Journal de bord – Episode 25 : MDK 187 #DefiBradbury

MDK 187

Il n’y a rien de plus fantasmatique que les histoires de tueurs en série. Parce que finalement peut-on vraiment savoir ce que ces gens font ? Ce qu’ils pensent ?

Factuelement aussi, difficile d’avoir une vision précise de leurs actes. Prenez Richard Ramirez, le fameux « Night Stalker » : ce type à tuer entre 16 et 20 personnes. Donald Harvey lui entre 34 et 87. Randy Kraft « Score-card killer » entre 16 et 45 personnes. Gary Ridgway « le tueur de la green river » aurait fait une quarantaine de victime. Impossible d’avoir de donnée précise ! Je ne sais pas pour vous, mais moi la vingtaine de morts potentiels que certains de ces hommes ont laissés derrière eux, je me dis qu’il serait bon de savoir si on les comptes au tableau de chasse ou pas !

Le compte des points fait parti des critères pour être serial killer, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille négliger l’intention. Tuez une famille 10 personne en percutant leur camping car de luxe avec votre voiture et vous êtes juste un chauffard. Égorgez une famille de 3 personnes au nom de Satan et vous pourrez commencer à briguer le titre de serial killer.

Le motif compte aussi beaucoup pour la discipline. John Armstrong tuait des prostitué parce qu’il les haïssait (un bon profil psychologique ira chercher cette haine du coté d’un rapport maternel mal vécu a cause d’une mère volage et infidèle). Arthur Shawcross lui était nécrophile et cannibale. David Berkowitz, le fameux « fils de Sam » lui s’en prenait aux couples d’amoureux a grand coup de 44 parce qu’il ne supportait pas l’image qu’ils lui renvoyaient.

Après ça vous avez besoin d’une signature, d’une façon de faire. Soyez originaux et les médias vous hisseront au top. Des débats auront lieux, des conférences, des livres, peut être même (gloire suprême) des films et des documentaires seront fait sur vous. Mais n’oublier pas : pensez marketing.

Pensez spot de pub.

Pensez slogan.

Jeffrey Dahmer, « le cannibale de Milwaukee », démembrait ces victimes. Albert DeSalvo, « l’étrangleur de Boston », obtint son surnom à cause de son mode opératoire. Idem pour John Haigh « le tueur au bain d’acide ».

Etre un bon produit marketing ça se travail. Ne pensez pas qu’il vous suffira de descendre dans la rue, de dire que vous haïssez les gays, les noirs, les femmes ou les démocrates avant de faire feu dans la foule pour faire parti du club.

Non, non, non…

Les critères du FBI, c’est du sérieux.

Prenez les inspecteurs Brian Hugh et Susan Branca. Des cracks de l’investigation, des champions de la traque, des enquêteurs hors pairs : mes Mulder et Scully à moi. Pour qu’ils se donnent la peine de vous traquez, vous devez en avoir fait des choses… et des vilaines !

Ils ont eut du mal avec moi, mais je dois l’admettre : c’était vraiment bien. Tout ce temps je trouve qu’on à fait un sacrée bon trio dans notre genre. Ceci dit il y’a toujours un moment ou il faut que ça s’arrête.

Pour moi ça s’est arrêter il y’a 2 ans.

Fini la course, la traque, je me suis ranger du jeu. Enfin pas exactement…

Vous auriez du voir la tète de Brian. Il était si content de m’avoir attrapé ! J’ai cru comprendre que le soir même, il avait pris une cuite monumentale avec les autres agents du département criminel. J’ai remarqué ça aux petits yeux qu’il avait le lendemain dans la salle d’interrogatoire.

Mon pauvre Brian… si tu savais.

Toujours est-il que me voici maintenant ici, dans « L’Antre », à attendre inexorablement que la faucheuse vienne faire son office. Le couloir de la mort ils appellent ça. En réalité ça n’a rien d’un couloir, mais ça doit venir du fait que j’ai un traitement de faveur. D’après Susan, je « représentait une menace pour les autres » et elle à insisté pour que je sois détenu dans des conditions particulières.

