journal de bord – épisode 22 : le noël de Basilisk #defibradbury

Le noël de Basilisk

Il était une fois, à l’époque des chevaliers et des princesses, une petite fille nommé Capucine et qui vivait dans un petit village. Orpheline, la petite fille était sous la garde de son oncle Lucior et de sa tante Drazilla, les taverniers de la seule auberge alentour. Exigeant, ils faisaient trimer la pauvre enfant sans vergogne, estimant que c’était la seule façon de lui apprendre combien la vie était dure pour les petites gens.

Mais un jour, alors qu’approchait la période magique de Noel, une bien étrange histoire se produisit…

Ce matin semblait pourtant comme tous les autres pour Capucine. Levé dès l’aube, elle commença par ranger sa paillasse, mettre ses vêtements, puis parti ensuite dans la réserve de l’auberge chercher des morceaux de bois pour faire le feu. Espiègle et dégourdie, Capucine ne se plaignait jamais de son labeur, et même si elle savait que Lucior et Drazilla était excessif à exiger tant d’elle, la petite fille gardait espoir qu’un jour leur situation change et qu’ils n’aient plus besoin de travailler autant.

Une fois avoir rapporté assez de bois pour la journée, elle alluma le feu sous la grande marmite des cuisines et commença à confectionner de la soupe. L’hiver était rude, et les voyageurs raffolaient de ce met simple qui réchauffait le corps que préparait Capucine.

Après bien des efforts, sa préparation était en train de cuir lentement, comme cela se devait pour que la recette soit parfaite. C’est alors qu’arriva tante Drazilla, criant au loin contre oncle Lucior :

« Et moi je te dis que si ! Il faut aller à la ville et vendre les plats de la petite : c’est comme ça qu’on se fera de l’or !
– Mais enfin sucre d’orge, si personne ne tient l’auberge ici nous allons perdre des clients ? » répondit Lucior, docile.
– C’est pour cela que tu resteras ici tandis que moi j’irai avec Capucine
– Mais… ça veut dire que je devrais tout le travail ? Tout seul ?
– Exactement ! Cela remuera ta vieille carcasse d’épouvantail ! »

Imaginer l’oncle Lucior habillé comme un épouvantail et planté au milieu d’un champ de blé pour faire fuir les oiseaux amusa beaucoup Capucine qui ne put s’empêcher dans rire, ce qui agaça tante Drazilla :

« Ça te fait rire toi ? Et bien tu n’auras qu’à aller toute seule en ville aujourd’hui ! Après tout moi aussi j’ai le droit de me reposer un peu ! »

Capucine acquiesça sans rien dire. Une fois sa marmite prête, elle la chargea dans la carriole tiré par la gentille mule Plicploc et se prépara à prendre la route. Elle enroula sa chevelure rousse vive dans un foulard, enfila une cape de cuir pour se protéger du vent, et s’en alla après avoir salué ses oncle et tante :

« Tante Drazilla, Oncle Lucior, je m’en vais pour la ville. Reposez-vous et prenez soin de vous »

La gentillesse de Capucine arrivait souvent à fendre l’armure de dureté de ses tuteurs, et cette fois encore elle y parvint. Lucior lui donna une pièce d’argent pour qu’elle s’achète une friandise, tandis que sa tante l’embrassa tout en lui recommandant d’être prudente.

Capucine prit les rennes de la carriole et tira tout doucement dessus pour faire avancer Plicploc.

Elle traversa une partie de la Forêt des Vents Lointains, et remonta la rivière pendant une lieue pour de nouveau s’enfoncer dans la foret afin de gagner un peu de temps. Capucine savait que tante Drazilla ne l’aurait jamais laissé faire, mais la petite fille avait envie d’aventure et profiter du raccourci. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil pour surveiller que sa précieuse cargaison ne se renverse pas. Bien que solidement attaché et recouverte par un vieux bouclier qui faisait office de couvercle, la marmite pouvait toujours basculer a la faveur d’une secousse causé par un caillou sur la route.

La petite fille était joyeuse, et elle se mit à chanter une simple comptine de voyageur :

« Petit cailloux sur ma route,
fais du bruit moi je t’écoute
je passerai ton chemin
comme je le ferai demain ! »

Plicploc dodelinait de la tête au rythme de la mélodie, et des oiseaux s’invitèrent en chantant eux aussi au passage de la carriole. Capucine les salua de la main et ils lui répondirent en virevoltant gracieusement autour d’elle.

Mais alors qu’elle observait les oiseaux, Plicploc s’arrêta brusquement : il y’avait quelque chose au beau milieu de la route.

Capucine descendit de la carriole et s’approcha à petit pas. Elle entendit alors quelqu’un qui parlait :

« Bon sang… ! Mais qu’est-ce que c’est ce bled à la noix… Hey ! Les piafs : vous ne voulez pas me filer un coup de bec ? Hey ? HEY ? JE VOUS PARLES ! »

Celui qui faisait preuve d’autant de véhémence à l’égard des oiseaux n’était autre qu’un tout petit lézard, grand comme la paume d’une main, portant un petit chapeau à plume et une cape toute aussi petite. Bras croisé, il scrutait les alentours, invectivant les animaux et sans remarquer Capucine qui arrivait dans son dos.

