Journal de bord – Episode 10 : Une hotline d’Enfer #DefiBradbury

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Une Hotline d’Enfer

Le ciel…

L’enfer…

Depuis l’aube de la création, la guerre sans merci que se livrent les forces du Bien contre celle du Mal fait rage dans notre monde. Pourtant, cette guerre reste invisible à nos yeux, et nous ne savons pas que derrière nos joies ou nos peines se cachent en fait de terribles batailles entre les servants de Dieu et les sbires du Diable.

Les uns cherchent notre bonheur, les autres nos larmes.

Et c’est ainsi que des hordes démoniaques se dissimulent partout créant toute sorte de tracas pour tourmenter les vivants tandis qu’a l’inverse, les armée du Ciel nous apportent l’espoir et nous protègent des engeances infernales.

Cette grande guerre qui dure depuis toujours n’est pourtant pas qu’une affaire de soldat. C’est en effet une logistique complexe qui permet à chaque camp de maintenir ses positions. On ne compte plus les agents logistiques chargé simplement de livrer du matériel, créer des alibis ou encore plus bêtement répondre à la hotline.

Car oui, il existe une hotline pour chaque camp, afin que les agents de terrain aient une aide en cas de besoin, et ce dans le respect des protocoles et des procédures.

Si les anges, discipliné et méthodique par nature, n’y avaient que très rarement recours, les démons, qui eux étaient bordéliques et incontrôlables, passaient leur temps à l’appeler. Il faut dire que la tentation était grande et que le numéro était simple à se rappeler : 666…

Ce soir-là (enfin si tant est qu’on puisse parler de nuit au cœur des Enfers) au fin fond de la cité de Dis, l’équipe de nuit de la hotline arrivait pour prendre son service, narguée comme d’habitude par l’équipe de jour.

En effet, la plupart des cas intéressants avaient lieu en journée, car comme les démons étaient du genre feignant ou fêtard, la nuit était rarement le moment où ils avaient besoin des services de la hotline. Mais cela ne dérangeait pas outre mesure Kaparystazakrak, démon en chef de l’équipe de nuit, et accessoirement démon expert en téléportation par pyrolyse.

Il aimait profiter du calme nocturne pour lire, fumer et hurler des ordres sur son équipe tout en regardant le meilleur des productions humaines : le télé achat. La chaîne du télé achat était d’ailleurs la seule qu’on pouvait regarder en sa présence sous peine de déclencher une de ses redoutables crise de téléportation spontanée, générant des torrents de flamme dans le bureau.

Bien entendu, c’était une extrémité auquel personne ne souhaitait être confronté.

A part ce point, Kaparystazakrak (ou Kap pour les intimes) était un chef bienveillant avec son équipe et toujours de bon conseil (même si les conseils en question étaient transmis par le biais de hurlement).

Le premier arrivé fût Somninalanuralostes (alias Somni) pour la simple et bonne raison qu’il avait dormit toute la journée dans un placard du bureau, calé entre le balai et les portes manteaux. Démon des ombres à la peau bleuâtre, Somni était un rêveur qui avait pour passion secrète de collectionner des photos haute résolution du Paradis sur son ordinateur. Bien que sur le principe, c’était quelque chose de mal vu en Enfer, le fait qu’il se les procure par des moyens très très louches compensait la nature angélique de ce hobby.

Prenant place sur son bureau (si si : dessus, en tailleur) Somni sorti du tiroir situé dans le petit caisson à roulette installé à sa droite, un petit jouet en plastique pour faire des bulles. Il trempa avec application la tige terminé par un anneau dans le tube remplit d’eau savonneuse, l’égoutta et enfin souffla doucement dedans. La bulle, brillante et légère, s’envola dans la pièce, suivit par les yeux sombres bleus pétrole du démon rêveur.

Mais alors qu’elle allait atteindre le bureau qui faisait face à celui de Somni, elle fut éclatée sans sommation par un énorme poing démoniaque. C’était un point rouge, couvert d’écailles acérées et de pointes parfaitement aiguisées.

Un vrai poing de démon de la fureur…

« SOMNI ! J’EN AI MARRE DE TES BULLES A LA CON ! JE VAIS TE FAIRE BOUFFER TON JOUET DE MER…
– Doucement Prof… » dit Kap qui venait de se téléporter dans le dos du colérique démon. « Tu sais que si tu casses quelque chose, ça sera retenu sur ta solde ! »

Bien que Profamakatebazrok (dit Prof) fusse un démon de la fureur mesurant 50 cm de plus que Kap et pesant facilement 40kg de plus que lui, il suivit immédiatement l’ordre de son supérieur. Ce n’était ni la loyauté, ni la discipline ou même la peur qui motivait un tel acte d’humilité, mais simplement un esprit suffisamment lucide pour savoir qu’il n’y avait rien de pire qu’un démon téléporteur en rogne, celui-ci pouvant par pure facétie téléporter une partie de votre colon dans votre bouche.

Kap fit les gros yeux à Somni qui rangea immédiatement son jouet à faire des bulles. Comme Prof, il attrapa son casque de téléphone, et démarra son ordinateur afin de pouvoir prendre son service. Kap lui, se téléporta à son bureau, situé à l’étage du dessus, et donna ses ordres via un interphone tout en observant par caméra l’équipe.

