journal de bord – épisode 21 : Eyeshield #Defibradbury

Eyeshield

« La défense se met en place… visiblement le coach des sharks ne démord pas de sa stratégie de jeu au sol !
– En effet mais est-ce qu’un jeu aussi évident parviendra à faire trembler le bloc des White Knights qui ont été jusque-là impérieux ?
– Difficile à dire Larry, mais d’après le sondage en direct, nos téléspectateurs sont de votre avis.
– Oh regardez Tom : Dewill appelle un audible !
– En effet, c’est peut-être le sursaut que nous attendions dans cette attaque… hum, ils se positionnent en shotgun : ça sera une passe longue !
– Ah enfin du mouvement ! »

La caméra affiche cette vue typique de 3/4 du terrain, avec les lignes virtuelle ajouté à l’ordinateur pour voir le point de départ et l’arrivée 10 yards plus loin. Sur le banc, avec les autres remplaçants, on regarde ça via nos smartphones. On à beau être à quelques mètre de l’action, on ne veut pas voir le spectacle. On veut les statistiques, les analyses, et peut être même un replay sympa qui montera une belle action. On regarde tout ça et on rêve d’y être.

La sélection dans la ligue pro est un combat aussi violent que celui pour les écoles de médecine ou de droit. Hey ouais y’a pas que les p’tits intello qui ont leur champ de bataille scolaire. Dans le monde du football américain, c’est dès l’université que tout se décide : C’est le seul et unique point d’entrée dans ce monde, et il ne t’est offert que pendant les 2 à 4 pauvres années que tu passeras sur les bancs de l’école. En fait c’est même pire que ça, parce que ta chance tu ne l’as vraiment que pendant l’après-midi que dure le match que son venu voir les recruteurs. Si t’as du bol, ils viennent en voir un second pour confirmer leur impression sur toi.

Après ça, y’a les tours de sélections. Et autant vous dire que ce jour-là, on prie Jésus, Bouddha et toutes les divinités possibles et imaginable de faire en sorte que les autres cette année-là, soient moins bon que vous. Et oui parce qu’il ne suffit pas d’être bon, il faut espérer que cette année-là aucun petit génie façon Tom Brady ou Andrew Luck ne se pointe et rafle la mise. Quel que soit votre poste : runningback, safety, cornerback… cherchez pas, tous les postes sont blindés de mec plus talentueux les uns que les autres. Le seul espoir de s’en sortir c’est que la concurrence soit déjà passé l’année d’avant, ou vous fasse la faveur d’attendre l’année d’après.

Dès fois je me dis que c’est comme le lancement d’une fusée : un tout petit créneau de rien du tout qui décide d’un projet qui à durée des années et dont l’échec détruirait votre vie…

Les rêves brisés de gloire et de fortune dans le sport, les pelouses des universités en sont couvert. Des larmes, du sang, des corps sacrifiés pour grappiller un tout petit bout de ce gâteau, et au final très peu d’élus.

La vie en somme.

Mais je crois qu’il y’a plus vicieux que l’échec. Plus cruel encore que de chuter devant le podium. Y’a nous, les joueurs du banc.

Si vous n’y connaissez rien en football, laissez-moi-vous faire le topo : une équipe de foot c’est un effectif total d’une centaine de personne. Entre les coachs, les préparateurs physique, l’équipe attaque qui joue les phases offensive, l’équipe défense qui doit contrer l’équipe attaque adverse, l’équipe spéciale qui joue les situations de renvoi de balle… chaque équipe ayant une vingtaine de joueurs titulaire et entre 2 et 3 remplaçants, vous imaginez le genre d’armée mexicaine qui vadrouille les après-midi de match.

On est tellement nombreux qu’en fait c’est comme dans une grande entreprise : y’a des gens qu’on ne connait que de vu. Les gars de l’équipe défense par exemple, ils sont dans leur coin, avec leur coach dédié, et quand ils sont sur le banc, ça veut dire que l’équipe attaque est sur le terrain, du coup ils ne font que se croiser. Oh bien sûr le reste de la semaine y’a les entrainements, mais les clans ont la peau dur, et je dirais que c’est presque normal : quand vous en chier toute la semaine à faire des exercices de blitz (offensive rapide sur le quaterback adverse) vous avez tendance à être proche avec les gars qui partagent votre galère.

Moi, je suis dans l’équipe qui fait le plus rêver, l’équipe attaque. C’est nous qui mettons les points, nous qui « poussons le cuir » et qui faisons trembler de bonheur les fans quand on met un touchdown. C’est nous qui luttons pour faire tomber la muraille de l’ennemi, briser sa défense et filer dans la brèche pour grappiller des yards.

Nous sommes ceux qui vont de l’avant, le regard vers l’avenir, nous créons la victoire de nos mains.

