Journal de bord – épisode 12 : Gentleman cambrioleur #DefiBradbury

 

Gentleman cambrioleur

Comment qualifier la journée que venait de passer Camille, jeune cadre dans une des entreprises les plus côté du CAC40 ? Difficile à dire vu le manque de mot pouvant décrire avec assez de précision tous les aléas que furent les siens au court de ce laps de temps pourtant pas si long qu’est une journée de travail.

Tout avait commencé par un train annulé la faisant arrivé 1h en retard (heure qu’elle devrait évidemment rattraper en fin de journée pour compenser) puis ensuite s’était au tour de l’humeur massacrante du directeur, Monsieur Marla, d’entrer en scène, tout cela en faisant le travail de sa collègue Lucia qui était tombée malade, et ce bien évidement un jour d’affluence (parce que le vendredi forcément tout le monde se pressait).

Et afin de parfaire une journée absolument détestable, elle avait perdue 3 heures de travail à cause de ce satané ordinateur qui soudainement décida qu’il était temps pour lui de faire une mise à jour, obligeant la jeune femme à tout reprendre. Résultat, il était maintenant presque 22h, et Camille à bout de force n’avait plus qu’une envie : rentrez chez elle.

Sacrée début pour un vendredi soir !

Elle traversa le grand open space vide bercé par le ronron des ordinateurs en veille et éclairé par les puissants néons du gigantesque affichage publicitaire situé sur l’immeuble d’en face. Son sac sous le bras crépitait de tous les petits objets qu’elle entassait compulsivement dedans : Rouge à lèvre, brosse, paquet de mouchoir, petit nécessaire de couture, batterie de secours pour son portable, un gros agenda, quelques carnets Moleskine, une bonne dizaine de stylo en tout genre…

Bien entendu, un tel paquetage lui fit perdre quelques instants devant la porte le temps de mettre la main sur son badge qu’elle mit presque 2 minutes à retrouver. Le précieux sésame en main, elle le pointa sur le capteur encastré dans mur : le voyant d’état passa au vert et on entendit le loquet électromécanique libérer la porte qu’elle put enfin ouvrir.

C’est alors qu’elle tomba alors nez à nez avec un homme tout vêtu de noir portant une cagoule ne laissant voir que ses yeux. Il avait un genou à terre et était en train de démonter le capteur de la porte qui se trouvait de l’autre côté. Camille et lui restèrent une demi seconde perplexe, ne sachant ni l’un ni l’autre ce qui se passait.

Ou comment réagir.

L’homme fût le plus rapide : il dégaina un pistolet qui se trouvait dans le grand sac posé à ses pieds et le pointa dans la direction de Camille tout en l’intimant à se taire d’un geste du doigt accompagné d’un « chuuuut » plus sifflé qu’articulé. Méthodiquement, il ramassa ses affaires, entra dans le bureau et referma la porte tout en maintenant son arme pointé sur la jeune femme.

D’une voix ferme, mais pas forcément agressive, l’homme cagoulé lui ordonna :

« Avancez ! »

Effrayée, Camille ne sachant plus quoi faire obtempéra docilement. Ils se rendirent ainsi jusque dans le grand open space : l’homme se mit alors à chercher quelque chose du regard.

« C’est où le bureau du directeur ?
– Pardon ?
– Le bureau de votre boss, c’est lequel ? »

En guise de réponse, Camille pointa du doigt un bureau fait de grandes vitres opacifiées. Toujours sous la menace de son arme, l’homme lui intima d’aller vers cette direction et de lui ouvrir la porte. Une fois cela fait, il la fit rentrer dans le bureau, puis lui ordonna de s’asseoir sur une chaise qui se trouvait dans le coin de la pièce.

Camille obtempéra de nouveau et en silence. L’homme à la cagoule sorti alors de son sac une paire de menotte qu’il lui tendit :

« Attachez-vous avec ça… euh : non attendez »

L’homme retira alors deux bandes de poignet qu’il portait avant de les donner à Camille

« Mettez ça : vous aurez moins mal
– Merci…  » Répondit timidement la jeune femme.

Elle enfila les bandes souples et serra une des menottes sur son poignet gauche. Elle s’apprêtait à faire de même sur son poignet droit lorsque l’homme à la cagoule l’interrompit :

« Non attendez, je suis désolé je me suis trompé : asseyez-vous plutôt par terre et attachez l’autre menotte à la canalisation là
– Vous êtes sérieux ?
– Euh… oui
– Alors pourquoi m’avoir dit de m’asseoir ici ?
– Et bien en fait je pensais vous attacher à la chaise mais elle n’offre pas vraiment d’accroche. Du coup dans les parages il n’y a l’air d’avoir que cette canalisation qui ferait l’affaire.
– Ça ne passera jamais » répondit Camille avec assurance
– Mais si voyons
– Regardez ! Vous voyez bien que je ne peux pas refermer ? »

Camille mis un genou à terre et passa la menotte comme lui avait demandé l’homme à la cagoule, et effectivement il n’était pas possible de refermer l’articulation de la menotte car celle-ci coinçait contre le tube de PVC.