Alors ils m’ont mis dans « L’Antre ».

Fantasmez la plus extrême des prisons haute sécurité, et vous serez encore très loin d’imaginer ce que peut être cet endroit. Je ne sais pas moi même ou il se situe : on m’a sédaté avant de me conduire ici. L’Antre est un lieu hors de la réalité, complètement cloisonné en ce qui me concerne. Aucun indice ne me permet de savoir où je me trouve.

De toute façon le « où » m’importe peu.

L’Antre est une prison haut de gamme. Je n’y vois quasiment personne : si ça se trouve je suis l’unique pensionnaire non volontaire de ces lieux. Les gardiens sont de monolithiques molosses qui changent tous les trimestres et que je n’entrevois que brièvement lorsqu’il apportent mes repas.

Bien incapable de vous dire ce qu’ils font le reste du temps.

Ma cellule est une immense pièce circulaire d’environ 120 mètres carré, bétonné du sol au plafond. Le mobilier y est sobre, fonctionnel, mais malheureusement fixé au sol par des rivets d’au moins 4 pouces.

Le seul point d’entré de la cellule est une porte battante à grosse charnière en titane. Cette porte se verrouille grâce à un système complexe : une série de barres d’acier coulisse de l’intérieur du mur à travers la porte, la traverse et s’arrime de l’autre coté tandis qu’un autre dispositif envoi de la pression pour rigidifier la position des barres. Autour de la porte, un dispositif inverse dépressurise la gaine plastique qui entoure la porte ce qui la plaque contre le montant.

Il est humainement impossible pour moi d’ouvrir cette porte.

Mais ce que je préfère dans ma cellule, c’est la « zone de sûreté ». C’est vraiment très appréciable: au milieu de la pièce, on peut distinguer une rainure formant un cercle d’environ 2 mètres de diamètre sur le sol. Quant je reçois une visite ou que les gardiens font l’inspection hebdomadaire de ma cellule, je dois aller dans le cercle. A ce moment là, une parois en verre blindé sort du sol et remonte jusqu’au plafond à plus de 3 mètres de haut pour se fixer dans un support d’arrimage. De cette façon je n’ai plus à supporter de contact avec d’autres humains.

Tout ce dispositif coûte certainement un argent fou à l’état, mais ils savent bien que je vaux cette somme.

Randall Woodfield, Danny Rolling, Henry Louis Wallace, Orville Lynn Majors : qu’est ce qu’ils ont apporté au monde à part leurs crimes ? Ne vous embêtez pas à chercher, la réponse tient en un simple mot

RIEN.

C’est là toute la différence entre nous : Mon exécution devait avoir lieu il y’a 139 jours, soit un peu plus de quatre mois après mon procès. Il me reste aujourd’hui 97 jours avant mon exécution.

Sauf que mon procès à eut lieu il y’a presque deux ans…

Si vous devez entrer dans le club, le plus important, l’essentiel, c’est d’avoir ce que les fédéraux ne pourront jamais avoir. Aucune science, aucun livre ne doit pouvoir leur apprendre ce que vous avez. L’esprit de ceux qui ont fait le choix de donner la mort reste la plus importante monnaie d’échange que vous aurez…

Un son strident retenti dans les hauts parleurs camouflé en hauteur et protégé par une fine grille d’acier. Les gardiens avaient déjà inspecté la cellule hier, j’en conclus donc que j’allais avoir droit à une petite visite de mes amis de Quantico.

Respectant la procédure de bonne grâce, je m’installais en tailleur dans la zone de sûreté. La vitre de protection se leva lentement jusqu’à atteindre le plafond et se verrouilla a son point d’arrimage.

Ce fut alors la porte qui s’ouvrit et laissa apparaître Susan et Brian.