« Ce soir c’est calme, il y’a la rediffusion de « Spinal Tap » sur channel 9, donc la plupart des gros lourds de démon du métal seront occupés. On devrait pouvoir se la couler douce… »

Scrutant l’image renvoyée par la caméra, Kap réfléchi un instant puis se téléporta à nouveau dans le bureau de la hotline. Il chercha quelque chose du regard puis demanda à Prof et Somni :

« Il est pas là le nouveau ?
– Un nouveau ? » demanda Somni
– Quel nouveau ? » reprit Prof « Pourquoi je suis pas au courant qu’y a un nouveau hein ? POURQUOI C’EST TOUJOURS MOI QUI…
– Oh la ferme ! » coupa Kap « Et puis Chypi non plus elle est pas là ? »

Kap faisait référence à Chypiakyalinaraba (surnommé Chypi), succube glamour et sexy qui s’était découvert une passion pour le téléphone rose et qui espérait pouvoir donner du « piquant » (ce sont ses termes) à la hotline.

« Ah bah non… elle est pas encore là, c’est bizarre elle est du genre ponctuelle » dit Prof
– Personne n’est parfait » rajouta Somni

Kap commençait à bouillonner. Il avait une vague idée d’où était Chypi, et si son intuition se confirmait, la soirée allait commençait par un bon vieux pétage de plomb en règle, avec flamme, hurlement et violence physique abusive.

***

Sur le toit du bâtiment de la hotline, situé au carrefour du torrent des suppliciés et des grandes fournaises des lamentations infinies des soirées arrosées, Chypi était en train de se livrer à un torride jeu de séduction avec le petit nouveau. Ce dernier avait croisé la succube dans l’ascenseur qui devait l’amener au bureau de la hotline, mais sans qu’il sache pourquoi, Chypi s’était jeté sur lui pour l’embrasser gouluement à peine les portes fermées. L’instant d’après il s’était retrouvé allongé sur le toit, le caleçon sur le cheville et la sexy succube blottie contre lui, en sous vêtement.

« Whaou… » dit-il perplexe « mais il s’est passé quoi là ??
– T’as été super mon chou… j’avais jamais ressentie ça avant pour un démon…
– Euh merci… euh c’est quoi ton nom déjà ?
– Coquin… c’est Chypiakyalinaraba… me dit pas que tu l’as déjà oublié après tout ce qu’on a fait ?
– Ah non non bien sûr ! Euh… en fait si… un peu… c’est très très flou tu sais ?
– Mais… je croyais que tu m’aimais… que t’étais différents des autres ! »

Chypi se mit à pleurer

« Allons allons voyons ! Faut pas te mettre dans des états pareils ! T’inquiète pas : Mexi va tout arranger !
– C’est… c’est qui Mexi ?
– c’est moi Mexi. C’est mon nom.
– Mexi ?
– Mexi
– Juste Mexi ?
– Ouais juste Mexi
– Mais c’est un prénom de…
– Hey ouais beauté…
– C’est un prénom de merde ! »

Chypi se releva. Elle claqua des doigts et une brume rougeâtre s’enroula autour de son corps presque nu pour finalement s’y plaquer et devenir un ensemble bustier / pantalon / bottes très élégant bien que l’abus de couleur rouge la faisait ressembler à un signal d’avertissement routier.

« Moi qui croyait que t’étais différents des autres MEXI ! Mais t’es rien qu’un sale démon tout pourri qui ne me voit que comme une fille ultra sexy au corps parfait ! Bah je suis pas que ça figure toi !
– Mais… enfin j’ai rien dit de…
– SILENCE ! »

La vérité derrière cette sortie théâtrale de Chypi, c’est qu’elle ne voulait surtout pas admettre avoir fricoté avec un démon s’appelant Mexi.

Ce dernier s’était relever à son tour et commençait à remonter son caleçon.

C’est alors qu’un virulent feu des enfers s’alluma soudainement dans son dos, lui chauffant suffisamment l’arrière train pour lui faire pousser un cri. Il se retourna et vit Kap, les bras croisé et l’air renfrogné, comme si on venait de lui apprendre que Los Angeles avait été nommée capitale de l’année au détriment de Las Vegas (cherchez pas trop : Kap est un démon avec un sens des références bien à lui).

« C’est toi Mexi ? » dit-il tout en fixant le jeune démon. « Faut croire que t’as décidé de commencer ton service en me faisant suer pas vrai ?
– Euh… non non pas du tout m’sieur…
– Kap…
– Pardon ?
– Tu m’appelles Kap, tu finis une phrase à mon attention avec Kap. Comme si c’était un point final.
– Ma foi ça risque d’être compliqué : en effet si je fais ça, dois-je le faire à chaque fin de phrase stricte ou bien lorsque ma proposition entière est finie ? Et oui parce que dans le premier cas je risque de répéter « kap » un paquet de fois ! Et dans le second c’est dur à dire parce qu’on ne sait pas toujours si on a fini une phrase et…
– Dois je te rappeler que je suis un démon téléporteur du 6eme cercle et accessoirement TON PATRON ? »

Dans un réflexe salvateur, Mexi plaqua une main sur sa bouche et l’autre sur ses fesses… laissant de ce fait tomber son pantalon qu’il était en train de remonter.

