journal de bord – épisode 32 : Emeutes

(ce texte est inspiré par la chanson « Emeutes » de Passi)

Emeutes

Ouais, okey…

C’est rien, c’est rien…

Je dois pas perdre de temps. Il faut que je presse le pas. Courir ? Ça serait p’tetre mieux comme ça.

Dans la rue l’humeur est sale : du bruit des bris des flammes. La ville est en proie à la folie.

La nuit est dégagé, et par la lune éclairé. Les dieux veulent voir le monde s’effondrer, ils ont placé le décor et maintenant ils regardent. Les gens courent, hurlent, les tarés frappent, cassent et sèment le chaos.

C’est rien, c’est rien…

Premier obstacle devant moi, une bande à monter une barricade. Ils ont placé des voitures en travers de la route, ils ont entassé ce qu’ils pouvaient pour faire barrage.

Désolé les gars mais ce soir, ce genre de connerie je les dégage !

Ils sont surpris de me voir, parce que je vais vers le chaos plutôt que de fuir,  parce que contrairement aux autres je ne dois pas avoir l’air de craindre le pire. Non, moi je fonce et j’accélère le pas, comme un bélier humain supersonique, comme une balle de fusil, un truc de chasse à l’éléphant. Je crois qu’ils ne se rendent pas compte de qui je suis parce qu’ils avancent droit sur moi. Y’en a un qui a une petite lame, un autre qui se fait craquer les doigts.

Désolé les gars mais ce soir y’a pas de pitié. 

J’accélère encore plus le pas. Mon souffle est court, mes muscles chauds. Je sens le Yang prendre le dessus en moi. L’air froid de la nuit affute mes sens. Lorsque je porte le premier coup je suis comme au ralentit. Je sens en détail l’os de la mâchoire de ce type qui se brise lorsque mon poing le frappe. Je sens toute l’énergie qui transite du sol à mes genoux, de mes genoux à mes hanches, de mes hanches à mes épaules, de mes épaules à mon poing, de mon poing à sa tête.

Le coup est si fort que sa nuque a du mal à supporter l’effort et manque de se briser. J’y suis peut être allé un fort…

C’est rien, c’est rien…

Je continue dans mon élan, je n’ai pas marqué l’arrêt un seul instant. J’attrape le second par le col et me jette en avant sur lui. Il perd l’équilibre sous mon poids et il chute lourdement sur le dos. Je cale mes genoux sur ses omoplates : lorsqu’on touche le sol ils se brisent comme des brindilles.

Je profite de ma position pour rouler en avant et me remettre debout. Je n’ai pratiquement pas perdu de vitesse. Le troisième est inquiet. Il veut s’enfuir mais je ne lui en laisse pas le temps. Je donne une impulsion et le cueille au menton d’un coup de genoux.

J’ai juste le temps de le voir basculer tandis qu’une giclé de sang s’envole à côté de moi. Je ne tourne pas la tête, je ne regarde pas. Je n’ai pas un instant pour ça.

La barricade me barre le passage, je n’ai pas le temps de la contourner : c’est la prochaine sur ma liste. Mon corps devient très chaud, je continue d’accélérer. Je me penche en avant, les bras en bouclier, je sens à peine l’impact que le métal éclate. Les vitres des voitures claquent comme lors d’un accident, l’acier se plie et les pneus éclatent dans un bruit terrifiant. 

Je ne me retourne pas pour voir la scène. Je n’ai pas un instant pour ça, il faut que je me dépêche. Derrière moi j’entends un lourd fracas : ça doit être l’une des voitures qui vient enfin de toucher le sol.

Je m’avance de plus en plus dans cet enfer. Les rues et les voitures enflammées, des gens devenus fous qui pillent. En temps normal ça m’aurait interpellé, je serais allé les voir, j’aurais fait quelques choses. Mais ce soir je n’ai pas un instant pour ça. Dans ma tête il y’a plus urgent, je mets tout le reste en second plan.

C’est rien, c’est rien…

Ils savent sans doute que je suis là, dans les rues. D’habitudes ils me craignent, mais ce soir c’est différents : la rage les rends fort, ils déraisonnent et ne craignent plus personne. Okey les gars : on va la jouer comme ça. Mais pour l’instant j’ai autre chose à faire, alors barrez-vous de ma route.

Je ne sais plus depuis combien de temps je cours. Je vois un groupe de gamins qui jouent les caïds en s’en prenant aux gens qui fuient. M’en prendre à eux ça serait lâche, mais s’ils ont la mauvaise idée de vouloir me stopper…

Mon allure de sprinter les inquiètes visiblement. Ils ne voient pas mes yeux, mais ils sentent surement que je ne suis pas là pour rigoler. L’un d’eux essaye vaguement de s’interposer et de me bousculer, mais je suis un boulet de démolition humain lancé à pleine vitesse, et lorsque je le percute il recule de 5 bons mètres sous le choc. J’entends quelqu’un qui hurle, il doit être salement amoché.