Quelle joie ce fut de les voir. Il y’avait tellement longtemps que nous ne nous étions vu. Susan avait laissé pousser ses cheveux, ce qui lui donnait un air moins sévère que dans ma mémoire. Brian lui avait apparemment pris 3 ou 4 kilos que j’attribuais a la classique surcharge pondérale de fin d’année. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre l’air ravi de me voir tandis qu’ils s’asseyaient sur les chaises qu’ils avaient pris avec eux.

« Susan, Brian… » Leur dis-je en guise de salutation.

Je ne reçus qu’un vague regard de la part de Susan. Brian resta à fixer ses dossiers de son air sérieux et inquisiteur. Ce type était d’une intelligence remarquable, et pourtant il ne comprenait toujours pas que ce genre de mise en scène était inutile avec moi.

« Le deal du jour c’est 4 mois » lança Brian soudainement en me fixant dans ma cage de verre.
– Les conditions seront les suivantes…» ajouta Susan.
– Voyons Susan, pas de formalité : je connais le deal, ça me va. Par contre Brian il va falloir être plus précis. Je ne négocie pas le dossier sans le connaitre… »

Brian calcula rapidement sa marge de manœuvre. Je pouvais presque voir dans ses yeux les données du problème défilé tandis qu’il se concentrait.

« Typologie ? » demandais-je
– Crime en série
– Taille du périmètre ?
– Le comté de Kimble au Texas
– Nombre actuel de victimes connues?
– 7 »

Terriblement tendu, Brian lançait sèchement ses réponses comme pour s’en débarrasser.

« Nombre de victime potentiel ? »

Cette fois sa devenait sérieux : ce genre d’info pouvait lancer la négociation sur des bases pas vraiment en la faveur de mes deux petits agents.

« 19… »

Ca sa voulait dire en réalité au moins 25 en réalité. L’enchère venait de grimper en flèche…

« Profil ?
– Nous soupçonnons classiquement un homme solitaire qui…
– Brian : profil des victimes voyons ».

Susan regarda son collègue un bref instant. Un échange subreptice, qui ne manqua pas d’attiser ma curiosité. Brian daigna répondre

« Jeunes garçons … »

Et ce filou voulait m’en donner seulement 4 mois !

« Jeune comment ? Brian je ne vais pas vous apprendre ce que ces informations ont d’important ?
– 6 à 8 ans »

Là je sentis dans la réponse de l’agent Hugh une fureur sourde qu’il tentait tant bien que mal de réfréné. Il était évident que 4 mois ne me suffiraient pas pour un tel cas.

« Mode opératoire ?
– Kidnapping dans un lieu public, séquestration pour une période estimé de 4 à 6 jours, mise à mort, puis le corps est abandonnée de façon a pouvoir être retrouver par les familles.
– Aucune signature je suppose ?
– Les victimes sont étranglés, à part ça pas de trace de violence physique ou sexuelle, pas d’empreinte, de trace ADN.. »

La liste de ce que les enquêteurs n’avaient pas était longue comme le bras. Je ne m’y intéressais donc pas. Susan attendit que son partenaire finisse de m’exposer les faits, puis elle se leva et plaqua une photo contre la vitre.

Il s’agissait de la photo d’une scène de crime : une vue d’ensemble de la victime. Le corps était en position quasi fœtal, au pied d’un arbre affleurant le bord d’un sentier de randonnée. Visiblement pas de message laissé à proximité, aucun dessin sur l’arbre ou bien de mise en scène spécifique sur les vêtements du garçon.

Ce genre d’éléments était toujours très intéressant à observer. Lorsqu’il s’agit d’un crime sophistiqué comme celui-ci, le tueur a toujours tendance a employé une mise en scène, soit pour se singulariser, soit plus simplement pour maintenir un rituel dont le sens dépend du passif de l’assassin.

Dans le cas présent… c’était du travail d’amateur. Incroyable que ce genre de détail ait échappé à Brian et Susan : j’en fût presque déçut !