« Et toi Chypiakyalinaraba : tu crois que je ne t’ai pas vue ? » enchaina Kap

La jolie succube qui croyait pouvoir atteindre les escaliers menant à l’étage sans se faire repérer se figea, puis tourna la tête vers Kap et lui sourit. Elle se rapprocha de lui, suant à grosse goutte gardant ses mains dans son dos au niveau de ses fesses par précaution.

« Saluuuuut Kapounet….
– C’est Kap !
– Kap Chéri… écoute c’est vrai je suis à la bourre et j’ai entraîné le nouveau dans mes bêtises… mais bon voilà c’est tout moi, je vois un bel homme, je me dis « sera t’il aussi formidable que Kap ? » je nourri un vain espoir, et ça fini toujours pareil : ces animaux m’obligent à aller sur le toit pour me faire des choses…. oh je n’ose même pas te raconter, j’en suis toute retournée
– Mouais… donc tu l’as croisé, tu l’as branché et tu l’as envouté et amené sur le toit en lui faisant croire que vous aviez fait des trucs ensembles pour le forcer à sortir avec toi c’est ça ? »

Tout le drame de Chypiakyalinaraba était que c’était une très mauvaise succube. Ô certes elle avait un corps splendide et sexy, une démarche à damné un saint et une voix suave et envoûtante qui vous donnait l’impression que milles langues expertes vous léchaient les oreilles… sauf que Chypi n’avait jamais fait usage de son corps pour autre chose que charmer le monde (comprenez : elle était vierge, ce qui dans sa branche était plutôt mal vu) car c’était une romantique dans l’âme et qu’elle voulait rester chaste jusqu’au jour où elle trouverait LE démon qui partagerait l’éternité avec elle. Ou accessoirement un mortel vraiment mignon mais aussi gentil et sensible avec qui sa vaudrait la peine de passer à l’acte.

Sauf qu’en 400 ans Chypi n’avait jamais dépassé le stade du flirt ce qui avait en grande partie contribué à sa nomination à la hotline (qui sachez-le n’est PAS un service réputé).

Tentant sa dernière chance, la jolie succube se blotti contre Kap pour sangloter quelques larmes de crocodiles. Le chef d’équipe n’était pas dupe, mais Chypi excellait à simuler les larmes sincères d’une pauvre jeune fille esseulé. Or ce bruit était pour un démon comme une craie sur un tableau : une horreur !

« Bon ça va ! » dit Kap à la succube « retourne à ton poste et conduit le nouveau au sien ! Et t’as intérêt à ce qu’il perde pas son pantalon entre les étages c’est bien compris ??
– Oh oui Kap ! Merci Kap ! Oh Kap tu es si… Kap ? Oui voilà tu es tellement toi que c’est… oh Kap… mon gentil Kapounet
– Juste Kap…
– Oui tu es tellement juste, tellement… dis ça te dirai pas qu’on aille prendre un verre un soir pour discuter de…
– Chypi : t’es lourde ! »

***

Toute la petite bande avait pris son poste : sur la première position de travail, il y’avait Somni et Prof, installé près de la fenêtre qui avait vu sur le mont des espoirs déçu de gain aux jeux à gratter (qui avait pas mal grandi ces dernières semaines). De l’autre côté de la pièce, adossé à l’autre fenêtre, donnant elle sur Satan Plaza et le grand magasin HellDiscount ou on pouvait tout acheter si on y mettait le prix, se trouvait le bureau de Chypi en face duquel on avait installé Mexi. Celui-ci était déjà l’objet de toutes les curiosités.

« Mais… c’est vraiment ton nom Mexi ? » demanda Prof
– Ouais c’est mon nom, vous savez les jeunes de ma génération on peut plus se taper des noms à rallonge comme vous les vieux de la vieille
– Hey ! Surveille ton langage petit merdeux ! » répondit Chypi « Insinue encore que je suis une vieille peau et je vais dire à Kap que t’as essayé de me tripoter !
– Quoi ?
– Laisse tomber l’ami » répondit Somni de sa voix rêveuse « Chypi fait le coup à tous les nouveaux mais elle est trop timide pour parler comme ça devant Kap
– C’n’est pas l’impression qu’elle m’a donnée sur le toit !
– Oh elle t’a fait le coup du toit ? Non vraiment ne t’en fais pas tu t’habitueras…
– J’avais tellement d’espoir pour nous deux Somni… » dit Chypi avec de faux sanglot dans la voix « tu étais le seul assez sensible pour me comprendre…
– Laisse tomber Chypi je ne veux pas être ton oreiller émotionnel : t’as pas besoin d’un mec, ce qu’il te faut c’est un thérapiste »

Les 3 autres démons fixèrent Somni horrifié. Aux enfers, les médecins de toute sortes étaient aussi craint que les exorcistes. Prof se signa d’une croix inversé et Mexi récita mentalement les paroles de « Season in the Abyss » de Slayer en guise de prière à Satan.

***

Il était minuit passé, et aucun appel n’était arrivé. L’équipe de nuit vaquait à ses occupations : Prof regardait des vidéos de combat de MMA tandis que Somni avait tiré un nouveau jouet de son tiroir à malice. Il s’agissait d’un yoyo en bois qu’il maniait avec dextérité. Mexi lui relisait en boucle les procédures tandis que Chypi finalisait sa manucure avec une petite faucille d’ombre qu’elle avait eu comme cadeau d’un ami faucheur d’âme.