« Hum… c’est fâcheux » dit l’homme à la cagoule « et si vous essayez sur ce truc-là ?
– Quel truc ?
– Là : celui là
– Le pied de la commode ?
– Ça pèse son poids un truc pareil : je doute que vous soyez capable de la soulever pour vous libérer »

Camille obtempéra, s’installa par terre jambes tendues, puis fixa la seconde menotte au pied de la commode. Effectivement, il n’y avait aucune chance qu’elle puisse lever le lourd meuble de chêne, d’autant plus qu’il était rempli de dossier constituant une lourde masse de papier.

« Satisfait ? » demanda la jeune femme
– Nickel ! Et vous, vous êtes bien installée ?
– C’est une blague ?
– Non non je suis sérieux. Moi vous savez je fais un job bizarre, mais ça n’empêche pas un peu de savoir vivre ! »

Camille leva les yeux au ciel et laissa échapper un soupir.

L’homme à la cagoule s’installa sur la chaise de bureau plein cuir du directeur et savoura l’instant, se rêvant sans doute le temps d’un instant dans les chaussures d’un grand patron, puis retourna à sa mission. Il tira de son sac un petit boitier qu’il brancha sur l’ordinateur puis fit quelques manipulations. Le boitier s’alluma, et un petit voyant rouge se mit à clignoter dessus. L’homme à la cagoule s’adressa alors à Camille tout en continuant ses réglages :

« N’ayez pas peur » dit-il d’une voix se voulant rassurante « je ne vous ferais pas de mal. J’ai fait semblant de vous menacer tout à l’heure. Regardez mon arme sur la table : le bout rouge sur le canon ça veut dire que c’est une arme factice »

Camille resta silencieuse.

« Je sais que vous avez dût avoir très peur, mais je ne voulais pas risquer qu’on me dérange dans mon travail
– C’est quoi votre travail ? » demanda la jeune femme en regardant l’homme du coin de l’œil
– Oh… c’est tout bête : je suis censé récupérer ce qu’il y’a la dedans
– Vous êtes une sorte de pirate informatique ?
– Pas vraiment : je sais à peine allumer ce truc-là. Nan moi je suis de l’ancienne école, je rentre, je fouille, je trouve ce qu’on me demande et je disparais. Personne ne me voit, personne ne sait que je suis venu… enfin en principe ! »

L’homme à la cagoule laissa échapper un petit gloussement, mais la réaction froide de Camille lui coupa l’envie de continuer. Il retourna à ses réglages, prit le clavier de l’ordinateur et tapa quelques commandes qu’il avait noté sur un petit carnet dont il lisait méticuleusement chaque ligne en s’aidant du doigt.

« Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? » demanda soudainement Camille avec candeur.
– Hein ? Oh ! Pour tout vous dire je n’y ai pas réfléchit… mais je ne vous ferai pas de mal soyez en sûr !
– Vous mentez… » dit la jeune femme avec un début de sanglot dans la voix « vous dites ça pour que je me tienne tranquille et après vous me tuerez ! Peut-être même qu’avant vous abuserez de moi !
– Mais non voyons ! Jamais… je suis un voleur : pas un assassin ou un violeur ! Croyez-moi ! »

La jeune femme se replia sur elle-même et resta silencieuse.

L’homme à la cagoule continua son travail jusqu’à ce qu’apparaisse à l’écran une barre de chargement, signe que son matériel était en train de traiter les données qu’il était venue récupérer.

 » Voila… maintenant ça va se faire tout seul » dit-il triomphant « écoutez-moi : je ne suis pas là pour vous faire du mal, vous avez joué de malchance c’est tout. Mais ça n’est pas grave. Quand j’aurai fini je partirai et c’est tout »

Camille resta figée, sanglotant, la tête entre les jambes.

« Vous… vous pleurez ? Oh mon dieu je suis désolé… quel idiot je suis : évidement que ça vous ferait peur le coup du flingue ! S’il vous plait mademoiselle, dites-moi votre prénom
– C’est… c’est Camille
– C’est un joli prénom ça… moi je m’appelle Eric. Vous savez Camille, les tueurs quand ils ont des otages, ils ne leurs demandent jamais leur prénom. Vous savez pourquoi ?
– Non ?
– Parce que tant que vous n’avez pas de prénom vous n’êtes pas une personne dans leur esprit, c’est plus difficile pour eux de vous faire du mal s’ils savent qui vous êtes. Alors maintenant que je connais votre prénom, ça va être plus dur de songer à vous faire du mal.
– Ce n’est pas bête » dit Camille en retenant ses larmes « mais maintenant je connais votre prénom alors vous pourriez vous dire que vous devez m’éliminer pour effacer vos traces ? »

Eric fut pris de court, il pensait que son explication calmerait Camille, mais finalement il n’avait fait que lui donner plus de grain à moudre. Il essaya de se rattraper au plus vite :