Qui ne voudrait pas être un quaterback légendaire comme John Madden ou Joe Montana ? Être adulés par les mômes, avoir un jeu vidéo à son nom, devenir commentateur vedette d’une grande chaine de télé, et porter un beau costume à l’écran…

… finir complètement gâteux à 45 ans à cause des chocs à la tête, avoir le corps brisé par les blessures à répétition, être traîné dans la boue par des scandales sur sa vie privé, se faire suivre par des journalistes avides de scoop 24h sur 24…

… pfff à qui je veux faire croire ça : même si ça devait me tuer à 35 ans je donnerai tout pour ce sport. Tous les gars ici sur le banc on cette envie un jour de briller au firmament des plus grand. Arriver au pinacle, tenir dans ses mains le trophée Lombardi, être sur le toit du monde le temps d’un été.

J’y ai cru à ce rêve, mais maintenant la réalité qui me tient, c’est celle de fonctionnaire du sport business. Je ne suis qu’un remplaçant, un joueur de 3eme rang. Deux mecs doivent s’exploser pour que je rentre sur le terrain. la seul action que j’ai jamais faite dans une partie, ça a été d’entrer sur le terrain pour faire le compte des joueurs requis afin que l’arbitre puisse donner le départ du chrono et qu’on laisse s’écouler les 4 secondes réglementaires restantes.

Toute une vie pour 4 secondes, c’est un peu chère payer non ?

Du coup, comme je le disais, ce ne sont pas ceux qui sont resté à l’université qu’il faut plaindre, mais les Tantale que nous sommes, torturés en permanence d’être si près pour toucher notre rêve du bout des doigts mais pas assez pour le saisir et en jouir comme on le voudrait.

Ça vous étonne hein, qu’un footeux connaît Tantale ? Sachez-le, je l’ai pas volée mon diplôme universitaire !

« OH BON DIEU QUEL CHOC !!! OH !!
– C’est absolument terrifiant Larry : le blitz de la défense à été si foudroyant que Merzer, le Runningback des Sharks a été littéralement planté dans le sol par l’action combiné de trois défenseurs !
– Oui effectivement Tom, la feinte de passe de Dewill n’a pas réussie à tromper la vigilance de Sanderson qui a parfaitement anticipé. C’est son accélération prodigieuse qui a une nouvelle fois pris de vitesse la ligne des Sharks, et les empêché de se décaler à gauche comme ils pensaient surement le faire. Regardez sur ce ralentit : on voit bien que Sanderson prend une impulsion avant même que le ballon bouge !
– Ah c’est incroyable, il arrive à deviner le moment où va partir le ballon avant même les joueurs qui l’ont en main !
– C’est son fameux « 6eme sens » qui fait de lui la bête noire des équipes attaques de toute la ligue… Ah je vois une civière arriver sur le terrain. Vraisemblablement le match est fini pour Merzer… hum… oui il se tord de douleur tandis que le médecin l’ausculte, espérons que ça ne soit pas handicapant pour le reste de la saison.
– Ca serait une catastrophe pour les Sharks car rappelez-vous que Merzer était déjà le remplaçant de Willy Steambowt qui lors du match contre le Minnestota a été victime d’un choc spectaculaire lors d’une réception d’anthologie
– Oui on se souvient tous de ce point durement gagné mais qui avait finalement coûté très cher à l’équipe puisque Steambowt à eut 2 côtes cassés ce qui l’avait obligé à faire une croix sur cette saison pourtant prometteuse… »

Merde.

J’étais pas attentif, mais d’un seul coup ça me vient, comme un flash. Non : plutôt comme une flashbang. C’était pourtant évident et logique, mais j’avais pas accroché l’idée dans ma tête. Le remplaçant du remplaçant, le mec qui va être appelé dans moins de 5min par le coach pour s’échauffer et se tenir prêt à rentrer en scène, le mec que tout le monde va regarder et sur les épaules de qui des millions de fans vont faire reposer leurs espoirs de victoire… ce mec-là, c’est moi.

Non bordel c’est pas possible : il reste 7min à jouer, c’est le dernier quart temps, on est mené 36 à 32 (donc impossible de se contenter de prendre les 3 points faciles d’un coup de pied) et c’est bien sûr notre dernière occasion de la saison pour prendre des points et faire les phases finales. Je peux pas le croire… je sens ma tête qui bascule, le poids de mon équipement est en train de m’étouffer, ma vue se brouille… eh merde, en fait je suis en train de suer comme un cochon maintenant.

Et voilà le coach qui arrive. Ce type est une masse : il pourrait largement faire le job de certains des défenseurs. C’est une véritable bombe à retardement : placide et posé la plupart du temps, mais volcanique et destructeur quand on le pousse à bout. A côté de ça il donnerait tout pour l’équipe. C’est vraiment l’incarnation du sacrifice tel que le décrivait Vince Lombardi.

« Hey ! le 21 : t’attends quoi : le déluge ? » me hurle t’il dessus pour être sûr de couvrir le brouhaha du stade.

