Journal de bord – épisode 19 : Stormbreaker #DefiBradbury

Stormbreaker

16 Mars 1925, dans les environs de Witchita Falls

Cela faisait 2 jours qu’il pleuvait sans discontinuer et que le ciel se lézardait d’éclairs menaçants. Les habitants étaient sur le qui-vive, guettant l’arrivée imminente des tornades en écoutant la radio. Les épiceries alentours avaient été dévalisées, chacun ayant fait le plein de vivres pour parer à toutes éventualités. Les maçons et les menuisiers travaillaient d’arrache-pied pour consolider les maisons et réparer ce qui pouvait l’être afin de pouvoir résister aux vents violents qui se préparaient.

A la radio, les messages officiels étaient inquiétants, et on parlait de ce qui serait sans doute « l’orage du siècle » : les fronts d’air froids et secs venant du nord allaient rencontrer ceux chauds et humides venant du Mexique dans des proportions jamais encore atteintes. Certains météorologues parlaient d’un véritable « Fléau de Dieu » qui s’abattrait sur les impies.

Ce genre de propos apocalyptiques n’étaient pas de ceux qui faisaient reculer Lady Valentine, Baronne d’Harford. Assise depuis des heures sur une pesante chaise en bois massif, elle rédigeait inlassablement de savant calcul, faisant et refaisant encore et encore les mêmes équations afin de les valider. Fatiguée par cet intense exercice, elle se leva et fit quelques pas dans la pièce tout en étirant ses bras noués et en étirant sa nuque raidie par l’effort.

Elle observa l’orage par la fenêtre, comptant les secondes entre les éclairs et le tonnerre. Elle multiplia ce nombre par 3, obtenant approximativement la distance en kilomètre entre sa position et l’éclair, ce qui permettait d’estimer simplement si l’orage s’approchait ou s’éloignait.

« Ca ne sera pas pour ce soir… » dit-elle à voix basse comme pour elle-même.

Lassée de ses calculs, Lady Valentine se rendit vers l’atelier qui jouxtait la maison par la porte mitoyenne reliant les deux édifices. Elle y retrouva Mycroft, son majordome ainsi que Charly, jeune garçon de 9 ans dont elle était la tutrice, en train travailler sur un bien étrange engin.

6 énormes cuves de cuivre étaient reliées par de larges conduites à ce qui ressemblait à une horloge (du moins pour ce qui est des rouages car il n’y avait pas de cadran) fusionnée à une motrice de locomotive. Le jeune Charly s’activait autour de la machinerie, tournant des valves et surveillant des manomètres qui contrôlaient la pression. A intervalle régulier, il faisait signe du bras à Mycroft tout en désignant une des cuves. Le majordome tirait alors sur une manette situé sur le côté de la cuve désigné par le jeune garçon, ce qui provoquait un fort sifflement, ainsi que des tremblements dans toute la tuyauterie. Toujours lorsque Charly faisait signe, Mycroft remontait la manette en tirant de toutes ses forces. Le bruit s’arrêtait, et le jeune garçon recommençait ses manipulations.

Lady Valentine observa la scène sans rien dire. Elle était admirative devant le génie du jeune garçon et la maîtrise dont il faisait preuve dans une opération aussi complexe. Il n’en restait pas moins un enfant dont les yeux étaient brillants d’émerveillement face à l’immense mécanisme qu’il manipulait.

« Mycroft ! » hurla-t-il pour passer le bruit assourdissant de la machinerie « Nous allons pouvoir passer à l’étape finale, êtes-vous prêt ?
– Quand tu veux petit ! » dit-il avec son inimitable accent irlandais

Charly réajusta sa large casquette à petit carreaux gris, empoigna une manette fermement, et leva son autre bras pour faire signe à Mycroft. Ce dernier de son côté grimpa sur une petite plateforme se trouvant au point de connexion des 6 cuves, et empoigna un large levier circulaire d’au moins 40cm de diamètre.

Le jeune garçon scrutait les manomètres, attendant que l’aiguille atteigne le marqueur rouge.

« 3500 PSI ! » hurla Charly « On y est presque ! »

Lentement mais surement, l’aiguille continuait de grimper tandis que la force de la pression qui s’exerçait sur la structure et qui ne cessait d’augmenter faisait grincer les boulons d’acier et les plaques de cuivres.

« 3800 ! »

Toute la structure se mit à trembler sous l’effort. Les crissements des raccords métalliques devenaient de plus en plus forts. L’aiguille passa la barre des 3900 PSI et s’approcha dangereusement du seuil fatal.

Charly retint son souffle. Il laissa l’aiguille grimper encore jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux crans avant les 4000 PSI et baissa le bras tout en tirant la manette vers le bas :

« MAINTENANT ! » hurla-t-il à Mycroft.

Ce dernier commença à tourner le levier de la plateforme ce qui libéra la pression qui s’engouffra jusqu’à la machinerie. L’énergie libérée fût si forte qu’une des canalisations s’entrouvrit, relâchant un jet de vapeur brûlante. Mycroft bondit sur l’établit de l’atelier et attrapa une pièce de cuivre arrondie munie d’une poignée qu’il plaqua sur la brèche, poussant de toute ses forces pour maintenir la pression.

Après quelques minutes, les vibrations et les sifflements cessèrent.