« Je… je suis pas d’accord. Si ça se trouve c’est juste un faux nom que j’ai donné pour avoir l’air moins…
– Moins quoi ?
– Et bien vous savez : moins menaçant. Eric c’est un prénom passe partout… rassurant ! Combien vous connaissez d’Eric ?
– Au moins 3…
– Et bien vous voyez, c’est colossal, je peux être n’importe qui. Je suis peut-être même un des Eric que vous connaissez si ça se trouve ?
– Vous m’avez dit que ce n’était pas votre prénom ! » répondit Camille encore plus paniquée
– Mais non voyons ! C’était pour l’exemple ! Pour détendre l’atmosphère
– C’est pour l’exemple ou pour l’atmosphère ! Vous vous rendez compte que ça n’a rien à voir ? »

Léger silence. Camille reprit d’une voix faible, presque pour elle-même :

« Vous essayez de m’embrouiller pour que je reste confiante… que je pense que je vais m’en sortir…
– Camille écoutez… euh… vous permettez que je vous appel Camille ? »

La jeune femme acquiesça de la tête.

« J’en ai pour quelques minutes avec ce truc-là : une fois fini je récupère mon matos et je m’en vais ! Promis vous ne me reverrez plus, et vous pourrez rentrer chez vous »

Camille se mit à sangloter

« Vous allez me laisser mourir ici !
– Mais non voyons ! Enfin réfléchissez : y’a bien quelqu’un qui va venir et qui vous détachera ! Je laisserai la clé des menottes sur la table bien en évidence, comme ça vous serez rapidement libérée
– Et si personne ne vient ! La belle affaire si la clé est là si je suis attachée à la regarder tandis que j’agoniserai de faim et de soif ! »

Eric marqua un instant de réflexion :

« J’avoue que je n’y avais pas pensé… c’est vrai qu’il n’y aura personne ici avant lundi. Vous savez quoi ? Je vais fouiller un peu : je trouverais bien une bouteille d’eau et à manger dans un distributeur : Y’a quelque chose qui vous ferait plaisir en particulier ? »

Camille pose son index sur son menton tout en regardant vers le haut

« Hum… des sandwichs ça serait bien… et puis un paquet de chips.
– Les chips c’est plein de sel : ça va vous donner soif
– Vous avez raison : à chaque fois que j’en mange je dois boire des litres avant de… »

Camille s’arrêta soudainement de parler, comme frappée par une idée qui la plongea dans l’effroi

« Camille ? Ça va ?
– Oh non… non non non non non !
– Qu’est ce qui se passe ?
– Si je bois il faudra bien que j’aille aux toilettes ! Comment je vais faire ? Je ne pourrais jamais me retenir ! »

Eric laissa échapper un soupir, content d’entendre que ce n’était « que ça »

 » Ouf ! L’espace d’un instant vous m’avez fait peur !
– Il a de quoi ! Non mais vous imaginez : la police qui arrive, les gens qui rentrent dans le bureau, et moi qui suis assise par terre dans mes collants souillés ! Je préfère prendre une balle dans la tête ! »

Eric esquissa un sourire :

« Dites, vous avez vu ? Vous ne pensez plus que je vais vous tuer maintenant : c’est plutôt un progrès non ?
– Quoi ?
– Vous vous inquiétez parce que vous croyez que je vais vous laisser, donc ça veut dire que vous ne pensez plus que je vais vous tuer »

Camille assimila l’idée et tourna un peu la tête au fur et à mesure qu’elle réalisait.

« Ah oui… c’est fou ça ! Comme quoi on s’inquiète d’un rien alors qu’en fait… mais du coup ça veut dire que vous comptez réellement m’abandonner ici !
– Naaaan ! Je vous jure. Ecoutez, je vous propose une chose : quand je sortirais, je retourne à ma planque et…
– C’est où votre planque ?
– C’est… hein ? Mais pourquoi vous me demandez ça ?
– Comme ça. Pour m’imaginer un peu mieux la scène je suppose… me faire une idée du temps que sa vous prendra…
– Mais vous voulez que je vous indique l’endroit ou bien que je vous le décrive ?
– Ça dépend : si c’est un endroit que je connais, je pourrais me l’imaginer de suite, mais il vaudra quand même mieux que vous me le décriviez. Et si je ne sais pas où ça se trouve l’idéal serait de me situer ça en indiquant quelques chose de connu juste à côté.
– Et bien c’est…
– Oh non attendez ! Que je suis bête : si vous me dites où c’est, vous allez devoir me tuer pour ne pas que je révèle l’endroit »

Eric se tapa le front comme si c’était une évidence qui lui avait échappée

 » Mais oui : Ah bon sang que je suis distrait ! Heureusement que vous avez de la présence d’esprit parce que moi j’aurais complètement fait l’impasse sur ce détail. Je suis même sur que distrait comme je suis en ce moment, j’aurais oublié de vous tuer en partant… »

Le regard de Camille se crispa, Eric réagit aussitôt :

 » Non mais de toute façon je n’aurais pas pu vous tuer donc du coup j’aurai eu un très gros problème !
– Vous auriez été obligé de me kidnapper.
– Ah bon ? Mais pourquoi ? »

Camille laissa échapper un soupir comme si elle devait expliquer l’évidence :

« Parce que cette information est gênante pour votre sécurité, et peut être même pour votre commanditaire : il pourrait exiger votre tête si jamais cela risquait de faire remonter la police jusqu’à lui »

