Journal de bord – épisode 24 : New Year’s Day #DefiBradbury

New Year’s Day

J’ai toujours aimé les débuts. Début de chanson, début de film, début de livre, début d’une histoire d’amour, début du jour.

J’aime le début de cette histoire, parce que tout est neuf, tout est possible, plein d’espoir. Un début c’est plein d’innocence, ça ne porte pas le poids de tout ce qu’on à put faire, c’est encore pur.

Mais plus j’avance, plus m’étale sur le papier, et plus je m’éloigne du début.

La peur d’avancer c’est un mal assez commun j’ai l’impression. Pourtant c’est idiot parce que finalement c’est ça qui nous rapproche d’un futur début. Mais non, on préfère rester dans notre histoire et la prolonger, un jour de plus, encore un instant, infoutu que nous sommes de couper le cordon, de laisser aller et de passer à autre chose.

J’ai eu beau laissé passer des jours de l’an sans Elle un bon nombre de fois, ce cordon là il me tient toujours. Ce début là je ne veux toujours pas le finir, je ne sais pas passer à autre chose.

Ce qu’on a été l’un pour l’autre c’était banal, Elle, Moi, et tout le saint saint-frusquin, c’était un début même pas original. Mais bon c’était le nôtre, et je m’y étais attaché. Dingue de ce dire qu’au final on est plus attaché à l’histoire qu’on vit plutôt qu’à la personne avec qui on la partage. Dingue de réaliser qu’on s’acharne à chercher du sens là où soit même on n’est même pas foutu d’en produire.

Alors qu’est ce qu’on fait pendant ce temps-là ? Et bien on stagne, on trouve de quoi faire, et ça c’est une bonne chose parce que la vie est remplie de chose à faire pour se donner l’impression qu’on oublie. Parce que oui, ça oublier on y arrive assez facilement, par contre l’oubli lui se rappelle à nous de temps en temps. Et là on se rappelle, et là ça fait mal.

La nuit je suis là à tourner et virer pour trouver le sommeil, et d’un seul coup je pense à Elle, je ressens comme les trames furtive de sa présence contre moi. C’est fugace, à peine le temps d’une pensée, sauf que le mal est fait et que pendant quinze jours je vais me la trimbaler dans la tête.

Le temps accorde des parenthèses, des petits répits salutaires. Parce que sinon ça rendrait dingue. On finit par apprendre comment gérer ces soudains rappel de la mémoire, et à les voir comme des signaux nous disant « mec : peut-être que tu devrais te changer les idées ».

C’est une politique de fuite perpétuelle qui implique des extrêmes : s’isoler pour devenir intouchable, ou être en permanence en mouvement pour n’avoir jamais le temps de souffler et donc d’y penser.

On finit par tout mélanger, par être désynchronisé, décalé, par ne plus être capable d’avoir une relation normale avec les autres, comme si on avait un handicap. C’est comme un trouble du comportement, cette envie permanente de voir si Elle n’est pas derrière, en train de regarder, en train de revenir peut être…

Revenir ? Non dès le départ Elle n’aurait jamais pu revenir. J’avais fait ce qu’il fallait pour ça. Alors okey j’ai fait le grand vide, j’ai tout bien balayé et cloisonné, et maintenant ? Bah maintenant je suis là, bloqué, figé, cadenassé et toujours pas foutu de me retrouver un début.

En fait si, j’ai essayé, mais comme beaucoup j’aurais pris le premier début qui vient, sans me demander si c’était celui que je voulais, si c’était vraiment ça qu’il me fallait. En fait toute ma vie j’ai toujours prit tous les débuts qui venaient, de peur que ça soient les derniers. C’est triste de se dire qu’on s’est toujours cru incapable d’avoir plus d’une chance.

A agir comme ça je me suis fatigué le cœur, et raboté l’ego si bas que je commençais à descendre sous terre. Ouais, je me sabordais moi-même, j’étais ma nouvelle source d’auto insatisfaction. Parce que finalement se complaire dans les débuts qui foirent c’est une bonne façon d’oublier qu’on ne s’est pas donné la peine de les choisir.

Ce n’est pas plus compliqué que ça : si vous essayez absolument toutes les chaussures d’un magasin, y’en aura forcément 99% qui seront pas à votre taille.

Le début d’année c’est le bon prétexte pour se créer des débuts, pour retrouver l’envie, pour avoir un terrain vierge sous les yeux sur lequel on peut commencer à construire des plans. Je sais que c’est souvent le moment où plein d’espoir je me dis « purée cette fois ça y’est : demain sera différent ».

Le seul problème avec ça, c’est qu’a toujours attendre demain on ne fait rien le jour même. Effarant de voir à quel point c’est facile de se convaincre soit même des vertus de l’espoir.

Je me suis volé mon propre rêve d’une belle histoire, ou du moins de ce que je pensais en être une, parce que j’ai jamais voulu m’intéresser à autre chose qu’au début, et que j’avançais jamais vers le présent.

Dingue hein comme constat ? Et pourtant c’est ma réalité : j’ai toujours préférer le début et toute la préparation qu’il implique. J’ai toujours préférer l’idée de ce qu’allaient être les choses plutôt que de ce qu’elles étaient à l’instant T.

Il y’a cette part de soi qu’on n’aime pas, celle qui est pourtant vue par tous les autres autour de nous, et qui sera celle qui les fera fuir un jour ou l’autre. On la renie, on la cache, on fait comme si elle n’existait pas. Et c’est pareil chez la personne qu’on aime : on voit cette part d’infamie, mais on se dit que pour l’instant ça n’est pas grave, que demain ça ira mieux, et que pour le moment c’est que le début.

On devrait plus s’alarmer de ce genre de chose, mais de quoi vivrait-on ? Le présent est-il si salutaire ? Je n’en suis pas convaincu.

J’ai continué à arpenter le présent en accrochant les débuts lorsque je le pouvais. Mais avec l’habitude, j’en ai de plus en plus marre. Maintenant je commence à apprécier les fins. La fin du jour, la fin d’une chanson, la fin d’un film, la fin d’une relation. Je réalise vraiment qu’ils sont ce qui donne tout le sens à un début, et que sans lui tous les efforts sont futiles.

Envisager la fin n’est pas une perspective pessimiste, mais lucide. Se demander comment finiront les choses, et accepter ce quelles seront, c’est peut être vraiment ça vivre.

Maintenant que je connais la fin de notre histoire, je ne souhaite pas spécialement la changer. Parce qu’au final, ce n’est pas Elle qui me manque et qui me fait mal dans mes souvenirs, c’est plutôt cette période de ma vie ou je pensais que je commençais la bonne histoire, mais que je me trompais.

D’ailleurs, est-ce à cause de ça que tout à foiré ? Ou bien est-ce que parce que tout à foiré que les choses ont tournées comme ça ? Vertigineuse question…

C’est le jour de l’an, l’époque des débuts, et des nouveaux départs. Des débuts en pagailles, des souhaits, des résolutions… ça c’est ce qu’on voit tous la plupart du temps.

Mais si pour une fois c’était un moment pour terminer les choses ? Si on profitait de ce moment pour solder les comptes et mettre un point final à ce qu’on traîne depuis longtemps ?

C’est ce que je compte faire cette année : lister mes débuts ratés, ou ceux qui ont trop durée, et leur mettre un point final pour faire de la place. Remettre le compteur à zéro, refermer le couvercle, boucler la boucle…

Parce que toutes ces histoires pas finies, tous ces débuts en suspens, ce sont autant d’amarres qui m’empêchent de partir et d’aller de l’avant. Parce qu’au final on ne peut pas vivre certaines histoires tant que les précédentes ne sont pas fermées.

Ça m’a pris du temps à le comprendre, mais cette histoire-là est fini : maintenant je sais, maintenant je comprends, et le temps que ça m’a pris n’a pas été perdu en vain. Maintenant les débuts sont autant de façon de fermer le passer.

Comme le jour de l’an marque aussi bien la fin que le début, j’ai compris que pour fermer le passé il fallait ouvrir l’avenir.

5

Le compte à rebours commence

4

Je coupe les fils qui me retiennent

3

Je m’accroche à ceux qui m’emporteront demain

2

Je lance un dernier regard à ces souvenirs

1

C’est fini : il faut se tourner vers l’avenir

0

Bonne année…

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