Charly regarda les compteurs de pression dont toutes les aiguilles étaient retombées à zéro. Toutes sauf une…

« Ça marche… CA MARCHE !!! On a réussi Mycroft ! Venez voir ! »

L’élégant majordome soupira : l’enthousiasme du jeune garçon était motivant, mais difficile à suivre. Lady Valentine s’approcha elle aussi, et tous deux observèrent le cadran flexible que Charly tourna vers eux :

« Le point de régulation est parfait ! » dit-il avec expertise « La Matrice de Convection est chargée et prête à fonctionner ! »

Charly pressa sur un bouton ce qui fit se décaler une partie de la machinerie, révélant un pupitre. Sur ce dernier, se trouvait une sphère d’acier blanc munie de deux poignées entourées de bandelette de cuir brun et d’une valve sur le dessus.

« On va pouvoir l’installer sur le Lancelot… » dit Lady Valentine avec une pointe de soulagement dans la voix.

***

17 Mars 1925
9h00

La nuit avait été courte pour Lady Valentine et Charly car ils avaient passé des heures à tester la Matrice de Convection et à s’assurer de sa stabilité. Terrassé par la fatigue, ils s’étaient endormis dans l’atelier. Mycroft les avait portés jusqu’à leurs lits avant de faire un peu de ménage. Souffrant d’un mal étrange, le majordome ne dormait jamais plus de 3h, et mettait à profit la nuit pour s’assurer que la maison était en ordre.

Le trio s’était installé ici au début de l’hiver 1924. Lady Valentine avait acheté la bâtisse pour une bouché de pain et y avait fait installer l’atelier pour ses recherches. Mycroft et le jeune Charly lui faisaient office de main d’œuvre, bien que ce fût surtout le jeune garçon qui se montra le plus assidue à cette tâche.

Fils d’un éminent ingénieur, Charles « Charly » Simon Heisenberg, avait dès son plus jeune âge été bercé par le bruit des valves et les coups de clé à molette. A la mort de son père dans un terrible accident, il fût recueilli par la baronne qui se sentait un devoir de prendre soin de lui et pour cause : son mari avait péri dans le même accident.

Elle même versé dans les sciences, bien que cela fusse jugé cocasse pour une femme, elle s’adonnait plus particulièrement aux mathématiques appliquée, domaine qu’elle partagea volontiers avec le jeune garçon. Extrêmement doué, il s’avéra rapidement capable d’en remontrer à la baronne, d’autant plus qu’il s’était découvert un talent pour le bricolage et la mécanique en général ce qui lui donnait l’occasion de mettre en application ses idées.

Mycroft pour sa part avait beaucoup d’affection pour le jeune garçon. Il le voyait comme le petit frère qu’il n’avait jamais eu, et faisait son possible pour être un exemple à ses yeux et en lui enseignant ce qu’il estimait être la « bonne » façon d’être un homme. Charly lui vouait une admiration sans borne, imitant notamment ses tics de langage typiquement irlandais.

Ses corvées finies, le majordome sorti un instant dehors fumer une cigarette. Assit sur la balancelle installé sous une tonnelle à droite de la terrasse, il regarda le ciel pluvieux à travers lequel essayaient de poindre quelques éclats de soleil. Les forces de la nature l’avaient toujours fasciné, exerçant sur lui un mélange de crainte et de respect. Son regard se porta alors vers la grange solidement cadenassé ou le Lancelot attendait son heure.

Comment Lady Valentine pouvait espérer qu’une telle machine puisse fonctionner ?

Il tira une bouffé qu’il laissa s’envoler doucement, observant les mouvements des circonvolutions et leur ballet bleutés tout en repensant au passé…

En 1915 lord Harford, brillant ingénieur, s’était rendu à San Francisco pour représenter le Royaume-Uni lors de l’exposition universelle. Il rencontra là-bas Herschel Heisenberg, un chercheur en météorologie qui avait émigré d’Allemagne pour s’installer aux états unis et avec qui il devint rapidement ami mais surtout collègue. En effet, les deux hommes réalisèrent vite que leurs travaux avaient de multiples points communs. Lord Harford décida donc de quitter l’Angleterre et de s’installer lui aussi aux états unis pour poursuivre ses travaux avec Heisenberg. Une prestigieuse université leur proposa de financer leurs travaux. Lord Harford travailla donc en partie comme enseignant, et c’est ainsi qu’il fit la connaissance de celle qui allait devenir son épouse.

Fille d’un pasteur, Lady Valentine avait une passion pour la Science. Petite fille, elle avait dévorée les livres de Jules Vernes, ce qui déclencha chez elle une vocation. Ne pouvant entrer dans une université du fait qu’elle était une femme, elle commença par suivre des cours privés qu’elle payait en travaillant comme institutrice. En parallèle, elle adressa de nombreux articles à Physical Review, journal de pointe dans les domaines des mathématiques et de la physique, qui firent grande impression. C’est d’ailleurs suite à la lecture d’un de ses articles que Lord Harford accepta que la jeune femme ait le droit d’étudier à l’université.

Ils se marièrent à l’automne 1918 et s’installèrent dans le Wisconsin. Avec Heisenberg, ils travaillèrent d’arrachepied pour mettre au point ce qui serait une révolution, un appareil capable de stopper les catastrophes climatiques : le projet Stormbreaker.

Malheureusement, en 1921, se produisit l’accident qui tua Lord Harford et Heisenberg. Lady Valentine, rescapée miraculeuse du drame, recueillit le jeune fils d’Heisenberg, Charly, dont la mère était morte deux ans auparavant de la polio et se jura de mener à bien le projet Stormbreaker tant qu’il lui resterait un souffle de vie.