Je sais pas quoi faire. Je suis bloqué, mon téléphone dans la main, écouteurs sur les oreilles. Et soudain j’entends les commentateurs parler de moi.

J’ai envie de vomir.

« Oui effectivement ce fameux numéro 21 qui était déjà dans la sélection des Sharks depuis 2 ans n’est-ce pas ?
– En fait ça fera 3 ans cette année Larry
– Oh ? Mais alors dans ce cas c’est une occasion en or pour ce garçon de briller et de permettre à son équipe de s’en sortir !
– houla n’allez pas trop vite en besogne : le drive des Sharks n’est pas très bien engagé après l’action précédente qui les a vus perdre encore 4 yards !
– Effectivement, ils commenceront dans leur camp à la ligne des 32… »

Vous n’êtes VRAIMENT pas sérieux !?

Cette fois le coach est planté devant moi. Je ne peux pas voir son regard a travers ses énormes lunettes de soleil noir, et à la limite je préfère. Il donne deux petits coups sur ma tête comme s’il toquait à une porte. Je retire aussi sec mes écouteurs.

« TU TE LÈVE ET TU TE MAGNE ! COMPRIS ? »

Je réponds « oui coach » mais c’est un réflexe de mon cerveau reptilien qui à dut faire le boulot parce que à l’instant présent, je suis totalement incapable d’envisager la moindre réaction.

Les regards sont sur moi. Les coéquipiers me font des signes d’encouragements. Ça va du pouce levé à des signes de gang bizarre que je suis pas sûr de comprendre. Certains passent devant moi et me donnent une tape amicale sur l’épaule. D’autres sont tellement rincé par l’effort qu’ils n’en ont strictement rien à foutre et cherchent surtout à se réhydraté rapidement pour éviter les douleurs musculaires demain.

Sans que je réalise, je suis debout, en train d’ajuster mon casque. Le coach est planté devant moi et il me parle. Il n’arrête pas de parler, j’arrive pas à suivre, tout est en accélérer. Quoi ? Il faut que je joue dans l’axe opposé à qui ? Quoi c’est le 21 mon numéro ? Oh… nous on est les Sharks ?

Putain je pédale dans la semoule…

J’ai le casque sur la tête, la jugulaire bien fixé sous mon menton. Le coach vérifie que mon armure est bien attachée : au stade où il en est-il est hors de question pour lui de perdre un nouveau runningback. Il relève ses lunettes sur son front et m’attrape la tête de chaque côté pour être bien sûr de plonger mon regard dans le sien.

« Aller t’inquiète pas petit… tu vas assurer ! Ce moment c’est ton moment. Laisse pas l’équipe adverse, ni même les autres joueurs te priver de ça. C’est maintenant tu m’entends ? C’est maintenant que tout peut changer pour toi. Jusqu’à présent t’as subi : les sélections, les tours de recrutements… tout ça c’est fini. Faut que tu nous sortes de là petit. Faut que tu deviennes un héros, pour tous tes potes sur le terrain, pour les milliers de fans qui sont là chaque dimanche pour nous. Et puis faut que tu deviennes un héros pour toi même ok ? Pour que t’arrête de te voir comme un looser juste parce que t’es un remplaçant. Faut te battre pour chaque centimètre de terrain que tu peux gagner. Construit ta victoire comme ça petit : centimètre par centimètre ! »

Je suis tellement nerveux que cette histoire de centimètre me donne envie de rire comme un gamin. J’ai des images bizarre et pas très clean qui me passent dans la tête. Ça dure un instant, et après je visualise le message du coach. Je réalise aussi que pendant tout ce temps, alors que je pensais qu’il ne me voyait pas, en fait il était parfaitement conscient de ce que je vivais.

Ce mec-là travaille dix fois plus que les autres, et supporte plus de pression que n’importe quel joueur vedette. Mais lui il n’a pas de fan, ou si peu. Il n’a pas de jeu vidéo à son nom, il n’a pas de carte à collectionner à son effigie, et personne ne s’intéressera à son parcours dans 5 ou 10 ans. Mais tout ça il s’en moque, parce que son rôle de coach c’est de s’occuper de nous, et de faire en sorte que nous soyons les meilleurs le moment venu. Et finalement si le coach ne m’avait jamais parlé jusque-là, c’est parce qu’il savait sans doute que me dire ces paroles à un autre moment, ça m’aurait collé des sueurs froides et des insomnies pendant des mois.

Je suis toujours sur pilote automatique, et je réalise que je suis sur le bord du terrain.

Le coach me donne une tape sèche derrière le casque accompagné d’un « bonne chance petit ». A peine je sens l’impact que mon corps part vers l’avant. C’est pas moi qui décide : mes jambes veulent bouffer du yard, et le reste de mon corps est déjà en train de bouillonner de la ferveur de l’affrontement.

