Pensées éthyliques (by Marmotte)

Il est des matins comme ça, où, se réveillant en retard avec une céphalée carabinée, l’on réalise la vacuité de l’existence. C’est avec un sentiment étrange collé au cœur que je me rendais péniblement dans ma salle de bain prendre une douche qui je l’espérais me rendrais un peu de mon apparence humaine. Ce n’est qu’en levant mes yeux rougis de lapin myxomatosé sur l’image que me renvoyais le miroir que je réalisais quel était ce sentiment familier. La déception. Et oui, j’étais toujours et éternellement moi même. La même gueule désespérante que je traîne depuis des années me dévisageait passivement, attendant que son double de chair daigne faire un geste pour l’imiter.

Le moins que l’on puisse dire c’est que j’avais une sacré gueule de bois, due, entre autre, a des retrouvailles avec une ex. Étrangement en repensant à la soirée de la veille je commençais à me sentir mieux, plus serein. A la trentaine, malgré le taudis dans lequel je vivais, mes trop rares amis peu présent, mon célibat qui commençait à se faire long, je réalisais que finalement j’avais la vie a laquelle j’aspirais étant plus jeune. Gavé de culture soap, d’anti-héros, et de bière bon marché, je m’étais moi même taillé ce destin sur mesure pendant les dix dernières années. Mes rêves d’ado commençaient à me paraître lointain, mais je commençais à me sentir étrangement bien dans l’acceptation placide de ma médiocrité de mieux en mieux assumée.

Ouais, j’avais mis le doigt dessus entre le rasage et le brossage de dents à l’aide d’une vieille brosse qui avait dépassé ça date de péremption depuis deux ans : j’étais fait pour être moyen. Finalement n’était-ce pas ça qui me maintenait en vie? Si je m’étais accroché à tous ces rêves non accomplie, a mes fantasmes qui ne seraient jamais assouvis, comment n’aurais-je pas terminé dépressif? Alors qu’en me contentant de mes petites joie quotidienne, comme de découvrir qu’il reste une canette de 8-6 au frigo un dimanche après-midi je me sentais bien. Je me sentais moi même.

Déjà passablement en retard, je jetais un vieux cuir élimé sur mes épaules et empoignait d’un air décidé mon sac laissé au milieu du salon la veille au soir. Je ne prenais pas de café ce matin là, me disant qu’au moins je pourrais dormir dans les transports en attendant d’entamer ma journée au combien ennuyeuse enfermé dans ce bureau du même acabit. Mais il n’y eu point de sommeil bercé par la cadence du RER, ce nouvel état me taraudait.

Ce n’est qu’après une journée fort déplaisante et quelque pintes au pub avec des potes aussi pochtron que moi que ma réflexion refit surface. Ouais j’étais un loser, et le pire c’est que je commençais à être heureux de l’être. Trop lent, trop bête et trop naïf pour être méchant, trop feignant pour devenir riche à million, trop lâche pour m’engager dans une relation sérieuse, finalement je n’avais que des avantages à ne pas déséquilibrer mon mode de vie. Ce soir là, je m’endormis calmement sur la table du salon, soûl comme un cochon, avec un sourire inénarrable incrusté sur ma face de raté. je venais de trouver ma place, quelque part entre un pack de bière a moitié vide et un compagnon de beuverie endormi sur mon canapé…

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3 réflexions au sujet de « Pensées éthyliques (by Marmotte) »

  1. Ouahou… C’est beau d’acceptation placide de la fatalité.
    J’en suis ému.

    « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible »

  2. Allons, allons, il ne faut pas tirer une tête comme ça et cesser de se raser les joues. Il ne faut pas considérer une vie moyenne comme un échec, compte tenu que, moyenne, formidable ou complètement ratée, elles ont toutes les chances de se terminer de manière identique.

    Dans ces conditions,il est admirable de rentrer chez soi ivre mort sans s’être fait écraser / coffrer. Epatant de se réveiller avec seulement une gueule de bois et non ses intestins en guirlande de premier mai. Audacieux de venir poster ici.

    Sans oublier le mérite d’emballer le chocolat dans du papier aluminium. Marmotte, continue comme ça. Merci.

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