Eric était consterné

« Mince… c’est vrai que du coup là je suis dans le pétrin ! Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas vous tuer : mon arme c’est même pas une vraie ! »

Camille fit un geste apaisant de la main

« Calmez-vous Eric, ça n’est surement pas si compliqué que ça. Déjà votre commanditaire il vous connait ?
– bah oui
– Ne dites pas ça comme si c’était la chose la plus naturelle du monde : les vrais pros restent incognito même auprès de leurs clients
– Vous en avez de bonne : comment je fais pour trouver du boulot si personne me connait ?
– Hey : c’est à moi de vous apprendre votre boulot ? » dit Camille en s’énervant
– Pardonnez-moi… »

Eric se laissa glisser à terre à côté de Camille

« Je suis vraiment un looser ! »

La jeune femme posa sa main libre sur le bras d’Eric pour le consoler :

 » Allez : soyez pas si dur avec vous-même. Vous devez juste monter en compétence
– Vous êtes gentille…
– Mais non voyons : c’est toujours pareil avec les patrons, ils veulent que vous ayez des années d’expérience, mais ils ne veulent surtout pas que vous la fassiez chez eux !
– Bah vous savez j’ai quand même fait quelques coup mine de rien, je suis pas un débutant
– Vous allez me faire croire que vous avez déjà fait des cambriolages avec prise d’otage et kidnapping ?
– Non, effectivement… Mais bon le métier à tellement changé aussi !
– Ah bon ? Racontez moi
– Je vais pas vous embêter avec mes problèmes : vous êtes déjà super coopérative
– Mais non voyons ça ne m’embête pas : et puis c’est moi qui vous demande.
– D’accord… bah en fait quand j’ai commencé, c’était à une époque où les gens du métier avaient encore un code d’honneur. C’était presque de la chevalerie !
– Ouais… enfin vous voliez les gens quand même ?
– Ah bah oui c’est pour ça que c’était « presque » de la chevalerie.
– Et donc ?
– Et ben je sais pas trop pourquoi mais avec le temps ça a fini par se perdre. Les boss recrutent maintenant des gamins qui ont fait leurs armes sur des jeux vidéo hyper violent et qui agissent comme des véritables malades !
– C’est violent les jeux vidéo
– Je m’en veux un peu de dire ça parce que c’est un avis très réducteur sur un média qui… enfin bref, ce que je voulais dire c’est que les jeunes, déjà ils sont tous ultra sportif, et en plus ils jouent pas selon les règles. Mais le pire c’est qu’ils sont à fond sur Internet et tous ces trucs-là, et moi bah… j’y arrive pas
– Oula forcement, si vous faite les petites annonces du journal du coin pour vos contrats vous ne devez pas crouler sous les demandes
– Je fonctionne sur le bouche à oreille. J’ai une clientèle d’habitué, et puis des fois je fais des petits jobs à mon compte.
– Ah qu’est-ce que j’aimerai bosser à mon compte : mais c’est quand même plus sécurisant d’avoir un patron.
– Oui mais est-ce qu’au final c’est si bien que ça ?
– Nan pas tellement. Vous au moins vous avez la liberté, et ça n’a pas de prix. »

Camille mit une tape amicale sur l’épaule d’Eric avant de reprendre avec dynamisme :

 » Accrochez-vous Eric, vous allez y arriver comme un chef ! J’en suis certaine »

Galvanisé, Eric se releva et vérifiera l’écran d’ordinateur

« 50% : aller c’est bon c’est bientôt bouclé »

Sentant qu’il tenait bien les choses en main, Eric reprit confiance en lui. Camille demanda alors :

 » Dites donc Eric ? Tout à l’heure vous étiez en train d’évoquer votre plan avant que je ne vous coupe
– Oh oui ! Je parlais de ma planque et j’ai perdu le fil
– Désolé de vous avoir coupé
– Non, c’est pas grave : j’avais encore l’idée en tête
– Alors du coup c’était quoi ?
– Et bien je sors, je file à ma planque… »

Eric s’interrompit. Camille lui fit un signe de la main pour lui faire comprendre qu’elle n’insistera pas plus la dessus. Il reprit :

« … et une fois la bas j’appelle la police pour les prévenir que vous êtes ici ! »

Camille fit la moue

« Erreur de débutant… Eric voyons : Ils vont retracer l’appel et retrouver votre planque ! Vous tenez vraiment à vous faire prendre ?
– Quoi ils peuvent faire ça ?
– Mais oui : vous ne regardez jamais « les Experts » ?
– Je ne suis pas très télé… je préfère lire
– Ah bon ? C’est pas banal ça : c’est tellement rare les gens qui aiment lire ! » répondit Camille agréablement surprise
– Pour sûr : dans mon entourage je ne connais personne qui lit régulièrement !
– Mais pourtant dans les romans policiers ça se fait souvent ce que je viens de vous décrire
– Je ne lis pas de polar, enfin très peu… Agatha Christie à la limite
– Oui forcement les écoutes téléphonique ce n’était pas tellement dans l’air du temps à son époque…
– Vous aimez lire vous ?
– Énormément ! Je passe beaucoup de temps dans le train alors ça m’occupe agréablement… »