Comprenez bien, le foot américain a beau être appelé un sport, ça n’en est rien. C’est une façon moderne de régler des conflits et d’opposer deux armées. Nous sommes des soldats sur un champ de bataille. Nous devons conquérir le territoire adverse. Mais le plus beau dans tout ça, ce qui fait la grandeur du foot, c’est que à un certain stade, le pognon ne compte plus : on se bat pour l’honneur, pour notre drapeau, nos fans notre « peuple », tous ces gens qui à leur niveau font eux aussi des efforts incroyable pour nous soutenir. Je repense à ce père de famille qui, inlassablement, amenait les gamins du quartier nous voir à l’entrainement dans son mini van chaque mercredi. Je repense aux lettres de fans que nous lisait le coach pour nous donner le moral. Je repense à cette journée de bénévolat que le club avait organisé dans un hôpital, et comment j’avais chialé en rentrant chez moi tellement j’avais été ému.

Et maintenant ces petits leucémiques qui se battent pour grappiller du temps à la vie, ces papas qui s’usent au boulot pour payer leurs abonnements annuels pour partager des moments uniques avec leurs gamins, ces mamans qui se battent dans des associations pour que les gamins jouent au foot plutôt que de trainer dans les rues… tous ces gens-là ils ont le regard sur moi et me donnent leurs espoirs. A chaque pas que je fais vers mes coéquipiers, je sens tous ces sentiments monter en moi. Ce n’est plus un frein, c’est un catalyseur. L’envie de réussir, et le sentiment d’avoir un impact sur la victoire me donne des ailes. Je sens que me joues sont brulantes, et que l’adrénaline est en train de booster chaque parcelle de mon corps.

Je suis enfin sur le terrain, prêt à combattre.

Dès mon arrivé on fait le huddle, c’est à dire le moment où tous les joueurs se réunissent en cercle autour de leur chef, le quaterback (ou le QB pour les intimes), pour définir le plan de jeu. Le nôtre de QB c’est Adrian Dewill, mais nous on le surnomme la Tour. Déjà parce qu’il est gigantesque, large et costaud, mais aussi parce que c’est lui qui pilote totalement le jeu, comme une tour de contrôle. Et comme si c’était pas déjà assez, ce type est un génie tactique. Il est sur les terrains depuis 12 ans cette année, autant dire une éternité à l’échelle du foot. Dewill est un mec simple, qui n’a rien de la superstar. C’est sans doute pour ça qu’il n’a jamais été mis en avant par la ligue. Pas assez belle gueule, pas assez bling bling, aucune frasque particulière à lui reprocher… bref pas assez médiatique. Mais Dewill s’en fou. Comme il le rappelle tout le temps, il est là pour jouer, et être le meilleur à son poste.

En tant que débutant (ou rookie) Dewill m’a cordialement ignoré dans les vestiaires, mais par contre il m’a toujours respecté sur le terrain. Sa grande force au-delà de sa résistance et de la précision de son lancer, c’est sa capacité à savoir vous juger en un éclair. En un regard il sait déjà à quelle vitesse vous allez courir, quand vous aurez votre meilleure impulsion et comment vous allez réagir face à un défenseur. Et sur cette base-là, à l’entrainement, il m’a toujours fait confiance.

Le regard qu’il me lance en ce moment, c’est le même que lorsqu’on travaillait les passes. Pas d’hésitation ou de doute, pas de remontrance ou de menace en cas d’échec. C’est le regard de quelqu’un de parfaitement lucide et qui sait à quoi il peut s’attendre avec toi.

Alors que j’arrive dans le huddle, les autres joueurs me donnent deux petites tapes sur le casque en guise de bienvenue et me lancent des « salut Eyeshield, bienvenue dans la cours des grands ». Les gars me surnomment Eyeshield parce que je cache toujours mon regard sous ma visière. Ça leur évite d’avoir à se rappeler mon prénom qu’ils n’arrivent pas à prononcer. Dewill lui n’a pas le temps pour les civilités et il commence de suite à donner le plan de jeu.

« Le chrono est à 7:32, autant dire qu’on a de la marge. Mais il faut surtout pas que ça se retourne contre nous. Du coup, on va jouer Riot ! »

Riot… ça veut dire « émeutes » pour ceux qui pigent pas l’anglais. C’est pas vraiment une stratégie, c’est même pas une tactique… c’est juste jouer sur la nuisance et le chaos. Un genre ou Dewill excelle grâce à sa lecture très rapide du jeu. Riot, ça veut dire qu’on va foutre un maximum de bordel pour devenir illisible pour l’adversaire et ne miser que sur les capacités individuels à réagir vite et bien.

Ce genre de coup est relativement peu efficace, parce que sans coordination, une équipe ne peut pas avancer bien loin. Par contre c’est une méthode assez sûre pour garder le ballon au sol et avancer.

Dewill à un grand sourire qui lui barre le visage. Il adore ce genre de situation extrême et plus il y’a de pression, plus il jubile. Son expérience lui a donné des nerfs d’acier qui le rendent insensible au bluff et aux feintes, mais elle lui a aussi donné un gout un peu trop prononcé du risque et des plans à la con. Pas étonnant que les fans l’adorent.