A la fin de l’année 1922, elle reçut une aide inespérée en la personne de Mycroft. Ce dernier avait combattu dans la RAF avec lord Harford et lui devait la vie, aussi lorsqu’il fût informer de la mort de son sauveur, il se fit le devoir de prendre soin de la veuve de celui-ci. Il proposa de se faire passer pour le majordome de Lady Valentine ce qui éviterait les quolibets. Finalement il occupa ce rôle si bien qu’il devint vraiment l’homme à tout faire de la maison.

Des bruits dans la maison tirèrent Mycroft de sa rêverie. Charly venait de se lever et c’était précipité dans la cuisine, attendant avec impatience son petit déjeuner.

« Mycrooooft ! Où êtes-vous ? » demanda le jeune garçon.

Le Majordome tira une dernière bouffé de sa cigarette et d’un geste habile, lança les restes de son mégot à quelques mètres de distance en direction de la route.

***

Lady Valentine passa le reste de la matinée a faire des tests sur la Matrice de Convection. Sous le regard curieux de Charly, elle y connecta divers appareils de son invention et constata avec ravissement que les résultats dépassaient ses espérances. La Matrice était capable de fournir de gros volumes d’énergies tout en restant très stable, point crucial pour mener à bien le projet Stormbreaker.

Il était temps de passer à la mise en pratique.

Accompagné de Charly et Mycroft, elle se rendit dans la grange où était entreposé la seconde partie du projet : le Lancelot. Ce véhicule lourd avait l’apparence d’un camion qu’on aurait caparaçonné comme un tank. La large cabine comportait une batterie d’instrument de mesure et un équipement radio à la pointe du progrès. L’arrière quant à lui comportait une turbine bien protégée sous le blindage, et la pièce maîtresse de toute l’installation, le fameux Stormbreaker.

Il s’agissait d’un cylindre d’acier garni d’électro-aimants pouvant se déployer jusqu’à une hauteur de 3 mètres et dont la base était reliée à la turbine. Capable de générer des flux de haute pression, le Stormbreaker avait pour mission de rééquilibrer les masses d’air causant les tornades afin de les neutraliser.

Du moins en théorie.

Lady Valentine raccorda la Matrice de Convection à la turbine aidé par Charly dont les petites mains pouvaient facilement manœuvrer dans le dédale de câble et de tuyaux de la machine. L’opération durant une petite demi-heure, et vint enfin le moment fatidique de la mise en marche.

Mycroft, assit dans la cabine, démarra le moteur dont les 6 cylindres rugirent comme un fauve aux abois. C’est à ce moment-là que Charly tourna la valve d’admission de la Matrice pour injecter une part de son énergie dans l’arbre de transmission via la turbine à laquelle il était relié. A peine eût-il fait cela que la surpuissante énergie accumulée se libéra, procurant un rendement supérieur de 400%

Le majordome appuya sur la pédale d’accélérateur, et sans effort, l’énorme masse s’anima avec vivacité. La puissance de la Matrice rendait le gigantesque véhicule aussi agile qu’une petite voiture, atout qui serait indispensable dans sa mission. Mycroft fit le tour de la ferme puis s’engagea sur la route sablonneuse : le Lancelot ne montra aucun signe de faiblesse.

Lady Valentine et Charly retournèrent dans la cabine via une trappe d’accès reliant cette dernière à la remorque. La baronne d’Harford put voir avec ravissement que le couplage de la turbine avec la motorisation d’origine du véhicule faisait parfaitement son office, propulsant le Lancelot à la vitesse phénoménal de 140Km/h

Elle fût d’autant plus épaté que Mycroft n’avait pas utilisé les 5 crans de vitesse, craignant sans doute de ne pas être capable de maîtriser un véhicule allant si vite. Cependant, l’ancien pilote de l’air montra sang-froid et assurance tandis que le Lancelot filait comme le vent en direction de Dallas.

Aux anges, Lady Valentine enlaça Charly et Mycroft à la grande frayeur de ce dernier qui, surprit par ce geste d’affection, avait lâché du regard la route pendant une seconde qui aurait pu être fatale.

En 2h de temps, ce qui était incroyable pour l’époque, ils arrivèrent à Dallas dont les rues étaient emplies de monde portant de lourds sacs de provision. Les habitants se préparaient à subir les terribles orages prévus par la NWS (national weather service, l’agence nationale du climat) et prenaient d’assaut les magasins d’alimentations et les drugstores.

Notre trio se rendit dans le centre-ville pour consulter les derniers relevés du NWS concernant le front orageux qui s’approchait. Si le Lancelot était prêt à livrer bataille, il fallait lui trouver son adversaire.

Installé dans une ancienne distillerie rendue caduc par la prohibition, les bureaux de la NWS étaient déjà prêts à subir la foudre des éléments. Les larges fenêtres en bois blanc étaient fermées et bloquée à l’intérieur par des tasseaux de bois glissés dans des fentes en acier visées au mur.

Lady Valentine se présenta à l’accueil et demanda à consulter les derniers bulletins provenant du nord. Ces derniers, télégraphié par les bureaux de Philadelphie, lui permettrait de mieux anticiper la formation de tornade. L’employé du service du climat lui désigna une copie du bulletin qui venait tout juste d’être tapé à la machine. Il se trouvait affiché sur le tableau des consultations installé sur le mur gauche du hall d’accueil, et qui servait au NWS à diffuser aux populations, et notamment aux agriculteurs, les informations météorologiques importantes.