Petit temps mort puis Camille reprit :

 » C’est quoi votre genre favori ? »

Eric répondit un peu honteux :

« Vous allez rire, mais j’adore les textes de théâtre…
– Ha non : jamais je ne moquerai ! C’est très bien le théâtre. Forcément sans l’interprétation des acteurs ça demande un peu plus de travail au lecteur, mais c’est sans doute ce qui fait son charme
– Oui, c’est tout à fait ça ! Ah si vous saviez comme je suis content de tomber sur quelqu’un qui comprend ma passion !
– C’est d’autant plus drôle que… franchement ce que nous vivons c’est un peu du vaudeville ?
– Je me faisais justement la réflexion ! Je m’attends à trouver un amant en caleçon dans le placard d’à côté ! »

Camille et Eric échangèrent un éclat de rire

« Et vous Camille, c’est quoi que vous aimez lire ?
– Et bien puisque vous avez été honnête, et je vous en remercie, j’en ferai de même !
– Oula… on dirait que vous allez me dire quelque chose d’encore plus bizarre que le théâtre !
– J’avoue… en fait mon péché mignon, ce sont les fanfics !
– Les fanfics ? C’est quoi ça ?
– Quoi ? Vous ne connaissez pas les… ah bah oui ! Suis-je bête ! Forcément si vous n’êtes pas à l’aise avec Internet ça vous est forcément passé sous le nez !
– C’est des romans sur Internet ?
– Hum… nan pas vraiment. Ce sont des histoires de fans.
– Mais de fans de quoi ?
– Et bien justement de tout et rien. Ça peut être des films, des séries télé, des dessins animées…
– Attendez y’a des gens qui écrivent des romans sur des dessins animées ? »

Eric sembla mettre un petit instant à assimiler l’information.

« Bordel… je suis vraiment à la traîne ! C’est décidé dès que je touche ma prime de mission je me paye une super connexion Internet ADSL…
– Fibre plutôt : l’ADSL c’est dépassé
– Et voilà ! Encore un truc où je suis plus dans le coup ! Vraiment Camille je vous remercie de votre patience…
– Mais non voyons, c’est normal : quand on ne sait pas on ne peut pas inventer.
– Dites : ça serait possible que je vous recontacte pour le jour où je voudrais prendre tout ça ?
– Je ne comprends pas…
– Bah en fait vous avez l’air de vous y connaitre, du coup ça m’arrangerai bien si vous pouviez venir avec moi à la boutique pour acheter tout ça… j’ai peur que le vendeur me baratine.
– Euh… ça serait avec plaisir mais… « 

Eric réalisa alors ce qu’il venait de dire :

« Non mais je n’aurais pas de cagoule hein ! Je serai en civil
– Et vous ne voyez pas le problème ?
– Bah non
– Bah du coup je vais voir votre visage !
– Et alors ? »

Camille laissa à son interlocuteur le temps de comprendre :

« Oh….
– Bah oui !
– Oui mais si je vous contacte une fois mon contrat fini ?
– C’est vrai qu’à ce moment-là vous n’aurez plus votre restriction contractuelle de m’éliminer
– De toute façon même si je l’avais eu j’aurai été incapable de le faire…
– Oh vous auriez bien trouvé dans le bureau quelque chose pour me défoncer le crane. Moi si je devais le faire je me servirai du massicot qui est dans le bureau de la secrétaire.
– C’est quoi un massicot ?
– C’est une machine qui sert à trancher le papier à angle droit. On en a un gros modèle qui doit être largement assez puissant pour trancher une tête
– Mais c’est horrible !
– Mais non voyons je plaisante Eric, moi non plus je ne pourrais pas faire ça ! »

Un bip retenti sur l’ordinateur :

« Ah : ça c’est bon signe ! » Dit Eric en se dirigeant vers le bureau « Et c’est… hein ? Comment ça erreur système ? Mais ça veut dire quoi ça encore ? Et pourquoi l’écran il est tout bleu ?
– Ah ! Ça vous le fait aussi : j’ai eu exactement ça cet après-midi !
– Vraiment ?
– Oui, c’était suite à une mise à jour et après ça mon pc a pas arrêter de faire des siennes. Les mecs de la maintenance informatique ont passé une demi-heure à tout remettre en place !
– Une demi-heure ? Et ben on est pas sorti ! Et vous pensez que je peux les appeler là ?
– A cette heure-ci ? Faut pas rêver mon cher Eric : c’est vendredi et les geek sont depuis longtemps chez eux en train de regarder leur série favorite… ça ou bien un porno…
– Mais peut être que vous vous rappelez de comment ils ont fait ?
– Hum… oui je pourrais. Sauf que… »

Camille leva son bras aussi haut que lui permettait à la menotte

« Oh bien sûr ! » sursauta Eric en commençant à palper ses poches à la recherche de la clé.

Il détacha la jeune femme et l’aida à se relever, puis tel un serveur de restaurant chic tira le fauteuil pour qu’elle puisse s’y asseoir. Camille se glissa à la place de son patron avec délice : cette transgression avait un goût d’interdit presque excitant.