On se met tous en position sur la ligne, et on attend le snap. C’est le compte à rebours que donne le QB avant que l’action ne démarre. Il dit « Hut ! hut ! hut ! » et c’est après un nombre de fois déterminé à l’avance qu’il démarre l’action. Ici par exemple, on doit attendre le 5eme « Hut » pour démarrer.

Bien sûr l’avantage de faire comme ça c’est que l’équipe adverse se retrouve avec un temps de retard puisqu’on change le compte du snap à chaque fois. Pourtant il ce mec, Sanderson qui fixe Dewill comme s’il savait quand il fallait partir.

« Hut ! »

Plus qu’un « hut » avant le rush. Comme nous jouons Riot, personne ne sait quoi faire exactement. Tout le monde va improviser. Nous sommes dans une position de feinte de passe, il va donc s’écouler un petit moment avant que les défenseurs à l’arrière n’aient le temps de revenir sur nous.

« HUT ! »

J’ai même pas le temps de comprendre que Dewill s’est précipité sur moi et me tend le ballon. Je l’attrape de travers et parvient de justesse à ne pas le faire tomber. Je me sens saturé d’information, je sais pas quoi faire, tout va trop vite, j’entends le piétinement lourd des joueurs sur la pelouse en train de foncer sur moi. Je sais que d’ici 5 à 10 secondes selon ma chance, un malabar va me tomber dessus et me faire manger le sol. Je dois me bouger, vite… pourquoi je…

Oh…

En fait j’ai déjà pris ma foulé. Une nouvelle fois mon esprit n’a pas suivi, mais les milliers d’heures d’entrainement inscrites dans chaque fibre de mon corps ont fait le boulot. J’ai le ballon calé sous le bras gauche, mon autre bras me servant de bouclier, et je file à toute vitesse sur le terrain.

Mon champ de vision se rétrécie mais sa portée s’augmente. L’adrénaline me porte vers ma cible, la ligne des 42 yards.

Pour vous résumer simplement la chose, au foot vous devez avancer par tranche de 10 yards, ce qui veut dire que comme nous partons de la ligne des 32, on doit atteindre celle des 42 et ainsi de suite jusqu’à la zone de but adverse. Et toujours pour vous donner une idée, comptez qu’un yard ça fait environ 1m.

Je vais franchir la ligne des 42, et assurer ainsi la progression de l’équipe. Mais c’était sans compter sur Sanderson. Il m’avait vu, et ne s’est pas laissé avoir par le Riot. Il en a même profité pour se faire oublier pour surgir sur le côté et me couper la route. Il m’attrape sans problème et m’envoie valser à terre d’une simple poussé. Ce type à une force d’éléphant, mais bouge comme un guépard. Une véritable horreur pour un attaquant comme moi.

Les arbitres sifflent la fin de l’action. Les gars se regroupent, nouveau Huddle, il reste tout juste 7min.

Ce coup-ci Dewill fait un audible, c’est à dire une annonce à haute de voix de la tactique à jouer. Bien sûr, il n’en donne pas les détails et utilise un code :

« Rouge Hurricane ! Rouge Hurricane sur 26 ! »

J’avoue que je n’ai pas été très studieux et que le cahier de jeu ou sont listé les tactiques et les codes ont le plus souvent dormis dans mon sac. Putain Rouge hurricane c’est quoi déjà ? Je suis inquiet car le code 26 indique le joueur qui portera le ballon. Sauf que pour rendre le code plus hermétique encore, il faut soustraire à ce chiffre le nombre de « Hut » de la dernière phase de jeu. Donc 26 moins 5, égale 21.

Moi.

Je dois penser à toute vitesse. Bordel c’était quoi bon sang rouge ? rouge, rouge, rouge, rouge, rouge… Okey ! C’est une phase par le centre puis décalage vers la droite. Et Hurricane… bordel ! Aller la mémoire ! On se réveille !

Je me rappelle ses moments à la maison quand j’étais petit où chaque dimanche je regardais les Sharks jouer à la télé. J’avais un grand cahier ou je notais les phases de jeux du coach d’Amato. A la fin j’arrivais presque à annoncer les combinaisons de jeu en avance, et ça m’a appris comment se construit une tactique.

Hurricane… Hurricane…

Dewill annonce le dernier « Hut » : on lui transmet le ballon pour l’engagement, et soudain il hurle :

« RIOT 26 ! »

Il est vraiment cinglé !