Le téléphone sonna enfin sur le poste de Prof.

Avec l’habitude d’un vieux briscard, il coupa le son de son programme sans couper l’image puis prit la communication. Afin d’éviter tout problème, les gens de la hotline s’exprimait uniquement en démonique, ce qui faisait que si un humain appelaient par erreur, il croirait avoir fait un faux numéro et n’insisterait pas (ce qui s’était avéré toujours vrai jusqu’en 1980 où ce drôle de type, Mark David Chapman, avait appelé pour demander des explications sur « l’attrape cœur » de Salinger).

Bien évidemment, c’est une version traduite qui vous sera donné ci-dessous.

« 666 support du vice, Profamakatebazrok à l’appareil j’écoute
– Allo ? Ici Peteracytokrates, démon des aéroports… dites je vous appelle parce que j’ai un souci…
– Dites-moi tout : un souci dans les permutations de bagages ?
– Non non rien de tout ça… en fait j’ai un coup de déprime. J’en ai marre de voir passer des bagages avec des étiquettes venant de Hong Kong, Tahiti ou le Cap Vert… ça fait vingt ans que je vis dans le dépôt à bagage de l’aéroport d’Atlanta…
– C’est un grand aéroport ça dites donc !
– Le plus grand terminal du monde… alors je peux vous dire que j’en vois passer de la valise ! Je connais tous les modèles : des saloperies d’imitation chinoises qui se décolorent au soleil jusqu’au sac Vuitton haut de gamme. C’est d’ailleurs ma grande spécialité ça : convertir les originaux en imitation
– Sacrée Job Peteracytokrates… mais bon la hotline sert pas à ça mon vieux
– Je sais mais… je pensais que vous auriez une idée pour que je me change d’air
– Laissez-moi voir votre fiche »

Prof tapa les références de Peteracytokrates dans l’ordinateur et récupéra sa fiche de service démoniaque. Heureusement qu’il y’avait AUSSI des démons de la maniaquerie pour noter ce genre de chose…

« Peter : votre dossier là il me dit que vous êtes en affectation aux permutations. Bon c’est pas forcement super courant mais si vous faites une permutation massives de valise en les envoyant tous à une destination, normalement votre superviseur peut vous valider une dérogation.
– Comment ça ?
– Vous prenez TOUTES les valises de l’aéroport et vous les envoyez ou vous voulez, vu que votre job c’est les permutations, vous devrez les suivre : le temps que tout le monde récupère ses bagages ça devra bien vous faire 6 ou 7 mois de vacances dans un pays chaud !
– Génial ! Merci la hotline c’est une super idée !!
– Ouais ouais… c’est notre boulot » répondit Prof blasé « Vous avez besoin d’autres choses ?
– Non non c’est super, merci encore
– De rien : merci d’avoir appelé le 666… »

***

Rapidement lassé de son yoyo, Somni s’était attelé à la réalisation d’un château de carte. Il était pour cela aidé de Mexi avec qui il s’était rapidement lié d’amitié.

Oh je vous vois venir : déjà depuis tout à l’heure vous avez l’œil un peu de travers à cause du fait que Chypi soit une succube chaste, et là vous vous dites « ah bah bravo ! C’est super démoniaque l’amitié ! » et bien figurez-vous que oui c’est possible, et ce n’est pas parce que vous ne comprenez pas comment ça marche qu’il faut critiquer : un peu de respect des différences que diable ! (c’est le cas de le dire non ?)

« Dis Somni ? » demanda Mexi « c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu à la hotline de nuit ? »

Le démon rêveur resta pensif un instant (ou bien il fut frappé comme souvent d’une petite crise de narcolepsie) avant de répondre :

« Octobre 1989, un démon des rages de dents appelle et me dit très sérieusement qu’il a reçu une plainte de la part de la petite souris
– La petite souris ?
– Mais si, tu sais, la petite bestiole qui prend les dents des enfants et qui met une pièce à la place
– Oh mais oui ! Celle qu’on appelle aussi la fée des dents ?
– Voila. Sauf que là c’était un européen, mais bon l’idée c’est la même. Alors ce mec me dit qu’il a une plainte béton et qu’il sait pas quoi faire…
– Et du coup tu lui a dit quoi ?
– Ha bah non on gère pas ce genre de chose, c’est monsieur Milton qui traite ça
– C’est qui ça Milton ?
– Bah c’est l’avocat du Diable ! »

Mexi resta quelques instants pensifs avant de réaliser qu’il ne valait mieux pas parler pendant quelques secondes à Somni. Il préféra tourner son attention vers la jolie succube qui léchait avec application une sucette multicolore dont la forme oblongue ne manquait pas d’être suggestive.