Elle retira la bande de poignet qu’elle tendit ensuite à Eric :

« Au fait merci pour ça : très efficace »

Puis elle fit craquer ces doigts avant de démarrer. Avec une assurance qui bluffa notre voleur, Camille redémarra l’ordinateur puis entra dans la base de registre du système. Elle modifia plusieurs entrées et termina par un redémarrage global. Eric était pantois :

« C’est… c’est dingue ! Vous avez fait ça en même pas 5min… Et tout ça de tête ?
– Oui je sais : je suis douée que voulez-vous ! » répondit Camille faussement vantarde « En fait je m’étais noté la manip dans mon calepin parce que je savais que le bosse allait me faire suer avec ça… et du coup j’ai tout retenu
– C’était vraiment impressionnant en tout cas… bon par contre moi je suis bon pour tout recommencer !
– Justement, je voulais vous demander : c’est quoi exactement ce que vous cherchez ?
– En réalité je ne sais pas vraiment : c’est un contrat donc je laisse surtout faire la machine
– La machine ?
– Le petit boitier là
– C’n’est pas à vous ?
– Non c’est le commanditaire qui me l’a fait envoyer. Après j’ai eu un petit briefing par téléphone avec la façon de le faire marcher, c’est pour ça que j’ai pris plein de notes.
– Oh je vois : c’est sacrément bien préparer dites donc !
– Et oui ! Je sais que je n’en ai pas l’air mais je fais un job de haute volée
– Désolé si j’ai pu vous vexer…
– Ce n’est pas grave »

Camille resta un instant à fixer les yeux d’Eric. Ils étaient minuscules, mais très brillants (ou alors c’était la cagoule qui donnait cette impression). Elle essaya de deviner à quoi il pouvait ressembler, puis cessa en se disant que le mystère ajoutait du charme à la situation. Elle se leva de la chaise sans un mot, prit la menotte sur le bureau et commença à se réinstaller par terre.

« Que… qu’est-ce que vous faites ? » demanda Eric
– Bah je vous laisse la place ?
– Oui mais pourquoi vous vous remettez par terre ?
– Quoi ? C’est pas ce que vous vouliez ?
– Si… euh… enfin ce n’était pas obligé : je vous fais confiance
– Et voilà : encore de l’amateurisme ! Eric vous devez être plus prudent que ça !
– Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai loupé ce coup-là ?
– Imaginez qu’en réalité je vous ai fait tout un numéro de charme pour vous mettre en confiance et ainsi réduire votre vigilance ? À votre avis il se serait passé quoi ?
– Euh… ah bah mince, maintenant que vous le dites c’est évident que j’ai été bien nigaud sur ce coup !
– Exactement ! Vous auriez pu finir avec un grand coup de massicot dans le dos ! Enfin à mon avis j’aurais utilisé autre chose parce que sortir, prendre ce gros machin et le ramener ici ça aurait été un peu idiot alors que rien qu’avec la lampe de bureau j’aurai pu vous sonner sans problème »

Eric soupesa la lampe de bureau. Elle était en alliage de carbone, noire avec une forme très design qui la faisait ressembler au fanal d’un vaisseau spatial.

« Mince : c’est sacrément léger ce truc !
– Matériaux composites : le boss ne jure que par ce genre de connerie. Ceci dit c’est ultra solide : un jour je l’ai vu piller de la glace avec !
– Sérieux ?
– Ce type est non seulement un connard mais en plus il est vraiment dingue…
– En tout cas c’est vraiment sympa à vous de ne pas avoir profité de l’occasion
– Allons : pas de ça entre nous. Vous ne m’avez ni violée ni tuée, fallait bien que je vous renvoie l’ascenseur !
– J’apprécie le fair play »

Camille s’apprêtait à referme la menotte sur son poignet quand soudain elle s’arrêta. Eric la regarda avec inquiétude :

« Un souci ?

– Euh… en fait j’ose pas trop vous demander…
– Pas de manière voyons : on se dit tout !
– Vous pourriez me repasser votre bande pour le poignet ? C’était super confortable tout à l’heure et…
– Ah mais oui ! Non mais c’est moi l’idiot : j’aurai dut tout de suite penser à vous la redonner ! »

Eric tira la bande de sa poche et la lança à Camille qui l’attrapa avec adresse. Elle la passa à son poignet puis attacha de nouveau la menotte qu’elle avait déjà fixée sur le pied de l’armoire.

Le voleur était retourné à son office et de nouveau la barre de chargement défilait. Par chance, tout n’était pas à refaire et le temps ainsi perdu serait minime. Eric profita de ce laps de temps pour explorer les bureaux à la recherche de victuaille qu’il pourrait laisser à Camille. Suivant les indications de la jeune femme, il trouva la salle de pause où trônait un énorme distributeur de produit en tout genre. Utilisant une tige métallique et un peu d’huile de coude, il déverrouilla le panneau d’ouverture du distributeur et pu ainsi se servir à sa guise.