Tout le monde est parti sur le Hurricane, y compris les défenseurs adverses, mais au dernier moment il change la donne et repart sur son bluff. Il s’élance lui-même avec le ballon vers le centre. Je ne comprends pas ce qu’il fait. Ça n’est pas logique d’avoir mis tout ça en place pour…

Soudain je vois Sanderson et je comprends. Cette fois c’est sûr, Dewill est plus que cinglé : il est suicidaire. En pénétrant le bloc défensif des White Knigts, il cristallise tout l’attaque sur lui. Comme sur un échiquier, le QB est une pièce maîtresse qu’il faut mettre à terre a tout prix. Sauf que son sacrifice rend maintenant mon côté du champ totalement libre. Dewill balance alors un boulet de canon. Son bras droit est un véritable canonnier qui fait prendre une trajectoire parfaitement rectiligne au ballon qui traverse latéralement le terrain jusqu’à moi. Sachant la balle sauve, il se laisse tomber à terre sans offrir de résistance à l’impact des défenseurs qui sont maintenant sur lui. J’ai juste le temps de voir son rictus lorsque le premier coup de tampon le frappe. C’est un mélange de douleur et de satisfaction d’avoir berné son monde.

La balle file sur moi et je l’attrape encore de justesse. Je perds du temps à assurer mes contrôles, et je sais que ce temps précieux peut nous coûter la victoire.

Je me lance droit devant en prenant bien soin d’allonger mes foules de plus en plus afin de fausser l’appréciation des distances de mes poursuivants. Je cavale tellement que j’ai franchi la ligne des 50 yards. On est maintenant dans le camp adverse. Le compte des distances repart mais dans l’autre sens.

Je passe les 40 yards sur leur côté. C’est incroyable à quel point ça à l’air facile. C’est un effort court, intense, mais totalement envisageable. Je dévore des yeux la ligne de touchdown, le bruit de la foule me transporte, mon cœur semble battre au rythme du chronomètre que j’aperçois du coin de l’œil sur le grand affichage du stade. Je me vois déjà arri…

Je suis par terre, la tête tourné vers le ciel bleu au-dessus de moi.

Mon flanc gauche me fait un mal de chien. J’ai les oreilles qui bourdonnent, et la jugulaire de mon casque s’est faite la malle. Où est le ballon ?

Coup de sifflet… faut croire que quelqu’un m’a arrêté.

Des coéquipiers viennent me relever. Dewill arrive en trottinant et en se frottant l’épaule sous son armure. Lui aussi à l’air d’avoir mangé cher.

« Alors Eyeshield, tu fais la sieste ? » me lance t’il.

Pas le temps de répondre, il faut se remettre en formation.

Nous sommes à la ligne des 44. Je pensais vraiment avoir été plus loin que ça. On joue deux séries en formation en I avec toujours un gros forcing sur l’avant, et toujours en jeu au sol. Dewill n’est pas si fou que ça : il sait qu’après son coup d’éclat, les défenseurs vont le surveiller comme le lait sur le feu, et ne lui laisseront pas une deuxième fois l’opportunité de gambader sur le terrain librement.

Y’a autre chose qui m’inquiète, c’est que Dewill n’arrête pas de se frictionner l’épaule. Sa confirme au fur et mesure des phases : il ne fait plus aucune passe, juste des transmissions de la main à la main.

L’effectif tourne à plein régime, le plan est de ne pas rejouer deux fois une phase, de toujours être imprévisible… quelque part, on continue le Riot.

Le chrono se désagrège sous nos yeux tandis que la défense des white knights s’intensifie. Normal : plus on avance dans leurs positions, moins ils ont de terrain à contrôler et plus ils sont efficace. A l’inverse, notre stratégie nous expose à une représailles sans pitié en cas de loupé.

A mes yeux, ce chrono c’est comme la vie : il défile imperturbablement vers une fin inexorable, mais pendant qu’il s’écoule, on peut lutter, faire des choses et changer la donne. Dans la vie comme sur le terrain, la différence c’est ce que tu fais de ton temps : seuls ceux qui jouent peuvent le comprendre.

Dewill me redonne la balle pour une course. Je tente une feinte pour partir à droite du défenseur qui me bloque, mais il ne se laisse pas avoir et m’accroche. Il me repousse pour me faire perdre quelques centimètre de distance, mais je repense à ce qu’a dit le coach, et je me bats : de toute mes forces je pousse en avant pour résister. Le type d’en face est un bulldozer, j’ai aucune chance de le stopper, mais je dois quand même essayer.

J’ai une demi-seconde de lucidité extrême, et je repense à ce que mon grand-père m’a montré quand j’avais six ou sept ans. Un truc tout bête pour contre les mecs plus grand que moi. Je laisse glisser le poids de mon corps vers le bas en écartant un peu les jambes. Maintenant que mon centre de gravité est plus bas, je peux mieux résister. Mais c’est pas fini : je déporte une part de ma poussé à l’inverse de la sienne en espérant agir assez vite pour que sa le déséquilibre et qu’il trébuche.

Ça fonctionne, et je peux reprendre un pas d’avance avant de m’écrouler sous la charge des autres défenseurs.

L’arbitre siffle : c’est le two minute warning, un arrêt de jeu automatique lorsqu’il ne reste plus que 2 minutes au chrono

Quoi déjà ? Mais enfin c’est pas possible : le temps a pas pu passer si vite ?