« 6 mois » annonçais-je
– Et puis quoi encore ! » Répondit Brian en haussant le ton
– Très bien, dans ce cas reprenez votre dossier et faite vous-même la recherche… ah mais peut-être n’avez-vous pas le temps ? Voyons voir… une fois le cas signalé vous avez dut mener votre enquête pendant… hum je dirais 72h avant de vous décider à faire appel à moi. Oh mais dites-moi : nous sommes quasiment a expiration du délai ? »
– N’ironisez pas ! » Réclama Susan
– Dans ce cas ne soyez pas avare : 6 mois ça n’est pas beaucoup plus que ce que vous proposiez… »

Brian et Susan quittèrent ma cellule sans un mot ou un regard pour moi. Je fus libéré de la zone de sûreté et put retourner à mes occupations en les attendant. Il était clair qu’ils allaient revenir : deux agents profiler d’élite comme eux ne s’amusaient pas a sollicité quelqu’un comme moi sans que ça ne soit pour une bonne raison. Je savais que le temps leur faisait défaut, et je savais aussi que mon offre n’était pas un problème d’un point de vue pratique. Ils ne voulaient simplement pas me laisser ce genre de marge de manœuvre : qui sait ce que je pourrais demander la prochaine fois ?

Sur ce point mes deux amis du FBI n’avaient pas du tout tort. Cela aurait été ridicule de m’accorder immédiatement ce que je voulais. Non, il fallait me rappeler que j’étais un sursitaire, un mort en puissance et que ma survie ne tenait qu’a ce que j’étais en mesure de leur fournir.

Le deal était simple : réussir l’affaire et faire arrêter le tueur reculait l’échéance de mon exécution de la durée définit au départ, mais en cas d’échec, ce même temps en était déduit.

Je ne cherchais nullement dans cette activité une échappatoire a l’inévitable (tout du moins cela n’était pas la raison principale). Il était plutôt question de faire halte à la concurrence et aux amateurs.

Et oui, je ne suis pas dans l’Antre simplement parce que j’ai traversé hors des passages cloutés…

Et pour vous répondre, oui, je suis un de ses individus estampillé du sobriquet de tueur en série. Mes motifs ? Mon mode opératoire ? Quoi vous voulez tout gâcher maintenant ? Allons soyez patient : le meilleur est à venir.

Je sens que ça vous frustre, alors je vais vous raconter quelques trucs important à comprendre : le sentiment que vous éprouvez lors d’une mise à mort est bien moins grisant que ce qu’on vous vend à la télé. La pulsion thanatos et tout le délire de pulsion sexuel qu’on rajoute par-dessus pour pouvoir aguicher le spectateur avec de la bonne psychanalyse de comptoirs, c’est du vent.

Les tueurs ne sont pas des monstres, ce ne sont pas des anomalies du système ou bien des fous qui ne peuvent pas être comparé aux être humain. La vérité est beaucoup plus simple et effrayante : ce sont simplement des gens qui ont arrêté de porter le masque faux et insipide qu’on leur a fait porter toute leur vie.

Est-ce que tuer est une bonne chose ? bien sûr que non. Surtout si vous êtes du mauvais côté du couteau. Mais alors dans ce cas, tout ceux qui cataloguent les tueurs ainsi, tous ceux qui considèrent que tuer est une anomalie, mais qui dans le même temps réclame la tête des violeurs d’enfant, ils sont quoi eux ? Anormaux en devenir ?

La première erreur de tous les analystes de série télé, c’est de traiter leurs cibles comme des créatures inhumaines et bestiales. Oh je ne dis pas que parfois ça n’est pas vrai, mais comprenez bien que tuer n’est pas simplement le fait d’entendre une voix dans votre tête, ou avoir été battu étant enfant, ou violé dans un coin sombre… non parfois c’est beaucoup plus simple que ça.