Une foule compacte se tenait devant, obligeant Lady Valentine à ruser pour s’approcher :

« Pardonnez-moi messieurs » dit-elle à la foule constitué exclusivement d’homme « j’aimerai consulter le tableau mais… je n’ose m’approcher de peur d’être balayer dans une bousculade… »

Les hommes présents s’écartèrent en gentlemen, saluant Lady Valentine de leur chapeau. Elle s’approcha du tableau tout en dispensant quelques remerciements par ci par là, et put enfin consulter l’information qu’elle cherchait. Elle tira de son corsage un petit carnet et de ses cheveux nouées un crayon avec lequel elle nota des données.

Une fois cela fait, elle se retourna pour repartir, mais se cogna contre un homme massif qui la toisait avec un regard mauvais.

« Oh… voyez-vous ça : Lady Harford vous êtes en goguette ?
– Professeur Wallace » répondit la baronne « Dire que je suis étonné serait mentir : je suppose que vous êtes là pour la saison des tornades ?
– En effet baronne, mon équipe et moi-même allons révolutionner l’industrie avec le Taranis
– Oh oui, le Taranis : votre monstre mangeur de tornade.
– Le Taranis est bien plus que ça… et il aurait pût l’être bien plus tôt si feu votre mari avait accepté de m’aider dans mes recherches.
– Vous auriez sans doute réussi à le convaincre si vous n’aviez pas sous-entendu que votre invention était en fait une arme…
– Oui, c’est vrai que Lord Harford était comme tous les pilotes d’avions : un lâche ! »

Lady Valentine gifla le professeur Wallace.

« Ne vous avisez plus jamais de tenir de tel propos à l’encontre de mon époux ! JAMAIS ! »

Le professeur senti sur lui les regards plein de dédain des hommes alentours : se faire gifler en public par une femme était une humiliation qu’il ne pouvait supporter. Il leva la main et s’apprêta à frapper la baronne, mais une main ferme lui saisit le poignet avant qu’il n’ait le temps d’agir.

Mycroft lui saisit le col et le plaqua contre le mur :

« Vous dites que les pilotes sont des lâches ? Vous voulez vérifier ça ? Pour moi le lâche c’est l’homme qui menace une femme !
– Ah… j’oubliais que Lady Valentine avait toujours son chien irlandais prêt à morde ! »

La baronne posa sa main sur l’épaule de Mycroft pour l’inviter à se calmer. Ce dernier obtempéra et relâcha sa prise et se dirigea vers la sortie. Lady Valentine lui emboîta le pas  en faisant un grand signe de la main aux hommes présent :

« Merci messieurs, vous êtes de véritables gentleman : je vous souhaites la bonne journée ! »

***

17 Mars 1925
20h

Après le diner, Lady Valentine retourna à ses calculs. Elle était inquiète car les chiffres du NWS étaient alarmant : 3 fronts allaient converger et créer en de multiples endroits des tornades d’une grande puissance.

Elle avait confiance dans la technologie du Lancelot et dans le Stormbreaker, mais elle doutait d’elle-même. Serait-elle capable de calculer correctement l’impulsion ? Aurait-elle la lucidité nécessaire pour prendre les bonnes décisions même lorsque des vents de plus 400km/h frapperaient le Lancelot ?

Tandis qu’elle ruminait ses sombres pensées, Mycroft lui apporta une tasse de café.

« Vous semblez inquiète madame
– Je… je me sens un peu dépassée : alors qu’on touche au but, j’ai l’impression que je me suis fourvoyée depuis le début.
– Comment ça ?
– Lorsque je reprends mes calculs, je réalise à quel point notre marge d’erreur est faible. Le Stormbreaker doit se trouver quasiment au cœur du vortex, et l’impulsion doit être aligné avec un delta maximal de 4 %.
– Oui mais vous avez justement conçu le Lancelot pour résister à la force du vortex. Quant à la question de l’alignement, je sais que vous serez parfaitement capable le moment venu de le réaliser parfaitement.
– Et si je me trompais ?
– Et si vous aviez raison ? Madame, depuis que je vous connais je ne pense pas une seule fois vous avoir vu vous tromper. Vous êtes une femme brillante, et je suis prêt à le parier sur ma vie »

Lady Valentine passa sa main sur le bras de Mycroft et lui adressa un regard qui voulait dire merci.

***

18 Mars 1925
11h

La pluie tombait averse depuis l’aube, et la radio confirmait que l’orage était en approche. Dans l’atelier, Lady Valentine attendait, une carte de la région a porté de main que l’inévitable soit annoncé.

Pour passer le temps, Charly révisait de fond en comble le système de valve de la Matrice de Convection, resserrant les écrous où cela était nécessaire et contrôlant les manomètres jusqu’à en avoir mal aux yeux.

Mycroft, prévoyant, rangeait dans la soute du Lancelot des vivres, quelques gourdes d’eau ainsi que de quoi camper. La journée allait être agitée, et il valait mieux être paré à toutes éventualités.

Lorsque la pluie se calma, Lady Valentine senti que le moment était venu. Elle donna à Charly et Mycroft le signal du départ.

Aux commandes du Lancelot, Mycroft prit la route de Jacksboro. Les estimations de la baronne d’Harford laissait présager que c’était là que la formation de tornade était la plus probable. Se servant de la radio installé à bord, elle prit contact avec le NWS et se fit confirmer qu’un front de basse pression était en train de déferler et qu’il ne tarderait pas à rencontre le front chaud venu du Mexique.

Poussant le Lancelot à pleine vitesse, le trio mit une heure et demie à atteindre son objectif. Charly regarda par l’une des fenêtres latérales et constata qu’il n’y avait plus âme qui vive dehors. Lady Valentine, les yeux rivés sur ses instruments, semblait morte d’inquiétude.