Comme dans la vie le temps nous avale et sans qu’on ait le temps de comprendre c’est déjà la fin qui se présage. Nous sommes à la ligne de 20 yards, tout le monde est fébrile et fatigué d’avoir autant donner sur les dernières séquences de jeu. Mais le drive n’est pas fini, on doit porter le ballon jusqu’au bout et tenir le temps qui reste.

J’encourage les autres autant que je peux. Mais qui je suis moi ? Un mec qui débarque et qui va leur apprendre à jouer ? J’en suis clairement pas digne, mais je peux leur dire que j’ai confiance en eux, que je sais que tant qu’ils sont là j’ai de la fierté à me battre à leur côté, que sans plusieurs d’entre eux j’aurais jamais fait ce sport et je serai jamais devenu qui je suis.

Ces mots j’arrive pas à leur dire, et mon eyeshield ne leur permet pas de sentir mon regard. Mais bizarrement ça à l’air de les rassurer. Becker, le Tie End, se tiens en position à côté de moi et me dit :

« Heureusement que t’es là Eyeshield. Content de voir que tu tiens le choc : pour une première sortie c’est un tour de force ! »

Je voudrais lui dire que c’est pas vraiment la première fois, mais j’ai pas envie de casser l’état d’esprit qui règne. J’ai jamais fait la guerre, mais je penses que ça doit ressembler un peu à ça. Et ne croyez pas que je dis ça à la légère en manquant de respect aux soldats. Bien sûr qu’au bout de ses deux minutes, on ne risquera pas nos vies : tout le monde rentrera à la maison ce soir…

Sauf que la défaite, c’est pire que la mort. La défaite c’est la mort en dedans, c’est ce qu’elle a de plus concret en réalité. Quand ton corps meurt, c’est fini, t’es plus là et tu ne ressens plus rien. Mais après une défaite, cette mort-là elle grandit en toi et te détruis à petit feu. Tu la sens, tu es conscient que cette mort-là est sur toi. C’est peut être stupide, mais cette mort-là elle me fait plus peur que toutes les balles de fusil du monde.

Dewill à un nouveau plan : il veut que Becker me servent de bouclier tandis que j’avancerai vers la ligne des 10 yards. Bien sûr, si je peux aller plus loin, il faudra fonçer. Mais ça c’est pour les versions les plus optimistes de l’histoire, or Dewill est un pragmatique, et il m’encourage à être aussi réaliste que lui.

Le two minute warning prend fin. Nous sommes en position serré dans le but de faire croire à une attaque par le centre. Je dois aller très vite : partir de la droite, couper par le centre, prendre le ballon puis filer vers Becker qui aura commencé à déblayer le chemin devant moi. Sanderson s’est mis de mon côté, ça me laisse une chance de larguer avec ma vitesse.

Enfin si tout se passe bien.

Dewill engage l’action. Je me jette sur lui en essayant de garder Sanderson dans mon champ de vision. Je le perds de vue un instant.

Et M…

En fait c’est lui qui m’a largué avec sa vitesse. Et ce n’était pas moi sa cible. Il percute Dewill de toute sa force, épaule en avant, et le soulève de terre. Il s’écroule ensuite tandis que le ballon roule sur le sol. Un des white knights s’en empare et commence à filer. L’arbitre siffle : il n’avait pas le droit de faire la récupération de cette façon.

Ça va mal, le temps file et on vient de perdre 7 yards.

Le QB annonce qu’on va rejouer la même séquence. Tout le monde lui dit que c’est risqué, surtout pour lui. Il n’en démord pas. Personne n’ose désobéir, alors on refait la même séquence, et une fois de plus Sanderson le pulvérise par terre. Son bras lui fait de plus en plus en mal, c’est évident.

Pour la troisième fois, alors qu’il reste 1min et 27 secondes, Dewill veut jouer la même séquence. Cette fois sa chauffe, les joueurs ne veulent plus le suivre dans son bluff. C’est alors que la Tour de contrôle rappelle à tous qu’ils sont ses soldats et que celui qui veut désobéir sera un déserteur. Ce qu’il ne dit pas contre, mais que tout le monde entend, c’est qu’en agissant ainsi, il prend sur lui toutes les critiques contres l’équipe en cas de défaite. En bon capitaine, comme le coach sur le banc, il veut nous protéger ainsi que notre honneur.

Alors que tout le monde se résigne à jouer la séquence, il concède une modification à la tactique : ce n’est pas moi, mais lui qui partira avec Becker. Moi je serai un leurre et je devrais avancer sur le champ droit pour créer un peu de variation et attirer une part de la défense.

Mais c’est des foutaises. Je sais très bien que Dewill ne croit pas une seule seconde a sa tactique. Il ne fait qu’accorder aux joueurs le sentiment rassurant qu’il à accepter leur doléance.

Tout le monde se met en place. Dewill commence à enchainer les « Hut ». On part sur le 4eme.