« Bonjour ! » dit la petite fille joviale « vous êtes perdu monsieur le lézard ? »

Ce dernier se retourna et poussa un hurlement de surprise à la vue de la petite fille. Il tomba à la renverse, ce qui fit glisser son chapeau.

« Hey gamine ! Ça va pas de surprendre les gens comme ça !? » demanda le lézard en réajustant son chapeau
– Je suis désolé monsieur le lézard, je pensais que vous m’aviez vue…
– Pourquoi ? Parce que t’es énorme et que t’as une car… OH BON SANG C’EST QUOI CE MACHIN !? » dit-il en désignant Plicploc du doigt
– C’est ma mule, elle s’appelle Plicploc. Et vous monsieur le lézard, quel est votre nom ?
– Moi ? Je m’appelle Basilisk
– Basilic ?
– Nan Basilisk, avec un K à la fin. Et toi gamine c’est quoi ton blaze ?
– Mon blaze ?
– Ouais ton nom quoi…
– Je m’appelle Capucine.
– C’est mignon… mais c’est pas un nom de fleur ?
– Si : c’était les fleurs préférer de ma maman
– A bon ? Elle préfère les myosotis maintenant ?
– Non… maman est morte y’a longtemps »

Basilisk changea de couleur et devint entièrement rouge pale.

« Oh mince… purée la gaffe… c’est tout moi ça : euh, tu m’en veux pas petite hein ?
– Non, vous avez pas fait exprès…
– Oh non : tu fais ce truc des petits humains quand vous avez vos grands yeux qui deviennent tout humide et que vous souriez même si vous êtes triste ! Ah je supporte pas ça s’il te plait arrête ! Hein ? Aller s’il te plait Pucinette !
– Pucinette ?
– Quoi t’aimes pas ? Moi je trouve ça mignon. Mignon comme une petite humaine qui aurait des couettes. C’est un truc chouette ça les cheveux : j’aimerai bien en avoir. Bon cela dit j’ai une queue préhensible qui est bien sympa aussi et… »

Basilisk fût interrompu par le rire cristallin de la petite fille.

« Tu es rigolo ! » dit elle avec la touchante simplicité de son innocence.
« hé hé.. bah ouais que veux-tu… Tant que tu ne me refais pas ton truc des yeux là, c’est pas un souci si tu te marre. Euh par contre Pucinette, tu pourrais me filer un coup de main ?
– Bien sur messire Basilisk !
– Et ben il se trouve que… »

Basilisk désigna alors sa patte droite : elle était prise dans un piège à oiseau.

« Oh ! Mais qui vous a fait ça ! » s’indigna la petite fille
– T’as vu hein ? Nan mais franchement quelle idée de faire un sac de nœud pareil !
– Je vais chercher un couteau dans la carriole pour couper ça : ne bougez pas !
– Ne bou… mais enfin tu crois que je vais aller où ? » dit le Lézard tandis que la petite fille s’éloignait.

Capucine détacha Basilisk qui put à nouveau bouger librement. Il était vif, et pouvait faire des bonds gigantesques pour sa taille. Il sauta sur la tête de la petite fille, lui chatouilla le bout du nez avec sa queue puis sauta de nouveau sur le sol.

« JE SUIS LIBRE ! LIIIIIBRE ! Ah merci à toi Pucinette
– Je vous en prie messire Basilisk. Cependant je vais devoir vous laisser car je dois me rendre en ville
– En ville ? Oh dis-moi je peux être du voyage ? J’ai jamais été en ville !
– Ma foi ça serait une bonne chose. Tu es d’accord Plicploc ? »

La mule poussa un hennissement content en signe d’acquiescement.

Sitôt dit, Basilisk bondit dans la carriole qu’il commença à fouiller sans vergogne.

« Hey… qu’est-ce que tu fais ? » demanda la petite fille un peu inquiète
– Oh t’en fais : je regarde s’il y’a des mouches. Des fois tu peux trouver de ses trucs dans les carrioles c’est dingue !
– Ma carriole est propre !
– Oh… zut…
– Mais… pourquoi cherchez vous des mouches enfin ?
– Bah j’suis un lézard Pucinette, tu t’imagines que je mange quoi d’habitude ? »

Le visage de Capucine se marqua d’un éclair de lucidité accompagné d’un « oooooh »

La petite fille remonta dans la carriole et fit signe à Basilisk de monter sur son épaule. Elle s’approcha de la marmite et tira le couvercle. Les bonnes odeurs de la soupe de Capucine montèrent aux narines du lézard qui saliva immédiatement.

« Sacrée nom de… ça sent fichtrement bon !
– Si vous en voulez messire Basilisk, je vous en servirais une tasse
– C’est… c’est vrai… Oh ma p’tite Pucinette t’es vraiment un amour de p’tite humaine toi ! »

Capucine attrapa une louche et la remplit à moitié, puis versa le contenu dans une coupette en bois et la tendit à Basilisk. Ce dernier plongea la tête dedans et aspira le liquide en quelques secondes.

« Alors CA c’est de la soupe ! » dit le Lézard triomphant « J’ai jamais rien mangé d’aussi bon ! C’est toi qui fais ça Pucinette ?
– Oui : je vais la vendre en ville
– Et bah tu peux me croire, quel que soit le prix que tu en demande c’est pas assez cher !
– Merci Basilisk, c’est gentil ! »

Et c’est ainsi que Capucine reprit la route avec son nouveau compagnon qui largement rassasié s’écroula de fatigue et s’endormi.