« Lady Valentine ? » demanda le jeune garçon « vous croyez que la tornade se formera ici ?
– C’est ce que m’indiquent mes calculs Charly… mais malheureusement il y’a trop de variable impossible à prendre en compte, et nous devons espérer avoir pris la bonne décision
– En tout cas soyez sûr que la Matrice ne vous lâchera pas ! Je l’ai révisé à 100% !
– Merci Charly : j’ai toute confiance en toi »

La baronne était touchée par la foi indéfectible du garçon. C’était le genre de chose dont elle avait besoin en ce moment.

Le ronronnement de la radio laissa place à la voix d’un des opérateurs du NWS :

« On signale une tornade en mouvement près de Lost creek Road, je répète, une tornade est en mouvement près de Lost creek Road en direction de Post Oak Road ! »

Mycroft et Lady Valentine échangèrent un regard, puis sans avoir besoin de parler se mirent au travail. Tandis que le majordome roulait, la baronne lui indiquait la route avec l’aide d’une carte simplifiée qu’elle avait elle-même tracé.

Il fallut moins de 10min pour que le Lancelot s’approche assez de la tornade. Charly regarda avec horreur la longue colonne d’air dont le pied de poussière semblait dévorer le sol de ses crocs de vent.

Le Lancelot coupa a travers champ et fila droit sur sa cible. Lady Valentine et Charly passèrent dans la remorque et mirent en marche le Stormbreaker, puisant dans la turbine la puissance requise. Tandis que le jeune garçon contrôlait la pression, Lady Valentine s’occupait de régler l’intensité de l’impulsion qui serait projetée.

Au fur et à mesure que le Lancelot approchait de la tornade, le vent frappait ses solides parois d’aciers faisant crépiter dessus les milliers de petit débris qu’il charriait. Ce bruit effraya Charly, mais le regard bienveillant de Lady Valentine le rassura aussitôt. Elle tapa deux fois sur la paroi l’air de dire « regarde comme c’est solide ». En réponse, il fit le V de la victoire avec les doigts.

Dans la cabine de pilotage, Mycroft luttait pour tenir le cap et résister a la violence du vent qui s’intensifiait. En tant que pilote, il savait que le vent était un ennemi redoutable et que sa force pouvait souffler un lourd avion de combat comme si ce n’était qu’une brindille. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’une telle chose lui arrive sur la terre ferme.

La tornade continuait à danser en laissant un sillage de destruction sur sa route. Elle passa prêt d’une ferme qu’elle vaporisa en un instant, formant un flot de débris destructeur. Les planches brisées devenaient des projectiles meurtriers qui menaçaient de perforer le Lancelot. Par précaution, Mycroft activa un des nombreux mécanismes installés sur l’engin en tirant un levier ce qui fit glisser une grille de protection sur le pare-brise, le protégeant d’un éventuel impact.

Lady Valentine observait la situation par les meurtrières installées le long de la remorque, et fût frappé d’effroi : elle aperçut un pan entier de mur tomber sur 3 silhouettes qui étaient en train de courir vers un abri.

Aussitôt elle pressa le bouton du communicateur interne du Lancelot et ordonna à Mycroft de cesser la poursuite et de se diriger vers la ferme.

Une fois arrivé, Lady Valentine se précipita dehors pour voir s’il y avait des blessés. Elle entendit des gémissements dans les décombres, mais les débris étaient trop imposants pour être déplacé. Mycroft proposa alors d’utiliser le Lancelot comme outil d’excavation. Pendant près d’une heure, lui et la baronne retirèrent avec minutie les morceaux de la maison pour finalement trouver 3 personnes sévèrement blessé, mais bien vivante.

Il s’agissait d’un fermier et de sa femme qui étaient sorti  à la recherche de leur fille pour aller la mettre à l’abri. Surpris par la tornade, il n’avait dut leur salut qu’a la présence du Lancelot. Ils furent transporter de toute urgence à l’hôpital de Jacksboroo ou ils furent prit en charge in extremis.

Mycroft et Lady Valentine étaient soulagé de cette petite victoire sur les éléments, mais aussi un peu amère d’avoir laissé passer une occasion d’utiliser le Stormbreaker. Et si en secourant ces 3 personnes ils avaient laissé la tornade faire encore plus de victime ?

Mycroft préféra ne pas y penser, estimant qu’il était odieux de mettre en balance des vies humaines.

Lorsqu’il remonta dans le Lancelot, il remarqua que Charly faisait la tête.

« Bah alors petit : qu’est ce qui t’arrive ?
– J’ai entendu à la radio que la tornade s’est arrêté à Granite Way
– Et bien c’est une bonne nouvelle non ?
– Non ! C’est les autres qui l’ont eue Mycroft !
– Qui ça les autres ?
– Ceux qui sont avec ce méchant type : Wallace ! C’est son Taranis qui à stopper la tornade »

Mycroft grimaça. Certes, savoir que l’invention du professeur avait sauvé des vies était une bonne chose, mais il ne pouvait s’empêcher de pester.

Un peu plus tard, la radio confirma l’information, ne tarissant pas d’éloge sur la formidable machine du professeur Wallace. Pour remonter le moral à ses compagnons, Lady Valentine leur expliqua que la machine de Wallace n’avait eu que très peu d’effet sur la tornade puisque celle-ci était déjà en phase de rupture. Malgré tout Charly restait profondément attristé.