Lorsqu’il arriva dans le bureau, les bras chargé de sandwich et de soda, il aperçut Camille, son sac sur les genoux et son téléphone à la main.

« Mais… qu’est-ce que vous faites ! » dit-il en lâchant son butin.

Il arracha le téléphone des mains de Camille et le lança de côté.

« Vous avez appelé la police !
– Hey ! Vous êtes pas bien ou quoi ? Vous croyez que j’ai les moyens de me payer un téléphone comme ça tous les jours ?
– Ne changez pas de sujet !
– J’étais en train de regarder les horaires de trains ! Avec vos conneries je vais devoir rentrer en taxi ! »

Eric ramassa le téléphone et regarda l’écran. Camille était effectivement sur le site de la SNCF en train de consulter l’horaire des derniers trains. Penaud, il lui rendit son téléphone et s’assit par terre en face d’elle :

« Je… je sais pas quoi dire Camille. J’aurai pas dû réagir comme ça…
– Je pensais que vous me faisiez confiance… vous êtes bien un mec tiens !
– Sans doute… j’suis vraiment une tache… »

Eric tira alors sur sa cagoule et la jeta au loin. Il secoua sa tignasse blonde et se passa la main sur le visage dans un soupir. Il avait la trentaine, des traits fins et une petite barbe de trois jours plutôt sexy.

« Mais… » murmura Camille « pourquoi vous avez enlevé votre cagoule ? Je connais votre visage maintenant !
– Je sais… mais c’est pour vous prouver que je vous fais confiance… et puis parce que je commence à étouffer la dessous. Donc voilà : c’est ma tête ! »

Camille ne savait plus quoi dire.

« Vous savez Camille : j’ai pas souvent l’occasion de rencontrer des gens dans mon boulot. C’est assez solitaire comme activité. Alors je me dis que pour une fois que ça m’arrive avec quelqu’un de sympa… faut bien que je fasse quelques efforts !
– C’est super chou ce que vous dites… Moi vous savez je bosses avec plein de gens toute la journée, mais vous êtes la seule personne qui m’ait traitée comme un être humain depuis longtemps
– Ils sont si durs que ça dans votre job ?
– Oh y’a pas qu’eux. A croire que le monde entier est un ramassis de connard égocentrique qui se pense tellement meilleurs que vous… Mais vous c’est pas pareil : vous vous écoutez, vous vous remettez en question, et surtout vous assumez vos choix… vous vivez à votre façon.
– Ah… euh… c’est gentil dites donc. Enfin c’est pas aussi génial que ça vous savez hein…
– Et en plus vous êtes modeste. Je vous trouve mignon… »

Eric écarquilla les yeux. Aussitôt Camille réagit :

« Euh je veux dire… le fait d’être comme ça c’est mignon ! Comme un enfant hein ? Voilà c’est mignon comme de regarder un chaton qui joue avec une balle ! »

Le visage de la jeune femme s’empourpra.

C’est alors que de tout au bout de l’open space, ils entendirent tout deux le claquement de la porte et un bruit de voix. Eric se glissa contre l’embrasure de la porte et jeta un coup d’œil.

C’était le veilleur de nuit de l’immeuble qui en faisant sa ronde avait remarqué que le boitier de la porte avait été bricolé. Dans sa précipitation, Eric ne l’avait pas bien remis en place.

Armé d’une puissante lampe torche et d’un talkie-walkie énorme, il commença à s’engager dans l’open space a la recherche d’intrus.

« Bon sang ! » susurra Eric « c’est le vigile !
– Vous êtes mal : s’il vous trouve ici ça va barder !
– Qu’est-ce que je peux faire ?
– Il fait quoi là ?
– On dirait que… oui c’est ça : il est train d’inspecter les bureaux !
– Profitez qu’il soit dans un des box pour sortir et fiche le camp discrètement !
– Mais et vous ?
– J’attirerai son attention en criant. Je lui ferai perdre du temps pour que vous puissiez filer ! »

Eric et Camille regardèrent l’écran de l’ordinateur : il restait encore 6% à charger.

« Je peux pas abandonner mon job aussi près du but…
– Filez ! Je vous le rapporterai votre truc !
– Vous êtes sûre ?
– Mais oui : comme ça j’aurai l’occasion de voir votre planque » dit Camille avec un clin d’œil « Et puis de toute façon on va bien se revoir pour votre histoire d’Internet ? »

Eric acquiesça. Il se pencha sur Camille et l’enlaça amicalement

« Merci Camille…
– De rien. Aller maintenant filez ! »

Surveillant les mouvements du vigile, Eric aperçut une ouverture. A quatre pattes, il sorti du bureau tout en contournant la menace afin de se dissimuler derrière les positons de travail.

Camille comptait lui laisser environ une minute. Fixant l’écran de son téléphone en guise de timer, elle prenait son souffle pour hurler à l’aide dès que l’affichage des minutes changerait.

Mais pile à ce moment-là, Eric entra à nouveau dans le bureau, toujours à quatre pattes.