Tuer quelqu’un c’est choisir comment va tourner l’univers. Toute personne est porteuse d’un potentiel, et la tuer revient à tailler les branches d’un arbre. Tout le monde dit « si je pouvais aller dans le passer j’irai tuer Hitler » : et bien si vous faites ça vous balayerez sans doute l’ensemble des gens que vous connaissez. Mais en définitive, ce sont d’autres gens qui arriveront, peut-être plus méritant que ceux qui sont là actuellement.

Vous commencez à comprendre le vertige auquel nous avons à faire ?

Bien entendu tuer n’est pas un acte gratuit car il implique une victime. Et c’est justement là qu’on distingue le fou de l’être humain. Un véritable fou, débile mental ou victime d’hallucination, celui-là n’est qu’une machine organique au programme défaillant dont la violence extrême n’est qu’un symptôme, pas une fin en soi. Un tueur lui, je vous l’ai dit, il a forcément un motif, une raison et donc un choix.

Ne réfléchissez pas en terme de victime, cela n’a aucun intérêt : demandez-vous seulement si le monde ne serait pas meilleure sans ces gens qui vont ont fait du mal. Demandez-vous si ça ne serait pas incroyablement plus paisible de vivre en sachant que vous ne recroiserez JAMAIS cette personne qui vous a brisé le cœur ?

Ça vous angoisse hein de flirter si prêt de la ligne ? De vous êtres dit « hum… c’est vrai que… » avant de soudainement vous reprendre ? Si ce n’est pas le cas c’est que vous êtes fondamentalement une personne terriblement malsaine !

Bien sûr que le sort des victimes est terrible ! et c’est pour cela qu’un tueur digne de ce nom, s’il ne veut pas être un simple malade qui se défoule sur plus faible que lui, doit agir avec lucidité et réflexion.

Maintenant que cela est dit,  je vais pouvoir vous en révéler un peu plus sur moi : j’étais un homme ordinaire, transparent, portant le masque médiocre que j’avais lâchement accepter de porter. Une femme, des enfants, une petite maison en banlieue, un gros chien, une belle voiture, des amis, un barbecue 6 feux pour organiser des banquets le 4 juillet, j’avais tout ça.

Tout ça et une rage qui ne voulait pas dire son nom. J’avais sans cesse des angoisse la nuit qui me tiraient du sommeil, sans comprendre pourquoi.

Et puis j’ai eu le déclic. Aussi simplement que ça : clac !

Je suis ce qu’on appelle dans le milieu un « chasseur de trophée » un genre particulier d’assassin qui tue pour agrandir son palmarès. Sauf que moi je ne m’intéresse ni aux enfants, ni aux pom-pom girls, et encore moins aux minorités ethniques.

Moi ce que j’aime c’est me placer au-dessus de la chaîne alimentaire, devenir le prédateur suprême. Parce que voyez-vous ma cible favorite, c’était les autres assassins…

Vous l’imaginez maintenant le slogan ? Vous voyez le topo ? La signature ? Le leitmotiv ? C’est ça qui me fait bouillir le sang : me mettre dans la ligne de mire d’un confrère et le prendre à son propre jeu.

Vous semblez rassuré parce que mes cibles sont des tueurs ? Ce n’est pas un choix éthique de ma part. Enfin pas tout à fait : disons que j’essaye de rendre la partie intéressante. Le plaisir du meurtre dont je vous parlais plus haut, c’est un duel d’esprit, un sport de chasse extrême. Mais celui qui tue une biche à plus de 400m avec un fusil de précision, celui-là n’a de chasseur que le nom. Il n’affronte rien, et surtout il ne se confronte pas à ça cible.

Le meurtre est une victoire que vous devez lire dans les yeux de celui ou celle que vous terrassez. Parce que celui qui décide de tuer, celui qui à franchit la ligne et qui prend des vies pour son plaisir, alors lui seul peut comprendre ce que vous faites. Je me dis que c’est d’autant plus cruel, car il comprend tout le plaisir et toute la jubilation que vous en retirez. Mais en même temps, il joue à ce jeu, et est conscient que nous sommes tous des victimes en puissances.

Alors : satisfait ? oh non pitié, ne me parlez pas de Dexter : pour une fois qu’une série partait avec un bon postulat il a fallut qu’elle soit « adoucie » en faisant du personnage principale un malade mentale qui essaye de se contenir… stupide ! mais bon que voulez-vous : les gentils doivent gagner pas vrai ?

Heureusement en vrai ça n’est pas le cas.

Comme je le pensais Susan et Brian reviennent me voir. Ils disent qu’ils ont réfléchi à ma requête et qu’ils sont d’accord pour me donner 6 mois au lieu des 4 prévus. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour me faire croire qu’ils ont obtenu cette faveur de haute lutte, et que je devrais leur être reconnaissant. Ils veulent me faire croire que j’ai de la chance, que arrangement que nous avons est si étrange qu’il ne devrait pas exister.

Mais la réalité c’est qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont fait un pacte avec le Diable.

Je n’abuse pas de la situation, et accepte le deal. Ils déposent un contrat sur mon lit que je n’aurais plus qu’a signé. En mon fort intérieur je suis persuadé que ces papiers ne valent rien. Je suis un condamné à mort qu’on maintient une détention dans une prison secrète pour exploiter ses compétences : vous savez depuis combien de temps je n’ai pas vu d’avocat ?

Mais ce n’est pas grave : je joue leur jeu, je leur donne ce sentiment de contrôle dont ils ont besoin. Je les laisses me mettre la bride sur le cou et donner la cadence. De toute façon ce n’est pas ce qui m’intéresse.

Susan me refait voir les photos de la scène de crime, et je lui désigne un des clichés.

« Rien ne vous choque ? » lui dis-je « rien qui vous titille ? »

Mes gentils agents du FBI ne le voient pas, et pourtant c’est sous leur nez. C’est une évidence qui énorme qu’elle leur échappe. Leur genre de chose qu’un individu comme moi ne peut pas louper…

« Bon ça suffit ! » s’énerve Brian « où vous voulez en venir à la fin ? »
– Regardez les chaussures de la victime…
– Et ben quoi ? Il y’a de la terre dessus, rien d’extraordinaire vu où on l’a trouvé non ?
– Brian… ce sont des traces fraiches. En plus sur les autres clichés on trouve des empreintes de pied similaire… Alors Brian ? Rien qui ne vous vient à l’esprit ? Susan ? »

L’évidence est en train de les atteindre

« L’enfoiré ! » jura Brian « Il tue ses victimes au dernier moment ! C’est pour ça qu’il se faufile dans les zones qu’on contrôle !
– Votre type est plutôt malin : en gardant les enfants vivant il peut ainsi circuler plus tranquillement qui si il cachait un cadavre dans son coffre. Il circule à pied, parce que vous ne contrôlerez jamais un homme qui marche avec un enfant qui lui tient la main.
– Mais comment les gardes t’il calme ? » demanda Susan « même sous la menace d’une arme des enfants si jeunes donneraient forcément des signes ?
– Sauf que vos victimes ne savent pas qu’il est leur agresseur : ce type se fait passer pour un héros. Il prétend les libérer puis les ramène chez eux. Il veut qu’ils se sentent sauver et reconnaissant envers lui
– Mais pourquoi ça ?
– Parce que lorsque soudainement il les tues ils sont déboussolé et l’horreur n’en est que plus intense. Il joue tout simplement à l’ascenseur émotionnel.. D’une façon très perverse je vous l’accorde.
– Comment vous pouvez deviner ça ? » demanda Brian toujours aussi suspicieux
– De la même façon que je sais que vous avez eu une aventure avec Susan l’an passé : en observant. Bon sang Brian regardez-vous même ! Je n’ai fait que survolé du regard les rapports et j’arrive y trouver plus de sens que vous qui avez dû les lires cent fois ! »

Je sens qu’en disant cela j’ai un peu poussé le bouchon trop loin. Brian cogne contre la vitre de ma zone de sûreté et m’adresse un regard assassin.

« Ecoutez-moi bien sale tordu : j’en ai marre de votre façon de nous tourner en bourrique. Vous allez nous dire ce dont on a besoin pour arrêter ce malade, sinon je vous jure que c’est moi même qui ligoterai sur la chaise avant de vous y faire griller ! »

Pour que Brian en arrive à la pulsion homicide, c’est que j’ai dû sacrément le titiller. Je m’en veux. Sincèrement. Brian est un homme que j’admire. Je le trouve naïf sur certain point, mais c’est quelqu’un de droit. Pourtant je ne sais pas pourquoi mais je résiste rarement à l’envie de le mettre en boite. Sans doute la solitude de cet endroit…

Je tourne mon regard vers le sol, afin de faire passer à Brian le message comme quoi je me sens mal (même si c’est faux) afin qui sentent à nouveau qu’il à l’ascendant sur moi et qu’il se calme.

« Votre homme place les corps sans mise en scène parce que c’est le meurtre lui-même la scène. C’est un exhibitionniste du crime, son désir secret est d’être pris en flagrant délit. C’est pour ça qu’il prend autant de risque, mais c’est aussi pour ça qu’il a besoin de maintenir ses victimes confiantes. En agissant de la sorte il espère qu’on l’arrête. Si vous le trouver dans cette situation, il faudra l’abattre sans hésiter car il ne relâchera jamais sa victime.
– Est ce qu’on se servir de ça pour le piéger ? » demanda Susan
– Ce n’est pas sans risque pour la victime mais effectivement : concentrer votre zone de surveillance sur un petit périmètre et il se jettera au beau milieu. C’est le paradoxe de votre assassin : il a besoin de se mettre en danger. »

C’est maintenant que ce joue l’acte final. Susan et Brian reprennent le dossier, quittent ma cellule et repartent à la chasse. Avec mes indications, ils vont pouvoir trouver leur homme, et le dénouement sera fatal pour lui.

Mais ce que mes deux gentils enquêteurs ne savent pas, c’est que grâce à eux mon tableau de chasse augmentera. L’homme qu’ils cherchent est effectivement un assassin exhibitionniste qui jubile à l’idée d’être vu en train de commettre un crime, mais ce que je ne leur ai pas dit, c’est que c’est un lâche pathologique qui a peur de la mort. Il tue des enfants car il a bien trop peur des autres adultes mais a besoin de leur regard. Celui qui fait cela a besoin de l’adrénaline dû à l’excitation du moment pour agir. Une fois son crime commis, il fuit et vie dans le déni de sa perversion. Jamais il n’offrira de résistance aux forces de l’ordre… mais ça je n’ai pas besoin qu’ils le sachent. Au contraire : je veux qu’il y’ait confrontation, et je veux que cet individu soit tué. Parce que c’est ainsi que même coupé du monde je parviens à frapper mes cibles : je pousse les criminels à bout, en tirant de la bonne façon sur la laisse des agents du FBI.

Repensez maintenant aux slogans, repensez au marketing… avouez que c’est plutôt bien trouvé ça : un assassin qui commet ces crimes par agent du FBI interposé en ciblant d’autres assassins.

Quel que soit le temps qui me reste à jouer ce jeu, la partie sera palpitante. Et si un jour on découvrait le pot-au-rose, alors je ferai en sorte de devenir ma propre victime, dans un ultime élan de folie meurtrière. Un auto assassinat pour la beauté du geste, pour grappiller un point de plus et pour avoir une fin digne de ce que j’ai voulu être. Je provoquerai Brian, en lui faisant comprendre que je l’ai manipulé pour qu’il tue pour moi, je lui dirais qu’il n’a été qu’un pion. Peut-être impliquerai je aussi Susan… toujours est-il qu’une fois à bout je suis persuadé qu’il sortira son arme pour me coller deux balles dans la tête. je finirai catalogué dans les archives d’une morgue, une étiquette enroulé sur le gros oreille avec pour code la signalétique le code de la police pour les meurtres

MDK 187

 

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