Plicploc trottinait maintenant sur un petit sentier d’où l’on pouvait voir la forteresse marquant l’entrée du palais. C’était une imposante place forte qui servait à protéger les villageois alentour, mais c’est surtout l’endroit où vivaient le roi et la reine.

« Plicploc : tu crois qu’on verra le roi ? Ou la reine ? » demanda l’innocente petite fille

Sa monture se contenta de répondre par un hennissement que Capucine décida d’interpréter comme voulant dire « pourquoi pas ? »

C’est alors qu’un bruit sinistre se fit entendre venant des bosquets. C’était un grognement féroce, grave et profond. Jaillissant de tous les côtés, une meute de loup se jeta sur Plicploc et Capucine, crocs dehors, prêt à les dévorer.

Les cris de terreurs de la petite fille réveillèrent Basilisk en sursaut. Mais à peine eut il comprit la situation qu’il passa à l’action : utilisant sa langue extensible, il attrapa un des loups à la gorge et le propulsa contre un de ses congénère qui s’apprêtait à mordre le flanc de la pauvre mule. Basilisk bondit alors au milieu de la meute qu’il défia avec un air impérieux :

« Alors les sacs à puce : on veut faire du mal à ma Pucinette ? c’est vraiment pas votre jour les mammifères… parce que moi Basilisk je vais vous faire passer le goût de la plaisanterie !
– Silence reptile ! » dit le chef de la meute, un vieux loup à la fourrure grisâtre qui portait une large cicatrice sur le front « Ce n’est pas une petite bestiole à sang froid qui va m’empêcher de planter mes crocs dans la chair tendre d’une petite humaine…
– Grrr… j’aime pas du tout comment tu parles de ma copine ! Je vais te les faire bouffer tes crocs !
– Et par quel prodige vas-tu t’y prendre ? Avec quelle armée misérable ?
– LA TIENNE ! » Hurla Basilisk avant de bondir à l’assaut

Utilisant sa langue, le petit lézard attrapa un des loups par la patte et le fit tournoyer plusieurs fois afin de faire reculer la meute. Se tenant debout, et réajustant son chapeau, Basilisk s’adressa à la mule tout en gardant le loup suspendu au bout de sa langue.

« Plicploc ! Emmène Pucinette loin d’ici : je vais m’occuper d’eux !
– Non Basilisk ! Viens avec nous ! » supplia la petite fille
– T’en fais pas Pucinette : je vous rattraperai ! Je suis un lézard supersonique après tout ! »

Sans attendre plus longtemps, Plicploc se précipita droit devant pour fuir la menace tandis que Basilisk tenait la meute en respect avec son arme improvisée. Lorsque Capucine et Plicploc furent à bonne distance, il lança le loup qu’il avait attrapé droit vers le chef de meute. Ce dernier resta impassible et se contenta de dévier son camarade d’un coup de patte si violent qu’une giclé de sang apparut.

« Hum je vois… tu es le genre de chef qui n’hésite pas à blesser ses camarades pas vrai ?
– Tu m’as fait perdre ma proie petit lézard… ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère : mon honneur de chasseur est en jeu
– Tu as perdu ton honneur du moment où tu as attaqué une petite fille sans défense. Mais bon, restons en-là : après tout un vrai guerrier sait accepter la défaite non ?
– Un guerrier ? sais-tu de quoi tu parles petit lézard ? Je suis le chef de cette meute, et pour rester le maitre je dois te tuer, puis tuer la gamine à tout prix.
– Sauf que j’suis trop rapide pour vous les gars !
– Sans doute… mais tu n’es pas assez malin ! »

A peine le chef de meute eut il prononcer ces paroles qu’un loup embusquer depuis le début surgit du fourré et donna un grand coup de patte sur Basilisk qui s’écroula sous le choc. La meute en profita pour bondir sur lui pour le dévorer.

Mais tout ce qu’ils purent mordre était un morceau de bois autour duquel était enroulée la cape du lézard. C’est alors que de la cime des arbres un rire retentit :

« Ahahahahaha ! Vous êtes vraiment des minables : je vous ai dit que j’étais plus rapide que vous !
– Par l’enfer ! » dit le chef de meute « comment est-ce possible : je ne t’ai pas quitter des yeux ! Comment à tu pu tromper mon regard de chasseur ?
– C’est simple : comme tous les lézards ma vitesse et ma puissance dépend de la température de mon corps. Avec cet hiver infernal, je devrais être à peine capable de bouger… mais c’était sans compter sur la soupe de Capucine ! Non seulement sa chaleur à réveiller mes membres, mais sa saveur sans pareil à affuter mes sens et je suis capable d’anticiper tous vos mouvements !
– QUOI ! C’EST IMPOSSIBLE !
– Et ce n’est pas tout ! Cette soupe contient un ingrédient secret qui me rend totalement invincible face à vos pauvres créatures endotherme !
– Mais quel est cet ingrédient !
– Héhé… c’est on ne peut plus simple : c’est tout le COEUR que la petite a mise à faire sa soupe qui la rend si incroyable ! Mais ça c’est quelque chose que des rustres au cœur de pierre comme vous ne peuvent comprendre, c’est pour ça que je ne peux pas perdre !
– Mais… enfin ça ne veut rien dire !
– Peut être : mais du coup j’ai gagné suffisamment de temps ! Aller à plus les débilos ! »

Utilisant son incroyable agilité, Basilisk bondit au milieu de la meute, attrapa sa cape, puis bondit à nouveau dans les arbres pour semer la meute qui fût incapable de suivre son déplacement. Ils tentèrent de capter son odeur, mais le lézard n’en avait pas. Fou de rage, ils hurlèrent laissant raisonner leur sinistre plainte à des lieux à la ronde…

***

Plicploc s’était arrêtée après avoir couru comme jamais pour mettre Capucine à l’abri. La petite fille lui avait apporté de l’eau et une carotte, et lui fit un câlin pour la remercier de sa bravoure. Elle observa le chemin derrière elle, inquiète pour Basilisk. C’est alors qu’elle le vit apparaître, fringuant, son chapeau à la main comme s’il saluait :

« Bonjour belle enfant ! N’auriez-vous pas vu une meute de loup fuir devant le fort et incroyablement séduisant Basilisk ?
– Messire Basilisk ! Dieu merci vous êtes sauf ! » dit la petite fille tout en se précipitant vers son ami
– Ce n’est pas 3 cabots enragés qui vont faire peur à un lézard dans mon genre. D’où je viens j’en ai maté des plus coriaces !
– En tout cas heureusement que vous étiez là sinon Plicploc et moi aurions fini dans leurs estomacs !
– Allons n’en parlons plus Pucinette : toi tu m’as bien tiré de ce piège et donné de ta soupe. Autant dire que c’est un échange de bon procédé ! »

Le malicieux lézard grimpa sur l’épaule de la petite fille et désigna la forteresse qui était maintenant toute proche :

« C’est là qu’on va ?
– Oui : la cité impériale de Cadren… »

***

Arrivé dans les rues bondées de la ville, Basilisk demanda à Capucine de le laisser se cacher dans son foulard. Il pourrait ainsi rester sur sa tête pour avoir une bonne vue des environs tout en étant discret.

Après avoir montré sa carriole aux gardes de la cité, la petite fille se dirigea vers le quartier marchand et installa son échoppe. Elle démonta les panneaux de la carriole, dressa une petite toile en guise de protection et tira l’enseigne de l’auberge de façon ça ce qu’elle soit dressé comme un drapeau et soit ainsi bien visible partout sur la grand place.

Mais tandis qu’elle faisait cela, un soldat se planta devant elle et lui demanda d’une voix glauque :

« Hé bien petite fille… qu’est-ce que tu fais toute seule ici ?
– Je m’occupe de mes affaires pau’vre tocard ! » lui répondit la voix pleine de panache de Basilisk  »
– Qu’est-ce que t’as dit ? » dit le soldat vexé »

Capucine voulut répondre, mais la peur lui avait coupé la parole. Conscient d’être « un peu » responsable, Basilisk reprit mais d’une voix qu’il essaya (sans y parvenir) de rendre plus douce :

« Euh… je voulais dire que je rangeais mes affaires : quel bazar !
– hum… j’aime mieux ça. Et qu’est-ce que tu vends ?
– De la soupe ! La meilleure, la plus revigorante et la plus savoureuse de tout Cadren ! Tenez : je vous en offre un bol ».

Capucine resta figée.

« J’ai dit… JE VOUS EN OFFRE UN BOL ! »

La petite fille réagit et mit une belle louche de soupe dans un bol avant de le tendre au soldat. Ce dernier commença à la déguster sans plus d’intérêt que ça, mais dès lors que la première gorgé fut passé, les saveurs jaillir dans sa bouche et il ne put se retenir de tout avaler en quelques instants. La douce chaleur du breuvage réchauffa son corps marqué par les longues gardes à l’extérieur dans le froid, et lui rappela les temps ou étant enfant il restait avec ses frères devant le feu tandis que sa mère et ses sœurs préparaient le dîner…

Il reposa le bol baigné de cette douce mélancolie, quand soudain il sentit une incroyable vivacité monter en lui. C’était comme si son corps avait retrouvé l’énergie de ses vingt ans. Et puis il y’avait cette saveur ou le gras du mouton se mêlait à la richesse nuancés des légumes, relevé par ce qu’il fallait d’épices.

« Petite… elle vaut combien ta soupe ?
– 3 sous messires » répondit Capucine en essayant de prendre la même voix que celle que Basilisk avait prise.
– Je vais t’en reprendre s’il te plait : on dirait celle de ma maman… »

Il ne fallut pas longtemps pour le fumet délicieux de la marmite attire les chalands. Tous jubilaient en dégustant la soupe de Capucine, ce qui mettait du soleil dans les yeux de la petite fille. Rien ne pouvait plus lui faire plaisir que de donner ce bonheur simple aux gens autour d’elle.

Elle était d’autant plus ravie qu’à la vitesse ou cela allait, elle aurait fini avant le début d’après-midi et pourrait rentrer de bonne heure à la maison.

« Tu te débrouilles comme une chef Pucinette : ch’suis fier de toi !
– Merci messire Basilisk… c’est grâce à vous que nous avons pu y arriver
– Oui c’est vrai… mais que veux-tu : j’suis génial : j’y peux rien ! »

A nouveau, le rire sincère de la petite fille résonna dans la carriole.

***

Tandis que Capucine servait les clients, Basilisk eu envie de faire un tour. Il sautilla de carriole en carriole grâce à son allonge prodigieuse, et observa les camelots faire leur numéro devant les passants. Il était amusant pour le petit lézard de voir à quel point les humains aimaient se faire des tours et combien ils avaient besoin de s’émerveiller.

C’est alors que la voix de Capucine le tira de sa rêverie : la petite fille appelait à l’aide.

Ni une ni deux, le vaillant petit lézard se précipita vers la carriole, bondissant dans les airs et traversant la place du marché en un éclair.

Lorsqu’il arriva, il vit une dizaine de soldats, dont certains étaient en train de retirer la marmite de la carriole. Deux autres soldats agrippaient fermement Capucine tandis qu’un homme habillé chichement était en train de s’adresser à elle.

« Je suis sir Polyace Ocelot, et je réquisitionne ta marmite au nom du roi.
– Vous n’avez pas le droit : c’est du vol ! » répondit la petite fille sans trembler
– Oh ! Quelle horrible accusation ! Gardes : arrêtez-la ! »

Basilisk bondit sur la tête de Polyace et donna un vif coup de langue en plein sur le casque de l’un des gardes qui retenait Capucine ce qui le sonna immédiatement. Le pétillant lézard s’apprêtait à refaire de même sur le second garde lorsqu’il dut éviter de se faire coincer entres les paumes de Polyace. Pour cela il se laissa tomber au sol, effectua une vive roulade puis lança un rapide coup de langue pour faucher les soldats. Mais voilà : si cela avait facile avec des loups, la tâche était beaucoup plus ardue face à des chevaliers en armure lourde.

« Attrapez moi cette horreur ! » dit Polyace en sautillant sur place d’effroi « cette chose m’est grimpé sur la tête !
– Hey ! Je ne suis pas une chose sale faquin ! Je suis un lézard et je m’appelle Basilisk !
– Capturez-le lui aussi ! Faite le cuire et jetez le aux chiens ! »

Conscient qu’il n’aurait pas l’avantage, le sautillant lézard compris qu’il allait devoir battre en retraite. Mais cela signifiait abandonner Capucine…

« Pucinette ! N’ai pas peur : je vais pas te laisser tomber t’entends ?
– Messire Basilisk : fuyiez sans vous souciez de moi !
– Pas question !
– Si : il le faut. Prenez soin de Plicploc : Soldats ! Messire ! Laissez les partir je vous en conjure ! »

Polyace fit signe aux gardes de s’arrêter. D’un air mauvais il se tourna vers Capucine :

« Si je fais ce que tu demandes, si j’épargne tes animaux, est ce que tu viendras sans rechigner travailler aux cuisines du palais ?
– Oui je le jure
– Tu ne te rebelleras pas ?
– Non, je serai dévouée, mais ne leur faites pas de mal… »

Basilisk avait envie de pleurer face au courage de la petite fille, et envie de hurler devant la méchanceté de Polyace. De rage, il jeta son chapeau par terre tandis qu’il levait les bras en signe de soumission.

« Bien… vous êtes plus raisonnable qu’il n’y parait en fin de compte ? dit le seigneur en titillant sa moustache sombre
– Je te jure sur mes écailles que si tu fais-tu mal à Pucinette tu sauras ce qu’il en coute de fâcher un Lézard…
– Pfff… flagornerie que tout ça : bon soldat, nous retournons au palais ! »

Et tandis que l’escorte de Polyace avançait et que la petite fille suivait docilement, Basilisk monta sur la tête de Plicploc et lui dit :

« Je te promets qu’on va la sortir de la Pliki… on juste besoin d’un miracle… »

***

Basilisk avait suivi de loin le cortège de Polyace et avait remarqué qu’il dépouillait le marché de toutes les bonnes choses qu’il y’avait à manger. Changeant sa couleur comme un caméléon pour mieux se fondre dans le décor, le futé lézard essaya de s’approcher pour entendre ce qui se disait.

« Messire » demanda un des soldats « nous avons fini de tout charger. Voulez-vous faire un dernier tour ?
– Non… je suis fatigué et mort de froid. Je serai bien mieux dedans avec un bon feu pour me réchauffer.
– Que faisons-nous de la petite fille ?
– Aux cuisines : elle a l’air d’avoir du talent, exactement ce qu’il faudra… je veux que tout le monde s’empiffre a n’en plus pouvoir… »

Même sans comprendre de quoi il en retournait, Basilisk senti l’odeur des complots qui frétillait dans l’air. Il se cacha sous une calèche qui transportait des victuailles et entra dans la forteresse. Préférant ne pas être enfermer à l’intérieur, il sauta en marche avant que le cortège n’entre au palais.

Grimpant la muraille avec facilité, il se dressa au sommet de la muraille Est et observa les lieux.

« Hum… y’a pas à dire j’aurai une capuche à la place de mon chapeau j’aurais belle allure dans cette position… »

***

Dans la cuisine du palais, une armada de cuisinier et de marmiton allaient et venaient dans tous les sens pour préparer le repas à venir. Capucine fut conduite devant une large femme qui touillait un ragout :

« Hey, mère Bouteau : cette gamine vient donner un coup de main » dit le soldat qui escortait l’enfant
– Quoi ? Mais enfin regardez là la pauvrette. Elle est toute petite !
– Et alors ?
– Alors je ne vais pas assommer de travail une enfant !
– Et si moi je t’assommais du plat de mon épée, vilaine !
– Suffit ! » dit Capucine « je peux aider madame, je sais faire plein de chose en cuisine et j’en ai grande habitude…
– Peste soit sur vous soldats… » dit la mère Bouteau tout en entrainant Capucine vers les fourneaux.

Lorsque les soldats furent partis, la mère Bouteau se laissa tomber sur un tabouret et se mit à sangloter. Aussitôt, la gentille Capucine vint s’enquérir de son état :

« Qui a t’il madame ? Vous souffrez ?
– Oui petite… je souffre de voir ce que ces monstres nous obligent à faire… et je suis émue devant ton courage…
– Mais que ce passe-t-il ? Pourquoi ont-ils volé ma marmite de soupe ?
– Oh je vois… mon enfant : le royaume a besoin d’un nouveau cuisinier royal, et son Altesse à organiser un grand concours où les grandes maisons pourront présenter un champion. Sir Ocelot veut profiter de l’occasion pour gaver les soldats et pour cela il ratisse tout ce qui est savoureux
– Mais dans quel but ? S’il faut je peux refaire à manger pour tout le monde ! Il était inutile d’employer la force !
– Ma pauvre petite : cet homme est dangereux et je ne crois pas qu’il ait de bonne intention… »

La mère Bouteau sécha ses larmes et poussa un soupire de résignation. Capucine de son côté, garda dans le regard la flamme de l’espoir :

« Nous allons empêcher cela ! » dit-elle « mes amis sont dehors et je sais qu’ils feront tout pour me sauver !
– Tes amis dis-tu ? Mais qui sont-ils ? Des aventuriers ? Des chevaliers ?
– Euh non : c’est ma mule et un lézard que j’ai trouvé en faisant chemin vers Cadren ! »

La mère Bouteau se signa et joignit les mains en prière.

***

Basilisk avait réussi à se faufiler dans le palais et se promenait au hasard dans l’espoir de retrouver Capucine. Laissant trainer ses oreilles, il comprit qu’une grande festivité se préparait. C’était parfait car l’effervescence des serviteurs les rendaient peut attentifs aux détails et il pouvait circuler comme bon lui semblait, les portes ne cessant de s’ouvrir et de se refermer.

Il parvint finalement à une pièce intéressante : c’est un immense garde mangé où il reconnut la marmite de Capucine avec son bouclier en guise de couvercle.

« Quel gâchis… la soupe doit être toute froide maintenant ! » se dit le lézard.

Deux gardes entrèrent en catimini, refermant la porte avec précaution. Ils avaient de toute évidence l’intention de se faire un petit quatre heure improvisé :

« T’es sur qu’on risque rien ? Sir Ocelot va bien se rendre compte qu’on à taper dans la bouffe ?
– Penses-tu : tant qu’il reste de quoi briller devant le roi, il s’en moque de ce qu’on fait
– Chut ! T’as pas entendu ?
– Quoi ?
– Là !
– Quoi là !
– Y’a un truc qui a bougé ! Je l’ai vu ! »

Le garde se précipita vers une étagère et se mit à fouiller.

« Bah alors ? » demanda son camarade
– Euh… non rien » dit-il en sortant de derrière un pot un petit bout de bois entouré d’une minuscule cape.

***

« Tu te débrouille drôlement bien ma petite Capucine ! Grâce à toi on a épluché ces pommes de terre en un rien de temps.
– Merci madame
– Oh et cesse de me donner du madame : je ne suis pas comtesse ! Appelle moi juste Anna
– Très bien Anna. Dis ? On va où là ?
– Au cellier chercher quelques provision… oh mais attend. C’est bizarre on dirait que c’est ouvert…
– Il faudrait peut-être appeler un garde ?
– Pfff… Inutile : ce sont surement eux qui sont entré se faire un petit frichti ! »

Pour confirmer ses dires, Anna ouvrit violement la porte, faisant sursauter les deux gardes qui étaient en train de fixer le bout de bois entouré d’une cape.

L’opportunité était trop belle : Basilisk saisi avec sa langue une bouteille d’huile qui se trouvait en face de lui et la projeta en plein sur le visage d’un des gardes. Aussitôt après, il utilisa à nouveau sa langue : il l’enroula sur la poutre du plafond et grimpa jusque-là en la rétractant. Une fois sur la poutre, il sauta dans la vide et profita du mouvement de balancier pour gagner en accélération et arriver à toute vitesse sur le visage de l’autre garde ce qui eut pour effet de le cogner contre l’étagère derrière lui.

Les deux gardes assommés, Basilisk récupéra sa cape tout en crachant un peu :

« Beurk… cette poutre avait un gout hoorriiiiible !
– Messire Basilisk ! » jubila la petite fille
– Tout juste ma mignonne : on va filer d’ici en vitesse, j’ai trouvé une sortie
– Attendez on ne peut pas partir comme ça ! L’homme qui m’a arrêté il projette quelque chose
– Et ?
– Et bien on ne peut pas le laisser faire : c’est surement quelque chose de très très mal !
– Justement : ça risque d’être très très dangereux !
– Mais vous êtes très très fort non ?
– C’est très très manipulateur ce que tu es en train de faire tu le sais ça Pucinette ?
– Oui mais je le fais parce que je sais que vous êtes aussi très très gentil »

Le sourire espiègle de Capucine acheva de rompre les réticences du lézard qui soupira devant sa propre faiblesse.

***

Dans la grande salle de bal, le roi avait rassemblé une cohorte de chef, chacun représentant une des grandes familles de la noblesse. Il était cependant déçu à chaque fois qu’il gouttait un plat.

Il se tourna alors vers Polyace Ocelot, son conseiller…

« Sir Ocelot… est ce qu’il y’en a encore beaucoup ?
– Non messire, ce sont les derniers
– Les derniers ? Mais c’est terrible ils sont tous médiocre : aucun ne saura faire un véritable festin pour Noel !
– Je sais messire… cependant si vous m’y autorisé je pourrais apporter ce que j’ai prévu et…
– Non non non, vous le savez aussi bien que moi : je me dois servir un repas spéciale pour Noel, et pas sortir un jambon du cellier ! »

Polyace acquiesça mais intérieurement fulminait de rage. Pourtant le roi n’aurait pas le choix : il serait le seul à pouvoir présenté des plats prêt à temps ce qui lui vaudrait une faveur immense de la part du souverain. Son plan était machiavélique…

Pour finir de le convaincre, il fit porter dans la grande salle la marmite de Capucine et demanda à ce qu’on en réchauffe le contenu. Au fur et à mesure, le fumet commençait à se répandre dans la pièce, aiguisant les curiosités autant que les appétits.

« Mais… qu’est-ce donc sire Ocelot ?
– ça votre Altesse ? Oh rien de bien extraordinaire : c’est une soupe que j’ai fait confectionné pour vous selon une recette de ma famille…
– MENTEUR ! »

La petite voix qui avait frappé comme le tonnerre était celle de Capucine sur la tête de laquelle était juché Basilisk, prenant la pose le plus héroïquement possible.

« Mais… comment êtes-vous entrez ici !? gardes !
– Tes gardes ? Ils font une petite sieste vois-tu ! Je t’avais dit que tu verrai ce qu’il en coûte d’énerver quelqu’un au sang froid ! » dit Basilisk avec un air de défi dans la voix.

Polyace se précipita sur Capucine, épée à la main. Basilisk quand à lui sauta au sol, et utilisa sa langue pour attraper une épée accroché au mur qu’il agita vers le méchant sire pour lui barrer le passage et défendre son amie.

Les deux adversaires échangèrent des coups violents, Tandis que Basilisk sautillait pour éviter les attaques. Il attira Polyace vers une des grandes tables du banquet où sa petite taille lui permettait de se faufiler, et lâcha son épée pour mieux disparaitre.

Polyace était à l’affut, prêt à déjouer les coups fourrés du lézard. Il remarqua que ce dernier arrivait par le plafond, trahi par l’ombre qu’il projetait à cause des chandeliers. Il laissa le lézard se mettre en place, et lorsqu’il bondit sur lui, il se retourna dans un geste vif et le transperça de sa lame à hauteur de sa queue.

Capucine se précipita alors sur Polyace et le martela de coup de poing. Bien entendu la pauvre petite fille n’avait aucune chance de blesser un solide gaillard comme ce triste sire…

Ce dernier envoya une gifle à Capucine qui chancela, et se prépara à la frapper de son épée. Il projeta son coup avec précision, mais une autre lame vint dévier son attaque.

C’était le soldat à qui Capucine avait offert de la soupe sur le marché !

« Traitre ! » lui dit Polyace « je te ferai exécuter bon à rien !
– J’aime autant ça que de m’en prendre à une enfant : monstre ! J’en ai fini de vos ordres infâmes ! »

Polyace croisa le fer avec le soldat et le mit rapidement dans une situation délicate. C’est alors qu’il remarqua qu’il ne restait plus au bout de sa lame qu’un morceau de la queue de Basilisk. Il tourna le regard, et vit Capucine qui le tenait dans ses mains.

« Grrr ! Je vais l’achever ce maudit lézard ! »

Capucine le sera contre son cœur et se mit à courir aussi vite qu’elle pouvait, poursuivie par Polyace. Le vaillant soldat se releva et malgré une sévère blessure à la jambe, retourna dans la bataille :

« C’est moi ton adversaire triste sire ! » dit-il pour détourner l’intention du seigneur Ocelot de sa petite victime. Ne pouvant risquer d’avoir un soldat armé dans son dos, Polyace dû se résoudre à reprendre le combat.

Capucine essayait de ranimer Basilisk, mais ce dernier semblait avoir perdu trop de sang. La petite fille voulait pleurer, mais elle savait qu’elle devait rester courageuse pour sauver son ami et empêcher Polyace de mener son plan à bien. C’est alors que le fumet de sa soupe lui chatouilla les narines et lui donna une idée !

Elle se précipita vers la marmite, renversa le bouclier au risque de se bruler et prit une pleine louche de soupe. Ensuite, elle trempa la tête de Basilisk dedans en priant pour que son idée marche.

De son coté, Polyace avait fini par porter un coup fatal au vaillant soldat, le mettant hors de combat pour un moment. Il avança alors à pas mesurer vers la petite fille en faisant des moulinets dans l’air avec son arme pour lui faire peur.

« Cette fois c’est la fin fillette ! Ton ami est mort, et tu vas bientôt le rejoindre ! »

Basilisk ne réagissait toujours pas. Décidant de jouer le tout pour le tout, Capucine le jeta dans la marmite.

On entendit un simple « plouf » lorsque le lézard tomba dans le délicieux liquide.

« Tu as fait échouer mon plan petite fille » murmura Polyace qui se tenait devant Capucine tremblante de peur.

Il leva son épée, et d’un geste sec frappa dans sa direction.

Mais au lieu de fendre en deux la tête de la fillette, sa lame fut stoppé par un imposant bouclier couvert de soupe et frappé du sigle du dragon.

Un bouclier tenu par une langue préhensile qui émergeait du bord de la marmite…

« MESSIRE BASILISK !
– Tout juste Pucinette ! Et toi le vilain pas beau je t’ai déjà dit de pas t’en prendre à ma copine ! »

Plein d’une vigueur nouvelle, Basilisk frappa Polyace avec le bouclier tout en tournant autour de lui pour le déstabiliser. Ce dernier, sonné par les coups, commençait à avoir le vertige et à chanceler.

Le vaillant lézard jeta le bouclier sur le côté et s’apprêta à porter le coup de grâce. Il fit claquer sa langue à toute vitesse sur le sol plusieurs fois puis bondit sur son adversaire :

« Technique de combat lézard à la langue : Tokage Hykuretsu gengo ! La frappe des milles langues ! »

La langue de Basilisk se déplia et se replia à toute vitesse provoquant un véritable tir de barrage sur Polyace, lui faisant l’effet de milliers de petits coups de fouet. Il s’écroula terrassé de douleur, la langue pendante et les yeux révulsés tandis qu’un petit filet de bave coulait de sa bouche…

« Hourra ! » cria Capucine aussitôt reprise en cœur par la foule.

Basilisk entreprit de consciencieusement essorer sa langue, ne voulant absolument pas garder le gout de Polyace dans la bouche. La petite fille le prit dans ses bras et l’enlaça aussi affectueusement que possible.

Tandis que la liesse se répandait, le roi se présenta devant Capucine et lui tendit le bouclier :

« Ceci est-il à vous jeune fille ?
– Oui c’est le couvercle de ma marmite !
– Un bouclier ?
– C’était à mon papa… c’est lui qui en a fait un couvercle en disant que tant que vous seriez roi il n’y aurait plus besoin de se battre.
– Tu es… tu es la fille de Leonoff ? »

La petite fille acquiesça avec fierté. Le roi mit un genou à terre devant Capucine :

« Ton père était un chevalier parmi les plus braves, et son bouclier avec le symbole du dragon m’a sauver la vie plus d’une fois… Lorsque j’ai appris sa mort j’ignorais qu’il avait une famille, mais maintenant je vais pouvoir payer ma dette à mon vieil ami. Comment te nommes-tu jeune fille ?
– Puci…
– Capucine ! » coupa la petite fille
– Je te remercie de ta bravoure Capucine, fille de Léonoff. Grace à toi j’ai pu découvrir que Polyace complotait contre moi.
– Ah bon ? » demanda la petite fille « vous aviez compris ça messire Basilisk ?
– Euh… bah je savais que c’était un sale type… mais cette histoire de complot… t’es sure de toi Pucinette ?
– Non pas trop : sire vous êtes sûr ? »

Le roi éclata de rire : les deux héros du jour avait juste agit contre un homme mauvais sans se soucier du pourquoi du comment.

***

Les exploits de Capucine et Basilisk firent le tour de Cadren en moins d’une heure. La légende s’amplifia tandis qu’elle passait d’une bouche à une oreille, rendant l’histoire plus magique encore. Mais ce dont tout le monde était d’accord, c’est que le repas que Capucine prépara par la suite fut à l’image de ce que représentait noël : un moment de partage ou tout devient possible, que ça soit aussi fou qu’un petit lézard bagarreur, ou aussi simple que le rêve d’une petite fille qui voulait juste partager du bonheur en faisant la cuisine.

Le roi fit envoyer une escorte chercher tante Drazilla et oncle Lucior pour qu’il soit de la fête, et les nomma tous deux responsable des cuisines royales (avec bien sûr l’aide d’Anna et de Capucine). Plicploc la fidèle monture fut nommée comme monture de tête des écuries royales, mais préfera comme récompense une simple carotte bien sucré. Le soldat qui avait défendu Capucine lui, fut nommé sergent.

Quant à Basilisk, après avoir fait la fête toute la nuit avec ses nouveaux amis, il quitta le château en silence, et reprit la route de l’aventure en sifflotant un air joyeux de voyageurs…

 

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2 réflexions au sujet de « journal de bord – épisode 22 : le noël de Basilisk #defibradbury »

    1. Je voulais faire dans le Disney pour les fêtes… j’ai juste un peu oublié noel dans l’histoire (qui sert tout juste de contexte :p) mais bon, c’est un peu les vacances aussi pour le défi ;)

      Bon noel à toi aussi mon didi !

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