« Et toi Chypi, c’est quoi le cas le plus bizarre que t’ai eu ?
– Hum… oh oui c’est surement ce cas-là : une succube débutante qui m’appelle parce que son client vient de faire un infarctus…
– Jusque-là rien d’anormal pour une succube non ?
– Oui mais attends : cette cruche avait oublié de lui faire signer le contrat !
– Noooon ?
– Si je t’assure : cette gourdasse de première catégorie lui avait fait la totale : subjugation, fascination, danse sexy, envoûtement mortel et tout le tralalala… mais il n’avait pas signé le contrat pour son âme !
– Ah purée la cruchasse !
– Obligée de lui expliquer les procédures de premiers secours et d’appeler les pompiers à sa place !
– Hahaha ! Pas banal cette histoire !
– He oui que veux-tu : c’est triste à dire mais la plupart des succubes ne sont pas des lumières… »

Le téléphone sonna sur le poste de Chypi

« Les garçons : c’est l’heure du show ! Admirez ! »

Prenant une pose ultra sexy et dezippant le haut de son bustier pour mettre sa poitrine plus en avant (ce qui on s’en doute n’a pas grand effet au téléphone, mais soyez un peu ouvert d’esprit : Chypi fait ça pour ce donner du courage enfin !) la jolie succube prit sa voix la plus douce et enjôleuse.

« 666 support du vice, Chypiakyalinaraba à l’appareil : j’écoutes… »

Somni et Prof avait beau être habitués, ils étaient sous le charme.

« Allô ? » fit une voix encore plus douce et innocente que celle de Chypi « Je suis bien au 666 ? »

Chypi écarquilla grand les yeux et posa sa main sur le micro de son casque téléphonique :

« Oh merde ! Les mecs je crois que j’ai une emplumée au téléphone !
– Quoi ? Un Ange ? Mais qu’est-ce qu’une volaille Céleste foutrait sur notre Hotline ? » demanda Prof
– Qu’est ce qui te fait dire ça ? » demanda Mexi
– Elle à un accent tout pourri ! Même moi je parle le Céleste mieux que ça !
– Répond lui elle va raccrocher !
– Ah ouais ! Euh Allô ? oui je vous écoute, je peux avoir votre nom ? »

Silence gêné :

« Euh… Je m’appelle Angelicastabaratachachapak
– C’n’est pas un vrai nom démoniaque…
– Euh… en fait si mais je suis….
– T’es une mauvaise menteuse ma chérie : casse-toi de là tu bloques une ligne réservée à des démons cocotte !
– J’ai besoin d’aide : y’a qu’à vous que je peux demander ça ! »

Chypi qui avait mis le hautparleur regarda en direction de ses collègues qui l’encouragèrent à continuer… surtout Mexi qui s’était sorti un paquet de chips d’on ne sait où et qui commençait à profiter de la séance.

« Je suis une ange gardienne du 5eme Rang, et je m’appelle Angelica… »

5eme rang, ça n’était pas rien, Angelica était quasiment un Archange, la classe la plus prestigieuse et la plus puissante de la hiérarchie Céleste.

« Ecoutez Angelica, le support chez vous il me semble que c’est le 111…
– Non je ne peux pas leur demander ça… j’ai besoin d’apprendre à… à être dominatrice ! »

Les 3 démons s’échangèrent un regard polisson (enfin surtout Prof et Mexi car Somni avait atteint un nouveau degré de catatonie après avoir respiré trop fort l’odeur d’un feutre). L’image d’une ange sexy et dominatrice leur titilla le bas ventre.

« Je vis dans un monde où je dois être gentille, douce et cajolante… mais j’en ai marre ! Ça fait 600 ans que j’ai l’air d’une petite fille de 12 ans ! Vous savez ce que ça fait ?
– Euh pas vraiment : moi j’ai des seins depuis que j’ai 3 ans… mais bon je suis une succube d’un autre coté !
– Vous ne savez pas la chance que vous avez ! Les seuls hommes que j’attire ce sont des pervers sexuels que je dois remettre dans le droit chemin : et c’est pas facile quand le seul truc qui les intéresse c’est de savoir si je suis jolie en marinière !
– Alors là on se comprend ma sœur ! Les mecs c’est touuuus des dégoûtants. Regarde-moi : ce matin je me suis faite harcelée par un collègue de travail ! Il m’a conduite sur le toit avec ses pouvoirs de domination mentale et à essayer d’abuser de moi !
– Mais c’est terrible !
– Non ! Le truc terrible c’est qu’il s’appelle Mexi !
– Seigneur Tout Puissant ! Mexi ?
– Ouiiii ! Mexi ! Je me suis sentie souillée à jamais, comme si mon innocence m’avait été volée par un calamar géant de dessins animé japonais !
– Euh… je ne vois pas trop de quoi tu parles mais ça à l’air horrible…
– Enfin bon : mon chef est arrivé et il a sauvé mon honneur !
– Ouf ! Tout va bien alors !
– Oui… mais toi Angelica chérie il faut que tu sois forte : te laisse pas faire par tous ces gros dégueulasse et montre leur c’est qui la patronne !
– Oh Chypiakyalinaraba… ça me fait tellement du bien d’entendre tes encouragements !
– Ah oui ? Et… ça te fait du bien comment ?
– Pardon ?
– est ce que comme moi ça te donne envie de manger une délicieuse banane pleine de vitamine ?
– Euh… pas forcément là mais c’est vrai que c’est bon les bananes
– Oh oui… une bonne grosse banane… et tu les aimes comment les bananes ? »

Chypi commençait à sentir une torride chaleur parcourir son corps. Sans s’en rendre compte elle avait commençait à passer ses mains le long de ses cuisses pour le plus grand plaisir de ses camarades qui n’en perdaient pas une miette (sauf Somni qui était tombé à la renverse après avoir calé deux gros feutre ouvert dans ses narines). La jolie succube se calma et reprit de la façon la plus pro possible :