Il faut dire que le jeune garçon tenait à tout prix a ce que la création de son père, la Matrice de Convection, joue un rôle dans le grand projet de Lady Valentine. Cette dernière promis au jeune garçon que ce n’était que partie remise, car le front de basse pression allait à nouveau créer des tornades et qu’ils auraient l’opportunité de prouver l’efficacité du Stormbreaker.

***

18 mars 1925
14h30

Profitant d’une petite accalmie, les passagers du Lancelot décidèrent de faire une halte à ElizabethTown, puisque la prochaine menace frapperait au nord de cette position près de Coral city.

Malheureusement, Wallace et son Taranis avaient eu la même idée.

La machine du professeur Wallace avait beaucoup de similitude avec le Stormbreaker, du moins en apparence. Car si le but de la création de Lady Valentine était de repousser les flux de basse pression pour dissoudre la menace, celui du Taranis était d’absorber tout la force de la tornade et de la convertir énergie puis de la stocker. L’idée était ensuite de renverser l’influx et de le projeter sur un adversaire sous forme d’un souffle surpuissant.

L’engin de Wallace était installé sur un simple camion, bien moins protégé que le Lancelot, mais il bénéficiait d’une escorte de 4 véhicules, chacun ayant une fonction : logistique, maintenance, éclaireur et station météo mobile.

Acclamé par la foule, le Taranis accaparait tous les regards.

Philosophe, Lady Valentine expliqua à ses compagnons que si l’invention de Wallace sauvait des vies, il serait stupide de le lui reprocher. S’ils estimaient qu’il ne méritait pas ses éloges, alors c’était à eux de faire mieux.

***

18 mars 1925
16h20

Une nouvelle alerte se fit entendre à la radio.

Aussitôt les deux équipes se lancèrent sur la route en direction de Springtown où avait été signalée la tornade.

A ce petit jeu, le Lancelot n’avait aucun mal pour distancer ses concurrents, mais le véhicule rapide qui servait d’éclaireur à Wallace lui donnait un avantage tactique pour aller dans la bonne direction. De plus, chaque véhicule de son escorte pouvait couvrir du terrain et orienter plus efficacement le Taranis par radio.

Après quelques détours, le Lancelot se retrouva au milieu du convoi de Wallace. Ce dernier, bien décidé à garder son avance, ordonna aux véhicules de ceinturer le Lancelot pour l’empêcher d’avancer.

« Madame ! » dit Mycroft « ils nous barrent la route !
– Les imbéciles… tant pis pour eux : Mycroft, utilisez toute la puissance pour forcer le passage ! »

Le majordome acquiesça, trop content de pouvoir se frotter à Wallace.

Sur ordre de la baronne, Charly augmenta la sortie de puissance de la Matrice, décuplant ainsi les forces du Lancelot. L’engin prit une soudaine accélération et percuta le véhicule devant lui qui se dressa de plusieurs dizaines de centimètres sous l’impact. Réalisant que le Lancelot était assez puissant pour les balayer, le chauffeur décida de s’écarter.

Mycroft accéléra à toute vitesse pour rattraper le Taranis.

« Mais enfin pourquoi vous l’avez laissez passé ! » hurla Wallace à la radio
– Boss : leur engin est un tank ! Il était prêt à nous pulvériser !
– Sombres crétins… je vous paye pour m’obéir ! Arrêtez-les ! S’il le faut percutez les de pleins fouet mais je veux que cette maudite machine soit détruite ! »

Perplexe mais trop effrayé par leur tyrannique patron, les chauffeurs des véhicules d’escortes se lancèrent à la poursuite du Lancelot.

Lorsque ce dernier arriva à hauteur du Taranis, Wallace demanda au chauffeur du camion de lui bloquer la route le temps que les autres voitures les rattrapent.

Dans son rétroviseur, Mycroft remarqua la manœuvre : les chauffeurs allaient tout bonnement se lancer sur eux à pleine vitesse !

« Accrochez-vous ! » hurla-t-il à l’intention de Lady Valentine et Charly tandis qu’il se préparait lui-même au choc.

Deux véhicules frappèrent le Lancelot par l’arrière, faisant perdre le contrôle à Mycroft. Un troisième véhicule lui frappa l’engin sur le flanc et le fit tournoyer sur le côté. Finalement, le dernier véhicule frappa l’arrière à nouveau et fit rouler le Lancelot sur le bas-côté.

un des quatre véhicules s’enflamma et explosa, laissant juste le temps à son pilote de bondir hors de la cabine. Il fût ramassé par un de ses camarades, et tous reprirent la route, abandonnant le Lancelot et son équipage à leur sort.

Les 3 compagnons avaient heureusement put anticiper le choc, ils étaient donc plus contusionné qu’autre chose. Le Lancelot quant à lui avait résisté à l’embardé grâce à son blindage, mais malheureusement la Matrice de Convection avait subi des dégâts.

Charly procéda à un diagnostic rapide, et estima qu’il n’était possible que de bénéficier de 30% de la puissance totale. C’était peu mais cela permettrait de garder le Lancelot mobile. Il promit de faire son possible pour réparer la Matrice en roulant.

Lady Valentine hésita : ce que Charly proposait de faire était terriblement dangereux pour lui. Cependant, le courage et la détermination du jeune garçon lui firent comprendre qu’à ses yeux il en allait de l’honneur de son père que de faire en sorte que la Matrice soit efficace. Partageant le même sentiment concernant l’œuvre de son mari, elle s’inclina et laissa Charly travailler.

La baronne retourna avec Mycroft dans la cabine et ils se lancèrent à nouveau à la poursuite du Taranis. Lady Valentine chercha sur les ondes radio le signal des émetteurs du convoi, ce qui lui permettrait peut-être d’écouter leurs conversations et reprendre l’avantage.

En même temps, elle scrutait de temps en temps ses instruments dont les indications la laissaient perplexe.

Soudain elle comprit.

Elle balaya les fréquences radio et lança ce message sur tous les canaux :

« Convoi du Taranis, ici le Lancelot : le front de pression est en train de converger, je répète : le front de pression est en train de converger… Wallace ! C’est une masse double qui se forme, vos engins sont trop léger vous allez vous faire déchiqueter !

Au bout de quelques instants, une réponse se fit entendre :

« Tiens… Lady Harford : je dois admettre que votre ingénieur à réaliser un engin prodigieux pour avoir résister à un tel accident. Cependant votre pathétique tentative de me détourner…
– Arrêter un instant de flatter votre égo et écoutez-moi ! Ce qui arrive est la convergence de deux flux, votre engin n’a pas la capacité d’absorber une telle quantité d’énergie ! Si vous ne me croyez pas regardez au moins vos instruments !
– Je dois reconnaître que vous dites vrai… mais sachez-le : le Taranis n’a que faire de la force du flux qu’il affronte : je n’ai pas besoin d’une génératrice, il me suffit de puiser dans la tornade pour disposer de puissance ! »

Lady Valentine compris que ni Wallace ni ses hommes ne l’écouteraient. Elle coupa la radio, la gorge serrée.

« Ses hommes vont tous mourir… » dit-elle à Mycroft
– Vous avez fait votre possible madame. Maintenant c’est au ciel de décider de leur destin »

Le Lancelot arriva enfin près de Springtown en suivant Holbrook road. La tornade avait déjà ravagé un bout de foret, arrachant des arbres et semant des troncs sur la route. Les travaux de Charly avait permis de regagner un peu de puissance, mais il devenait de plus en plus difficile de progresser. De plus, la structure du Lancelot était sans doute atteinte et ne résisterait pas bien longtemps à un tel traitement de choc.

Mycroft avait repérer la tornade dont la base était encore plus grande que celle de la précédente. Lady Valentine expliqua que c’était en fait la convection de deux flux, un peu comme si deux tornades avaient fusionnées en une seule, décuplant mutuellement leur puissance.

D’abord hésitante à se lancer dans la bataille, elle demanda à Mycroft de s’approcher du vortex, galvanisé par l’enthousiasme de Charly qui se démenait comme un beau diable pour faire repartir la Matrice.

Le pilote du Lancelot abaissa la grille de protection, et mit pied au plancher.

La tornade semblait hurler comme un animal titanesque, crachant des débris en pluie régulière sur le Lancelot. Soudainement, une large masse s’écrasa au sol, obstruant la route.

C’était la remorque du Taranis.

Mycroft l’évita de justesse grâce à ses réflexes aiguisés de pilote d’avion. Il ne put s’empêcher d’avoir de la peine pour le convoi de Wallace qui de toute évidence avait été pulvérisé par le monstre de vent.

Dans la remorque, Lady Valentine effectuait les derniers réglages du Stormbreaker et orienta le générateur d’influx vers la tornade.

Elle pria les cieux le temps d’une pensée et pressa le bouton qui libéra la charge électromagnétique.

La tornade fût comme frappé sur son flanc, hurlant de plus belle. Une explosion de débris jaillit de la « plaie » de la bête, faisant s’écraser sur le Lancelot d’autres morceaux d’engin agricole et de bâtiment.

Malheureusement cela n’avait pas suffi à la terrasser.

Lady Valentine ordonna à Mycroft de ralentir pour laisser s’éloigner le danger.

« Nous nous ne pouvons plus rien faire Mycroft… c’est fini
– Mais enfin Lady Valentine ! » dit Charly « on y était presque ! Vous avez vu comment la tornade à vacillée ?
– Peut-être mais en l’état actuel des choses le Lancelot ne tiendra pas le choc et le Stormbreaker n’a pas assez de puissance pour arrêter cette chose ! »

Le jeune garçon soupira :

« C’est de ma faute… j’aurais dû mieux positionner l’axe de dispersion… et puis je suis sûr qu’en passant le diamètre des tubes de 3,5 à 3,8 j’aurais obtenu assez de résistance à la torsion…
– Charly… tu n’y es pour rien. Aucun de nous n’est responsable.
– Nous ne sommes pas responsable de nos échecs… mais nous sommes responsable si on renonce » dit Mycroft.

Lady Valentine regarda par la fenêtre vers le ciel en quête d’une réponse.

Un rayon de lumière se faufila entre les nuages, et parût plus brillant que le soleil lui-même…

« Charly : si tu augmentais le débit de la Matrice, on obtiendrait plus de puissance pas vrai ?
– En théorie oui… mais du coup ça réduirait notre autonomie…
– On pourrait au moins frapper une fois à pleine puissance ?
– Je ferai en sorte que ça soit possible ! »répondit le jeune garçon galvaniser au fur et à mesure qu’il comprenait l’idée de sa tutrice
– Mycroft, nous allons devoir rentrer au centre du vortex pour le frapper en plein cœur. Vous pensez que le Lancelot tiendra le choc ?
– Madame, un chevalier ne tombe que lorsque le dragon est terrassé !
– Alors messieurs il est temps de montrer à cette horreur que tant que notre Lancelot sera debout nous ne lui laisseront pas le loisir de détruire des villes et de menacer des innocents ! »

Mycroft et Charly lancèrent un cri de guerre à l’unisson, prêt pour l’ultime affrontement.