« Mais qu’est-ce que vous faites là ? » demanda Camille qui était sur le point de crier
– Vous allez rire : j’ai oublié de prendre vos coordonnées !
– Ah oui mince !
– On aurait eu l’air bête tiens !
– Je vous le fait pas dire ! »

Leur conversation attira l’attention du vigile

« Hey ! y’a quelqu’un ? » hurla-t-il dans leur direction

Camille et Eric échangèrent un regard. Ce dernier se précipita sur sa cagoule et commença maladroitement à la remettre. Avant que le vigile ne rentre, Camille empoigna Eric par le col, le tira vers elle et l’embrassa.

La porte s’ouvrir avec violence tandis que le vigile allumait la lumière. Il observa la scène avec stupéfaction.

« Bon sang de… mais qu’est-ce que…
– Oh mince… » murmura Eric

Camille se serra contre lui tout en tirant son badge de sa poche :

« Bonsoir monsieur… euh je travaille ici et… bon bah je vais pas vous faire un dessin : moi et mon p’tit copain on… enfin vous voyez quoi !
– Mouais… je vois ça ! » répondit le vigile à la fois sérieux et amusé
– S’il vous plait monsieur : dites rien à mon patron ! On prend nos affaires et on dégage tout de suite, promis on recommencera plus ! »

Le vigile remarqua alors la cagoule à demie enfilée sur la tête d’Eric et la menotte attachée au poignet de Camille. Il esquissa alors un sourire polisson :

« Ha ha ha… sacrée bon sang de bois, décidément vous les jeunots vous savez plus quoi faire pour vous amuser… aller je passe l’éponge pour cette fois. Mais la prochaine fois que vous avez des fantasmes de ce genre, contentez-vous de louer un film et venez pas faire de cochonnerie pendant que c’est mon tour de garde »

Camille et Eric remercièrent le compatissant vigile et promirent de filer droit. Une fois la jeune fille détachée, ils prirent leur affaires (et Eric son boitier) avant de sortir de l’immeuble en demandant une fois encore au vigile de les excuser.

Une fois dans la rue, dans l’humide froid automnale, Eric remercia à nouveau Camille :

« Vous avez assurée : j »en reviens pas ! J’ai eu la trouille de ma vie ! J’ai cru que cette fois j’étais cuit pour de bon !
– Bah… je sais que je devrais pas forcément m’en vanter mais c’est pas la première fois que je me retrouve dans cette situation donc…
– Quoi ? Vous avez déjà été…
– Mais non soyez pas bête : je veux dire que je me suis déjà faite surprendre au bureau en train de flirter
– Mais on flirtait pas là ? Hein ?
– Et bien… pas vraiment ! je veux dire… si je vous ai… enfin c’était pour donner le change hein !
– Oui oui bien sûr ! je voulais pas insinuer que…
– Euh… »

Tous les deux se regardèrent du coin de l’oeil, incapable de se fixer plus franchement.

« Du coup… on se fait ça comment pour votre Internet ? » demanda Camille
– Et bien, je livre le disque demain vers 11h, donc pourquoi pas l’après midi ?
– Un samedi ? vous êtes dingues, ça va être noir de monde on va attendre des plombes. Et puis je suis pas disponible : j’ai rendez vous avec une copine.
– Oh… bah après demain alors ?
– Dimanche ?
– Ah bah oui ça sera fermé… »

Camille fouilla dans son sac et en sorti une carte de visite quelle tendit à Eric.

« Appelez moi depuis votre planque : promis j’essayerai pas de retracer le numéro

– Ha ha… okey j’y manquerai pas. Merci encore »

La jeune femme regarda la rue derrière elle

« Bon bah du coup moi je vais y aller…
– Vous aurez un train à cette heure ci ?
– Normalement oui, mais ça sera un omnibus
– Je peux vous déposer ? Tant pis si vous êtes capable d’identifier ma voiture : au point où on en est !
– Je dirais pas non… mais du coup ça veut dire que vous allez connaitre mon adresse : ça pourrait être dangereux pour moi » dit Camille pour plaisanter
– Mais pourq… oh j’ai compris : vous me faites encore marcher ! »

La jeune femme lui mit une tape amicale sur le bras.

« Dites Camille : vous n’allez rien dire pour tout ça ?
– Ca quoi : les infos que vous avez volé ? Je m’en fiche. Ce bureau est un des endroits les moins humains sur Terre, alors ça ne me dérange pas plus que ça. Et puis… je me dis que c’est pour rendre service à un ami
– Vous etes trop gentille pour bosser avec ce genre de personne…
– Et vous vous n’êtes pas assez méchant pour rester un criminel pas vrai ?
– On échange ?
– Ha ha, si seulement… »

Eric prit Camille dans ses bras. Il l’enlaça chaleureusement, puis déposa un baiser sur sa joue.

« Je vais chercher la voiture » dit-il à sa nouvelle amie.

Il se rendit jusqu’à la petite Opel corsa garé une dizaine de mètre plus loin puis après quelques souci pour quitter sa place et s’arrêter devant Camille. Elle monta à bord et attacha immédiatement sa ceinture.

« Alors : je vous dépose où du coup ?

En guise de réponse Camille embrassa de nouveau Eric puis lui demanda :

« Vous me feriez visiter votre planque ? »

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