, Captain America permet aux auteurs de se la donner à coeur joie dans le registre meta. L’exemple le plus récent est à mon sens dans la saga Civil War ou Captain America devient le leader d’un groupe de justicier insoumis contre une Amérique post 11 septembre ou les héros doivent se soumettre à une loi liberticide (non non… aucune référence au patriot act !). D’ailleurs on notera que son adversaire ne sera nul autre que Iron Man, alias Tony Stark, symbole de l’ultra libéralisme.

Le Super Soldat

Au delà de son parcours éditorial si riche et de sa forte propension à coller a l’Histoire de son pays, Captain America est avant tout un combattant, l’incarnation du soldat moderne. Il fait parti d’un ensemble, et même s’il agit parfois seul, il n’est à son meilleur que lorsqu’il dirige ses troupes sur le terrain.

Plus troublant, Captain America à de très nombreux points commun avec… L’Übermensch si cher aux nazi ! Supérieurement fort, grand, blond au yeux bleus, vertueux, ayant reçu ses pouvoirs par la science… et pourtant !

Le Captain n’est qu’une réponse made in USA a la monté en puissance de l’armement nazi. Une fois de plus, il est la métaphore de l’Histoire : la course technologique est ici celle de la super science capable de rendre les hommes plus puissants, mais là ou le méchant Nazi sera un instrument de destruction le Captain et son bouclier seront des protecteurs : les mêmes moyens mais utiliser dans des fins différentes c’est toute la différence entre notre héros et L’Übermensch.

De plus, là ou les super soldats ennemis sont vu comme un groupe formaté ou tous les individus sont identique, Captain America est unique, et ne peut pas être recréer (ce que tenteront ses ennemis comme ses allié sans succès) prouvant que plus que la science, c’est l’homme qui importe. Lui le jeune homme chétif mais au courage immense, connait la faiblesse et use donc de sa force avec bienveillance comme le devrait tout héros.

Finalement quoi de plus normal pour un personnage née de l’imagination de deux auteurs juifs voulant créer un justicier combattant ceux qui se prétendaient la race supérieure ?

Le Citoyen Américain

Outre sa grande force physique (mais qui n’a rien d’exceptionnel chez les super héros) Captain possède un bouclier indestructible… ou tout du moins qui l’a été un bon moment ! Il est en effet intéressant de constaté que ce fameux bouclier n’a été brisé qu’a l’époque ou l’Amérique était fragile. Du temps de la seconde guerre mondiale la confiance du peuple pour son gouvernement était sans faille, et les USA semblaient porté par une réussite a toute épreuve. Et puis est venu le temps trouble du Maccarthysme, le WaterGate, la guerre du Vietnam et ses soldats qui ne savaient plus pourquoi ils se battaient, l’Afghanistan, le Golfe…

Si la guerre a souvent influer sur les histoires du Captain, la politique intérieure américaine à aussi eut son effets. Rappelons nous que Captain America à été un des premiers héros à former un duo d’égal à égal avec un afro américain : Falcon (en ce sens que ce dernier n’était pas son « disciple » comme pouvait l’être Bucky Barnes) ou bien qu’il à prit parti pour les libertés individuels (Civil War).

Extrêmement humain dans son être, et pourtant tellement iconique, Steve Rodgers est une création qui s’est peaufiné a travers plus de 80 ans d’édition. Il est la forme moderne du soldat loyal, mais aussi du citoyen qui porte ses valeurs. Comme un Léonidas, c’est un chef de guerre prêt a tout sacrifier non pas pour vaincre, mais pour défendre les siens (bon d’accord… sur ce coup là je suis pas forcement sur de mon coup a propos de Léonidas !).

 

Fin de cette première chronique super héroïque : j’espère qu’elle vous à plut / intéressée. N’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires (notamment si vous voulez qu’on parle prochainement d’un héro en particulier), et à bientôt pour une autre chronique !

 

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