« Euh… enfin ce que je veux dire Angelica, c’est que les hommes sont comme des bananes : si tu veux les manger enlève la peau avant !
– Ah… euh je vois pas trop ce que tu veux dire par là mais je pense quand même comprendre ton conseil. Merci Chypiakyalinaraba, ça m’a fait du bien de te parler !
– Oh moi aussi Angelica… ça m’a fait BEAUCOUP de bien… on reste en contact hein ? C’est quoi ton numéro ? Allo ? Allo ? Zut… les garçons : je crois qu’elle a raccrochée… »

***

Il était plus d’une heure du matin, et Kap passa faire son petit tour d’inspection. Comme prévu la soirée était calme, et c’est avec des yeux ronds qu’il écouta Chypi lui raconter l’appel d’Angelica (tandis que juste après ses collègues racontèrent LEUR version de la chose, avec un poil plus d’objectivité).

« Et sinon les gars rien d’autres ?
– Euh… moi j’ai eu un démon des parquets » Expliqua Mexi. « Il avait un problème à cause d’un tapis persan qu’on avait installé sur sa zone de travail, du coup c’était hyper difficile de faire grincer le bois.
– Et tu lui a recommandé quoi ? » demanda Prof non pas par curiosité mais pour tester les compétences du nouveau venu
– Facile : il lui suffit d’augmenter le niveau d’infiltration du parquet pour que l’humidité finisse par bouffer cette saloperie de tapis !
– Hum… classique mais efficace : t’es bon dis donc !
– Ouais ils à l’air de connaitre le métier mais… faut lui trouver un surnom ! » proposa Chypi
– Je vote pour ! » acquiesça Somni qui était en train de jouer avec un petit dinosaure en plastique « On pourrait l’appeler Mexicalicartharago ?
– C’est pas le nom d’un acteur ça ? » demanda Prof
– Non c’est un joueur de Blood Bowl, division ardente du 3eme cercle !
– Pfff… Encore un intellectuel » répondit Chypi sarcastique
– Euh sinon, quand j’étais petit on m’appelait Mexicopheles » dit Mexi, trop content d’être le centre de l’attention.
– Mexico…
– Pheles…
– Mexicopheles ! C’est super ! » dirent les trois démons à l’unisson
– Adopté ! » dit Kap « maintenant on t’appellera Mexicopheles : rappelle t’en bien sinon tu peux te brosser pour que la compta te donne ton chèque à la fin du mois ! »

Après un dernier rappel des consignes, Kap se téléporta de nouveau à son bureau, et la petite bande du service de nuit décida de faire une course de chaise à roulette. Ce fut Prof le vainqueur puisqu’en tant que démon de la fureur, il valait mieux le laisser gagner.

***

« 3 heures du mat… on s’ennuiiiiii ! » lança Chypi à travers le bureau sans qu’aucune réponse supérieure à un grognement ne lui soit fait par ses collègues.

Ils avaient bien reçu un appel d’un démon des boites vocales qui voulait connaitre la procédure pour détourner les appels de celle du père noël, mais Somni le rappela à l’ordre : depuis 1979, la boite vocale du père noël disposait d’une immunité diplomatique en béton.

Il faut dire que le vieux barbu était plutôt bien introduit coté instance Céleste, et il valait mieux éviter de se le mettre à dos. En plus, même si c’était censé être secret, pas mal de gens racontaient qu’il était missionné par Satan lui-même et que sa mission était de rendre les enfants insupportables pendant les 3 mois avant noël. Un tel taux de nuisance lui valait donc des passes droits inconcevables pour toutes autres créatures Céleste ou Démoniaque.

Somni s’amusait maintenant à projeter des images fantasmagoriques sur le mur avec son ombre en se servant de la lampe installé sur son bureau. Il était plutôt doué (ce qui était quand même un minimum pour démon de sa classe) mais finissait toujours par représenter des scènes bucoliques plutôt que des monstres effrayants.

Le téléphone sonna : cette fois c’était au démon rêveur d’agir.

« 666 hotline du vice, Somninalanuralostes à l’appareil : j’écoute ?
– Allô ? C’est Samragadatasamanasa du service marketing… je vous appelle parce que je suis au bout du rouleau…
– allons bon ? Qu’est qui vous arrive mon cher Sam ? » dit Somni d’une voix dynamique surprenante pour quiconque l’avait vu 10 secondes avant qu’il ne décroche. Il faut dire qu’une fois son casque sur les oreilles, Somni changeait complètement et faisait preuve d’un entrain incroyable.
– Et bah voilà : je travaille dans le marketing, je créé des produits nocifs pour les gens, je fais en sorte qu’ils aient envie de choses inutiles et je les pousse à emprunter un argent qu’ils n’ont pas…
– Oui oui, j’ai bien compris dans quel branche vous êtes Sam. Mais quel est votre souci ?
– Et ben je tiens plus ! Les humains du marketing c’est devenu des fous furieux ! Ça fait 15 jours que je dors plus ! Cette bande de petits cons passe son temps à boire et s’envoyer des kilomètres de coke. Et je vous parle pas des énergies drink : à force de boire ça pour tenir le rythme j’ai une haleine qui sent le chewing gum en permanence !
– Hum oui c’est gênant ça… mais dites m’en plus : ces gens ce sont vos collègues démon ?
– Mais non c’est ça le pire : c’est juste des putains d’humains à la con ! Sauf que je sais pas ce qui se passe mais cette nouvelle génération à l’air d’être en permanence en train de se cramer la tronche
– C’est plutôt une bonne nouvelle Sam ?
– Mais non ! Parce qu’ils n’en crèvent pas ces petits fumiers ! L’autre jour y’a ce minet de Andrew… déjà le mec il s’appelle Andrew ! Euh qu’est-ce que je disais… ah oui : il vient nous narguer avec son bilan sanguin : Pas un gramme de cholestérol ! Glucides nickel, une IMC parfaite et une coupe de cheveux 100% beau gosse…
– Je vous comprends Sam. Un collègue avec un nom tout pourri c’est un vrai handicap au jour le jour. Tenez je vous confie quelque chose parce que j’ai confiance en vous Sam. Dans nos bureaux de la hotline, et je vous jure au nom de Tenacious D que c’est vrai, nous avons un collègue qui s’appelle… Mexi ! »

Pour seul réponse, Somni entendit le bruit caractéristique bien que pas forcement super glamour d’un vomissement franc et massif.

« arg… euh désolé… oh bordel c’était violent…
– Ne vous excusez pas Sam : il fallait que sa sorte
– Nan mais je me sens con, je vous emmerde avec Andrew et vous vous avez ce… Mex… beeeeuuuaaarggg »

Mexicopheles se tourna vers Somni

« Euh ça commence à être lourd les mecs !
– Mais enfin Mexicopheles, tu vois bien que je dis ça pour aider ce pauvre travailleur de force à aller mieux !
– Ouais… »

Toujours avec un ton dynamique et enjoué, Somni reprit son client en ligne

« Sam ? Vous êtes toujours avec moi ?
– euh… ouais ouais…
– Ne pensez plus à Andrew : j’ai votre solution
– Ah bon ?
– J’ai mené mon enquête, et votre Andrew a tout simplement passé un pacte
– Quoi ?
– Oui je pense que là c’est un problème de gestion : y’a un petit malin qui s’est amusé à pactiser avec votre gars et lui à refiler un pack « jeunesse éternelle » plus « richesse et gloire »
– Mais qui est assez con pour refiler ce genre de truc de nos jours !?
– Euh… bah d’après mon ordinateur c’est vous
– Oh mais oui ! Oh le con ! Ah mais merde je me souviens maintenant : on a fait une soirée hyper arrosée pour fêter la sortie de la mayonnaise au bacon… et je me suis retrouvé tellement bourré que j’ai fait signer des tas de contrat aux jeunes ! Tu me m’étonnes qu’ils pètent le feu !
– Bon : tout s’explique. Je vais lancer la procédure pour la rupture des contrats alors
– Oh non : vous donnez pas cette peine ! D’ici 6 mois ils sont morts !
– hahaha : effectivement pas la peine de s’embêter alors. Et bien très bonne soirée Samragadatasamanasa
– Merci à vous Somninalanuralostes »

Somni raccrocha, termina de remplir son dossier informatique, puis s’écroula la tête la première sur le clavier dont une dizaine de touche volèrent tout autour de lui.

***

Prof était en train d’aider Chypi à faire son fitness quotidien, car malgré tous ses pouvoirs, la succube n’avait pas trente-six solution pour garder un corps sexy : tout ça se faisait à coup d’abdo fessier.

Somni lui construisait une petite fusée avec des jouets qu’il avait obtenu dans des œufs en chocolat (notre avocat nous a déconseillé de citer une marque en particulier) et Mexicopheles terminait de lire « le grand livre des mycoses illustré » que sa tata Rodrigues lui avait fait parvenir en paquet Fado.

Il était bientôt 6h, la relève allait arriver.

Mais à 5h59 précise, le téléphone de Mexicopheles sonna. Tous le regardèrent avec encouragement. Même Kap depuis ses caméras de surveillance. Il ajouta même un « TU VA LE DECROCHER CE PUTAIN DE TELEPHONE ! » qui fit chaud au cœur de Mexi.

« 666, hotline du vice, Mexi…copheles à l’appareil : j’écoutes ? »

Ses nouveaux amis le félicitèrent du regard de ne pas avoir donné son vrai nom

« Bonjour, je suis madame Lukamatabarasotoma, Démone de télé réalité : je vous appelle parce que mon audience est en train de se diluer
– Comment ça madame ?
– Les jeunes ne regardent plus la télé à cause de cette saloperie d’Internet !
– Ah oui je vous comprends : c’est un sacrée coup pour votre business !
– Je vous le fait pas dire. Avant je pouvais abrutir les mômes avec 6h de programmes quotidien ressassant du sexe, de la violence et des produits de merdes. J’avais des contrats juteux, tout le monde se battait pour avoir un morceau… et maintenant plus rien. Ma dernière émission « les grand frères des Chef à San Francisco » a été un fiasco
– C’était pourtant un excellent programme ! Y’avait de la cuisine, des filles sexy… vous n’aviez pas mis aussi un nain ?
– Oui ! On avait vraiment fait fort coté casting… mais les gens n’ont pas accroché : ils préfèrent regarder Game Of j’sais pas quoi sur les chaines en ligne…
– D’un autre coté c’est pareil : des filles sexy, des nains…
– Vous croyez que mon média va mourir ?
– Allons ne dites pas ça !
– Je suis sérieuse. La télé qui a été pendant si longtemps la voie royal de l’abrutissement des masses, le fer de lance de l’activité démoniaque sur terre… elle va disparaitre monsieur Mexicopheles. Elle va disparaitre et moi avec… bouhouhouhou… »

Mexi était perdu. Il ne savait pas quoi répondre. Mais ses amis étaient là : Prof qui brandissait un poing voulant dire « magne toi de répondre ou je te casse le front ! » Chypi qui suçotait son doigt pour lui donner de la motivation, et Somni qui avait encore les lettres de son clavier imprimé sur son visage bleuté qui faisait le signe de la victoire avec les doigts, ils étaient tous derrière lui.

« Vous savez Luka, vous et la télé vous n’allez pas disparaitre : vous allez évoluer ! »

Un « oooh ! » retenti à l’unisson dans le bureau de la hotline. Cette réponse là ils ne l’avaient pas vu venir.

« Votre télé est encore indispensable à un public de gens âgé ou trop pauvre pour avoir internet; vous êtes aussi utile pour diffuser des messages de haine via les infos : où est ce que les extrémistes en tout genre pourrait cracher leur haine, hein ?
– Mais enfin ils font ça sur Inter…
– Nan nan nan : Internet ne fait que repiquer VOS interviews, celles où des polémistes spécialisés font des amalgames toute la journée pour que les humains aient peur les uns des autres : je le sais parce que c’est des gens de chez nous en fait !
– alors tout n’est pas perdu ?
– Mais non Luka : vous pouvez tirer votre épingle du jeu : faite de la télé un endroit de référence pour les vieux grigous qui dirigent le monde, faites leur voir des jeunes stupides comme ils en rêvent secrètement la nuit, et faite leur croire que les banlieues sont remplies de terroristes qui prient la concurrence. Faites leurs voir des rappeurs qui chantent « qu’il est cool d’être rappeur » où « je suis rappeur parce que je rap ». Vous avez encore tellement d’abrutissement à faire dans ce monde : Internet ne fait que se nourrir de ce que vous produisez : vous êtes la source ! »

Chypi sautilla en applaudissant le magnifique discours de Mexicopheles.

« whaou… merci Mexicopheles : grâce à vous je me suis rappelé que la télé c’était aussi un foyer pour entretenir la haine ordinaire, et que grâce à la téléréalité je pouvais donner à Internet du grain à moudre. J’ai déjà mille idée en tête pour que mes productions fassent du chiffre sur la toile…
– Et bien j’en suis ravi Luka : ais je répondu à vos attentes ?
– Oh que oui !
– Et bien permettez-moi de vous souhaiter une excellente journée au nom de toute la hotline 666
– Merci : vous aussi ! »

***

Au pied de l’immeuble de la hotline, coincé a côté d’un restaurant de fruit de mer abyssal et d’un magasin de téléphone tombé du camion, l’équipe du soir était sur le point de se séparer.

« Bon bah les gars merci : c’était une super première soirée ! » dit Mexicopheles
– Attend : tu vas pas partir comme ça ! » répondit Kap « on va se faire la bière du matin
– Oui, comme ça on pourra rigoler encore un peu » dit Prof
– Et apprendre à mieux se connaitre… » susurra Chypi
– Euh d’accord… mais pour Somni on fait quoi ? » demanda Mexicopheles
– T’en fais pas : dès qu’il sentira le houblon frais, il se réveillera d’un coup » répondit Prof « et puis au pire je lui colle un pain : ça fera pareil »

Et c’est ainsi que bras dessus bras dessous, l’équipe de nuit se rendit dans un bar pour rire, se raconter encore des anecdotes, et partager un moment pour prolonger un peu la magie de la nuit. Car bien qu’ingrat, leur métier avait fait d’eux plus qu’une équipe : c’était une bande de compagnons qui parce qu’ils avaient connu ensemble les tracas, les joies et les peines d’un labeur, avaient plaisir à simplement être ensemble…

Je dédie cette histoire à tous mes camarades de Hotline qui pendant des années ont partagé avec moi la même galère… mais aussi tant de bon moment : cette histoire est à vous les amis !

 

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2 réflexions au sujet de « Journal de bord – Episode 10 : Une hotline d’Enfer #DefiBradbury »

  1. Excellente celle-ci ! Je n’ai pas encore lu toutes les nouvelles, mais pour l’instant celle-ci est ma préférée ! Les sketchs sont imaginatifs et les personnages sont bien fun… Et le concept colle bien à ton style d’écriture… c’est plus « digeste », on te sent à l’aise dans ce registre. Ca mériterait presque que tu reprennes tout ça pour en faire un second épisode !

  2. A force d’écrire pour le défi je me rends compte effectivement que c’est ce genre là dans lequel je me sens le plus à l’aise : je ne suis définitivement pas fait pour être sérieux :D

    Je n’avais dans l’idée d’en faire un second épisode (notamment parce que c’est contre les règles du défi) ceci dit… les règles on s’en fou pas vrai ?

    J’ai 2, 3 histoires comme ça que j’aimerai prolonger parce qu’elles sont sympa ou que leur univers me donne envie de m’y remettre.

    Sans faire de fausse promesse, il n’est pas interdit de penser que d’ici la fin du défi la joyeuse bande de la hotline 666 refasse parler d’elle…

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