L’instinct de mort (ou la justice populaire de Monsieur tout le monde)

On parle beaucoup de cette terrible histoire d’une gamine de 9 ans assassinée. On ne lésine pas sur les adjectifs pour décrire « le fou » « le monstre » « la bête ». Sur l’autel de l’émotion facile se dessinent des messages pour « le petit ange » victime de cette horreur. Je suis salaud en disant ça, mais je trouve indécent se déluge de bon sentiment pour des drames qui sont si loin de nous alors qu’on délaisse facilement les gens qui sont sous nos yeux.

Mais passons…

Déjà les tribunaux populaires aiguisent leurs couteaux. On s’en prend à Badinter, car finalement c’est un peu sa faute pas vrai ? On regrette cette justice trop molle qui sert les criminels plutôt que les victimes. Fut un temps on avait pas ses problèmes car on traitait durement les salauds.

« Pas de pitié pour les crapules, ils ne méritent pas d’être traité comme des humains…  »

Sans doute… Mais est ce que nous méritons de devenir des brutes à leur égal ? Qu’en est il de notre moral ? Vous ne cessez de le dire : prendre une vie est un acte horrible, et pourtant c’est ce que vous souhaitez faire ? Il ne s’agit pas de pitié, il ne s’agit pas de dire que la personne à droit à une seconde chance, il s’agit de définir qui nous sommes et quelle société voulons nous.

Vous parlez de vengeance ? Une vie de prison est un supplice bien plus dur que la plus cruelle des exécutions.

Le seul point ou je ne peut que m’accorder avec vous est la prévention des récidives, mais la encore le système existe et il faut le corriger pour qu’il s’applique correctement.

Ce que je m’apprête à dire est terriblement violent, mais il y’aura toujours des crimes de ce genre. Des enfants au mauvais endroit au mauvais moment. De la même manière qu’il y aura toujours des accidents de la route stupide à cause d’un type saoul, d’une nana qui roule trop vite ou que sais je encore. Je ne dit pas qu’il faut accepter toutes ces choses avec fatalisme, mais regarder la réalité en face avec lucidité et faire la part des choses.

Tout ceux qui réclament une tête pour une vengeance qui n’est pas la leur devraient se demander pourquoi il le font, tout ceux qui pensent qu’on résous les problèmes en se débarrassant de l’autre devraient réaliser qu’on est toujours l’autre de quelque qu’un. L’état ne devrait pas être armé du pouvoir de vie et de mort, parce que c’est une dérive trop dangereuse et qui n’apporte que de maigre bénéfice.

Peine de mort, torture, bannissement, sont des solutions d’un autre age qui n’ont JAMAIS résolut de problème durablement. Il ne faut évidement pas laisser faire, et réagir avec les individus nuisibles aux autres, mais il faut aussi ce demander comment ne pas CRÉER de tels individus.

La peine de mort ne dissuade pas les criminels, car ceux ci agissent dans l’idée de ne pas se faire prendre. Ils s’illusionnent dans l’idée qu’ils ne se feront pas prendre… et souvent ils ont raison. Et poussons le raisonnement dans l’autre sens : si je suis un criminel et que je sais que si je me fais attraper je risque ma tête, je me retrouve dans la situation de l’animal acculé : je n’aurai plus rien à perdre et je serai prêt à tout pour sauver ma vie… quitte a faire encore plus de dégâts

Je suis toujours « amusé » lorsqu’on me dit « je suis pour la peine de mort… mais seulement pour les tueurs d’enfant ! » parce que ça démontre bien l’hypocrisie des gens : oui on veut pouvoir tuer, mais on sait que c’est mal alors immédiatement on pondère en essayant de justifier pourquoi. A la limite je préfère un franc et honnête « oui » qu’un tel déballage.

Préserver la vie est important non seulement vis à vis de celui qu’on cible (la clémence étant à mon sens une vertu cardinale) mais aussi vis à vis de soit même. Tuer les criminels n’apporte rien, ne fait rien économiser (la peine de mort aurait un cout estimé 3 fois supérieur à celui de la prison a perpétuité) et entretient la loi du Talion.

Sauf que « Oeil pour oeil » et le monde devient aveugle…

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