« Hut ! »

C’est peut être le dernier drive de ma vie en tant que joueur pro

« Hut ! »

Peut-être le seul moment où je pourrais servir à l’équipe, à nos fans…

« Hut ! »

C’est mon dernier combat !

« HUT ! RIOT 21 STARDUST ! »

Une nouvelle fois Dewill à piéger tout le monde. L’ordre Stardust annule tous les autres ordres donnés, sauf le numéro du porteur de balle. Sauf que je ne comprends pas : si je dois foncer devant moi, comment va t’il me passer la balle avec son bras bless…

Le fumier !

Dewill avec son sourire diabolique arme une passe du bras gauche. La rumeur comme quoi il était ambidextre était donc vraie. Il fait un lancer en cloche stratosphérique tandis que je contourne la défense trop occupée à se focaliser sur Becker et Dewill. Mais il y’a Sanderson, lui n’a pas marché au bluff et ses réflexes surhumain lui permettent de tout de suite réagir. Ses foulés sont puissantes, comme s’il s’envolait à chaque pas. D’un regard j’arrive à anticiper son avancée sur moi : ça ne fait aucun doute qu’il va m’avoir avant que j’ai le ballon. Accélérer ne sert à rien car ça me ferait louper la balle. Il faut que je trouve un autre moyen. Je dois le vaincre pile au moment où j’attrape la balle : la saisir sans faute et plonger dans la zone de touchdown.

Nous sommes près l’un de l’autre, et déjà mes bras se tendent. Je repense aux conseils de grand père sur la façon de placer ses doigts pour bien attraper la balle. Je repense à Ronny Nichols mon pote de lycée avec qui on s’entraînait à se faire des lancers jusqu’à en avoir mal aux paumes.

Je repense à tous les grands champions pour qui sa semblait si facile de rattraper le ballon sans même regarder la balle. Je veux être comme eux, faire comme eux, être adulé comme eux.

J’entends la foule qui est au bord de l’explosion devant notre action éclair. C’est une voix qui me porte et qui me pousse. Je suis juste au bon endroit, tous les centimètres que j’ai lutté pour obtenir, ils sont là, à m’amener vers mon but, toute les courses, tous les chocs, tout est là, devant moi.

Ma main gauche attrape le ballon et le rabat rapidement sur ma main droite. Pas très académique : mais ça marche !

Sanderson va me percuter dans une seconde, deux si j’ai de la chance.

Je fais un pari fou.

Au moment où il va m’atteindre, je fais un petit bond sur place, je décale mon pied avant vers l’arrière et le pied arrière vers l’avant et reprend ma foulé en partant vers la gauche. Mon changement de direction est trop foudroyant pour que le mastodonte puisse réagir malgré ses réflexes. Il arrive pourtant à tenter un dernier coup d’éclat en lançant sa main droite vers moi. Son allonge est extraordinaire et il n’aura aucun mal à m’arracher le ballon que j’ai calé sous mon aisselle droite. Tel que je suis parti, je ne peux pas faire de pas de côté, ni pivoter vers l’avant. Si je tourne, je sais qu’un autre défenseur sera sur moi et m’empêchera de concrétiser le touchdown.

J’ai plus trente-six solutions…

Je fais un demi-tour sur moi-même dans le sens des aiguilles d’une montre pour mettre le ballon hors de portée de Sanderson, et je plonge en arrière le plus loin possible. Toute la vitesse que j’ai accumulée fait de moi un boulet de canon humain que les défenseurs ne peuvent pas retenir. En plus, dans cette position, ils ne peuvent même pas envisager de m’agripper. Je repense à ce centimètre gagné quelques instants auparavant. Est ce qu’il sera suffisant pour franchir la ligne ? Est-ce que ces quelques centimètres seront la différence infime entre la vie et la mort ?

J’ai pas le temps de finir de penser à tout ça que je m’écroule lourdement sur le sol. J’entends le sifflet de l’arbitre et le hurlement de joie de la foule. Il doit rester 30 secondes au chrono, autant dire que c’est plié.

Est-ce que c’est la tension qui se relâche ou bien est ce que je me suis fait mal sans m’en rendre compte, toujours est-il que je suis en train de pleurer comme un môme. En fait je sais ce qui se passe : maintenant c’est fini, mon moment est terminé, et même si je reviens sur le terrain, même si suite à ce coup de chance je deviens titulaire, mon moment, ma première vraie entrée sur scène, elle vient de se finir. Incroyable d’avoir de la nostalgie pour le quart d’heure précédent hein ? Bah c’est pourtant ce qui m’arrive.

Comme dans la vie, les moments de grâce sont rares et s’il est dur de les atteindre, il est encore plus difficile de les quitter.

La foule hurle mon surnom, encouragé par Dewill et les autres qui font de grand geste. Partout j’entends « EYE – SHIELD ! EYE -SHIELD ! »

Ouais : pas mal pour un surnom de héros…

 

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *