Le Zugzwang (ou pourquoi votre conversation est voué au clash)

J’écris cet article en rebond sur la polémique (ou le clash, appelez ça comme ça vous chante) qui à débuté sur Twitter entre le rédaction de Canard PC et plusieurs personnes (je ne veux pas les résumer à « féministes » ) qui reprochent à la dite rédaction d’avoir hypocritement fustiger le sexisme alors qu’au final leur dernier numéro n’était pas blanc blanc de ce point de vu là.

Je précise tout d’abord que je ne veux prendre parti pour personne car je ne suis pas du tout objectif dans cette affaire : lecteur de longue date de Canard PC et plus anciennement de Joystick (dont sont issue la grande majorité de team CPC) j’ai bien trop d’attachement « sentimental » pour avoir un jugement vraiment équitable. De plus, je suis clairement mal placé pour faire la leçon à qui que ce soit; j’ai conscience d’être moi même en partie vecteur des clichés sexistes même si j’essaye d’aller contre cette tendance (sauf qu’aller a l’encontre de toute une éducation et d’un modèle sociale n’est pas forcement évident, surtout si vous êtes du « bon » coté de la barrière). Dès lors que j’admets ma « non fiabilité », prendre parti est malhonnête aussi bien pour les uns que pour les autres.

Alors pourquoi cet article me direz vous ? et bien c’est tout simplement parce que ce débat a été pour moi une illustration flagrante d’un phénomène que j’avais déjà constaté à plusieurs reprises lors d’échanges tous plus polémiques les uns que les autres et dont je voulais vous parler.

Ce phénomène je l’ai baptisé le Zugzwang. A partir de là je vous demanderais s’il vous plait d’oublier les arguments et de vous focaliser sur l’aspect rhétorique des choses.

Le Zugzwang est un terme du jeu d’Echec qui désigne une situation ou la meilleur chose à faire serait… de ne rien à faire.  C’est par exemple le cas lorsque votre roi est parfaitement protégé, mais que n’importe quel coup que vous pourriez faire par la suite ne conduise à sa perte. Le point critique de cette situation est l’obligation d’agir alors que la situation est maitrisé.

Si cela vous parle plus, considérez que la dissuasion nucléaire est une sorte de Zugzwang : tant que personne ne joue, tout le monde gagne. Cette situation est cependant non conclusive car le débat reste ouvert (mais au moins on gagne du temps).

Dans un débat, le Zugzwang arrive lorsque des arguments s’opposent jusqu’à un point critique ou l’un des groupes (A) est confronté a une prise de position par son antagoniste (B) : soit A accepte ce qui vient d’être dit, mais dans ce cas renie tout ce qu’il à exposé avant, soit il maintient sa position et doit frapper B plus fort encore. B de son coté est alors a son tour dans le Zugzwang, soit il accepte la réponse renforcé de B et dans ce cas il subit une défaite plus cuisante encore, soit il réfute l’argument, et frappe encore plus fort. Plus le phénomène dure, plus la situation se bloque.

Les arguments la dedans ? de la poudre aux yeux : tout est affaire de ressenti et donc chaque argument sera tourné par chaque protagoniste a sa sauce. Nous sommes dans des schémas d’échange transactionnel ; le raisonnement ne se fait plus au même niveau, et on se trouve ici dans un cercle vicieux qui n’offre a aucun des protagonistes une situation de type gagnant / gagnant (la base de la diplomatie).

La stratégie d’un débat est souvent le gagnant / perdant (je vise la victoire par la perte de mon adversaire) mais nous l’avons vu, c’est une situation qui ne peut que tourner en rond a cause du Zugzwang. Nous allons intuitivement vers ce genre d’échange, pourtant ils sont totalement inefficace et voir même contre productif.  Un individu convaincu de ses idéaux refusera toute autre stratégie car il croit fortement en ses choix. Pourtant, et même s’il à raison, cet approche rhétorique garanti un débat bloqué à plus ou moins court terme, voir au final une victoire à la Pyrrhus (gain inférieur aux pertes subit).

Alors tout cela est bien joli, mais comment sortir de cette situation ? et osons poser la question : voulons nous en sortir ?

Je pense que toute personne qui souhaite promouvoir ses idées doit le faire avec à l’esprit le gagnant / gagnant. Si ce qui compte c’est d’avancer, alors il faut accepter le compromis, il faut offrir à l’autre une porte de sortie ou il peut garder la tête haute, et il faut se refuser a la victoire totale qui est (a mon sens) utopique.

Les idéaux sont trop théorique pour être confronté au monde réel, c’est pourquoi il faut adoucir les angles par la médiation. Le but d’un échange doit être que de part et d’autre on obtienne ce point d’équilibre qui, s’il ne satisfait pas à 100% chaque partie, permet au moins d’avancer et de débloquer le Zugzwang (qui est selon moi la pire des situations).

Préférons le mouvement à l’inertie et gardons une porte ouverte a notre adversaire, fusse t’il le dernier des salopards : qui sait ce qu’il pourrait en ressortir ?

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2 réflexions au sujet de « Le Zugzwang (ou pourquoi votre conversation est voué au clash) »

  1. Pas certain que Zugswang soit le meilleur terme pour cela : il y a bien la notion de « coup forcé » (d’ailleurs, c’est la traduction depuis l’allemand) mais aussi d’affaiblissement inévitable de position, ce qui n’est pas le cas dans une discussion où il est possible de se taire (option trop rarement retenue) / d’admettre sa défaite.

    Considérer que ta position est affaiblie parce que tu te tais très révélateur des habitudes de quelqu’un qui pourtant fait l’article de la négociation gagnant/gagnant ! 8-)

    Autre chose, tant que j’y pense : laisser une porte de sortie à son opposant est très commun en orient. En occident, on recherche plus à faire capituler son contradicteur à coup de charge de cavalerie, de canon et de coup de barre à mine dans les genoux…

    Et sinon : oui, je suis toujours vivant. pourquoi ?

  2. Tu noteras que j’ai évoqué la possibilité de conclure par l’acceptation / se taire, mais que dans mon cadre d’analyse ou les polémistes étaient animé d’une foi dans leur propos qui leur interdisait d’y renoncer totalement, cette option n’était pas appliquable.

    Il est vrai que la pensé orientale va plus dans le sens du compromis et de la négociation plutôt que la capitulation totale. C’est la grande difference entre Zun Tzu qui préconisait d’épargner ville et village si possible et Napoléon qui n’acceptait aucune rédition.

    En tout cas ravi de voir que tu es toujours en activité ! :)

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