***

Le Lancelot poursuivait la tornade depuis plus d’une demi-heure. Celle-ci se déplaçait à la vitesse hallucinante de 117km/h d’après les calculs de Lady Valentine, et atteindrait Forth Worth dans moins de 15 minutes.

Charly continuait de travailler sur la Matrice de Convection, se brûlant les mains en manipulant certaines partie tandis qu’elles tournaient à plein régime. Peu lui importait : il devait pouvoir mobiliser toute la puissance disponible pour qu’au moment voulut, le Stormbreaker soit assez puissant pour vaincre son adversaire.

Comme il l’avait expliqué, le fait de libérer la puissance plus rapidement allait malmener la structure au risque de la faire exploser. Il devait donc retarder le plus possible le phénomène. A chaque fois qu’il donnait un coup de clé, chaque fois qu’il refixait une pièce de métal, il implorait le Lancelot :

« Aller Chevalier… tiens le coup… tiens le coup ! »

La tornade passa près de du lac de la montagne de l’aigle et se gorgea d’eau qu’il projeta à des kilomètre à la ronde. La visibilité devenait exécrable et Mycroft hésitait à maintenir l’allure.

Au loin, on commençait à deviner la silhouette massive de la ville de Forth Worth. C’était le moment où jamais d’agir, car autrement la puissante tornade n’allait faire qu’une bouché de la cité.

Lady Valentine se rendit dans la cabine pour encourager Mycroft. Elle l’enlaça un bref instant et le remercia de sa loyauté puis retourna dans la remorque. Elle enlaça à son tour le jeune Charly dont les bras étaient couverts de brûlure et le félicita pour son courage. Son père pouvait être fier de lui et de son travail.

La baronne prit finalement place devant les commandes du Stormbreaker.

Au même moment Mycroft avait trouvé une faille dans la tempête de vent et s’engouffra dedans à pleine vitesse. Le souffle de la tornade atteignait les 330km/h et le moindre petit débris devenait un engin de mort qui frappait les flancs du Lancelot, déformant sa carapace.

Lady Valentine pria le ciel une dernière fois, dirigea le générateur d’influx et poussant les réglages aux maximum, envoya une décharge électromagnétique droit vers le cœur du vortex.

L’onde fut si forte que la tornade explosa du bas vers le haut, projetant de plus en plus haut les débris qu’elle charriait depuis des kilomètres. L’énergie du Stormbreaker fut si puissante qu’elle perça la couche nuageuse, créant un trou dans le ciel large de presque 2km de diamètre ou le soleil s’engouffra.

La détonation fût entendu jusqu’à Dallas, et tout le monde crût que c’était le tonnerre qui avait frappé.

Dans le Lancelot, La Matrice de Convection se disloqua, coupant toute énergie motrice et libérant des jets de vapeurs dans la remorque et la cabine, obligeant ses occupants à fuir.

***

18 mars 1925
19h30

Assise dans l’herbe sur une belle nappe à carreaux rouges et noirs devant le Lancelot, Lady Valentine savourait un verre de vin que Mycroft, qui avait caché la bouteille dans la soute, venait de lui servir. La bouteille avait miraculeusement résisté aux secousses et était une bonne façon de célébrer la réussite du projet Stormbreaker. Le majordome s’autorisa à en prendre aussi un verre afin de trinquer avec la baronne.

« A Lancelot » dit-il
– A Lancelot » répondit-elle

Émergeant de la remorque, Charly fit le bilan des dégâts :

« Bon, et bien mes amis ce n’est guère brillant : la Matrice est totalement vide, l’arbre de transmission est fissuré, et en plus la turbine à des pales de cassé. Mais figurez-vous que j’ai déjà pensé à des tas de manière de corriger tout ça et même de rendre le Lancelot encore plus efficace ! Par exemple au lieu de prendre un couplage moteur à explosion, on pourrait se servir du flux électromagnétique pour…
– Charly » dit Mycroft « profite un peu de la victoire : tu as toute la vie pour réfléchir à tes idées de dingue
– Mais Mycroft, je vous assure que l’usage de l’électromagnétisme c’est l’avenir des moteurs !
– Laissez le faire » dit Lady Valentine « c’est l’obstination des rêveurs comme lui qui fait avancer les choses ».

Détachant ses cheveux, la baronne d’Harford regarda le ciel azur et leva son verre bien haut en l’honneur de ceux qui avaient donnés leur vie pour faire avancer la science et faire du monde un endroit meilleur.

 

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3 réflexions au sujet de « Journal de bord – épisode 19 : Stormbreaker #DefiBradbury »

  1. Hello !
    P’tain, c’est excellentissime ! Je me lasse de te complimenter mais c’est incroyable comme tu progresses rapidement à chaque publication ! Là c’est très bien construit, bien écrit, prenant, on y croit… Pondre un texte aussi soigné en une semaine, ça m’impressionne vraiment. Encore bravo !

  2. Merci mon Didi :)
    C’est loin d’être parfait (si si ! c’est pas de la fausse modestie) mais je commence à avoir le « coup de main » et puis avec un aussi bon matériaux de base que cette idée de chasse à la tornade, je ne pouvais pas me planter :p

  3. Ca rappelle Twister d’ailleurs ! Je crois me rappeler qu’on était allé ensemble à l’avant-première de ce film au ciné (à Parinor)… Ca devait être il y a quasiment 20 ans…. Oh my god ! Hahaha !
    Ce n’est pas parfait, bien sûr, mais sincèrement vraiment très bien !

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