Désolé mais pour les secours il faudra patienter.

J’arrive à l’angle d’une immense avenue, éclairée de ci de là par des voitures qui flambent. Du verre brisé des traces de sang. L’émeute se répand comme un virus et pourrit les artères de la ville. En temps normal ça m’inquiéterait et j’essayerai de faire quelque chose, mais là pas la peine d’y compter, ce soir c’est toute seule que la ville devra se débrouiller.

Je continue de courir, je croise de moins en moins de gens. De temps en temps je vois une silhouette au sol qui baigne dans son sang.

C’est rien, c’est rien…

J’entends le bruit d’une voiture, qui dérape. Elle s’engage sur l’avenue et très vite me rattrape. Ils ont dû appeler des renforts, ils veulent vraiment me voir mort. Mais désolé les gars une voiture c’est pas assez : appelez l’armé si vous voulez une petite chance de m’arrêter !

J’augmente la cadence et ils ne réalisent pas que je les tiens à distance juste avec ma paire de Puma. L’un d’eux sort par la fenêtre avec une arme, tire, fusille, fait du vacarme. Dommage pour lui les balles me fuient, ils devraient en faire autant mais malheureusement je les sens persévérant.

Je me décale et ralentit la cadence brusquement, je leur arrive sur le côté et je charge en hurlant. Ils n’ont pas le temps de comprendre que la voiture se renverse. Elle glisse 10 mètre et percute un poteau qui s’affaisse. Je ne veux pas savoir s’ils sont vivants, je ne peux pas m’arrêter, non pas maintenant.

Je regarde le ciel, la Lune est pleine. Est-ce que c’est elle qui les rend fous ? Et c’est qu’elle sait ce qu’elle fait de nous ? Partout c’est le même décor : le feu, la mort.

J’essaye de me convaincre que tout va bien. Que j’ai le contrôle et la situation bien en main. Mais je pense à Elle et je panique. Je presse encore le pas de ma foulé mécanique.

Dans le ciel maintenant des hélicoptères survolent le champ de bataille. C’est la police, ou l’armé peut être. Ils lancent des messages de propagandes qui ciblent à foule, mais elle y est insensible et la violence redouble. 

Sur mon chemin je croise beaucoup de gamin, des p’tits cons de 15 ou 16 ans : ils sont les méchants d’un James bond filmé en direct par les chaines de télé, mais ce coup-ci pas de 007 pour les arrêter. 

Vous la vouliez votre crise sociale ? Vous vouliez qu’elle explose votre ville ? Et bien messieurs c’est fait : vous allez récolter en une soirée que ce que votre haine à fait germer. Fini les plans et les slogans, fini le temps ou vous vendiez du vent aux enfants maintenant ils sont grands et ils vont planter les dents dans le flanc ardent de votre ville de brigands.

Ce sont maintenant les Champions du Désordre, ils vont semer la panique et vous passer au bout d’une corde. Ils n’ont finalement plus rien à perdre, libéré de la logique basique que vous vouliez instaurer. Maintenant ils ont des flingues et envie de faire tout sauter ! Ils vont déraciner vos valeurs américaines et leurs foutres le feu sur la première chaîne.

Je cours toujours, c’est plus très loin. 10 ou 12 blocs si j’m’oriente bien. C’est un peu plus calme mais je me méfie : ce soir avec l’émeute rien ne se justifie. Un vitre explose sur le côté, je tourne la tête : je dois avancer…

C’est rien, c’est rien…

L’air devient lourd, comme chargé de souffre. C’est l’odeur des pneus brulés et des voitures incendiées. La foule a compris que les règles n’existent plus. Certains sortent les armes et n’hésitent plus. Ça se braque, sa se bat, ça se tue. Moi je traverse l’enfer sans m’arrêter : rien de plus. Je tourne la tête pour ne pas voir, mais ce que mes yeux évitent mon cœur l’entend. Des cris, des pleurs, des hurlements. Je voudrais chasser cette folie pour que sa stop net, mais pour l’instant désolé j’ai pas le temps il ne faut pas que je m’arrête.

Ça et là je vois le Bien et le Mal qui s’affrontent. Mais la lutte est inégale, pas doute ce soir c’est pour le Mal. Il tient la ville et pousse son cri de triomphe, comme un cri de Willem au fur et à mesure que l’émeute s’étend. 

Comment le monde peut se relever après ça ? Comment tous ses enfants qui cours prêt de leur parent vont pouvoir dormir en ayant vu ça ?

Hey ! Stop : continue de courir et magne toi !

La ville veut du sang, elle réclame la violence. Elle renonce à tout ce qui pouvait nous protéger, elle sort les dents pour nous manger.

Appeler la police est inutile : votre citoyenneté ne peut rien faire pour vous protéger. Parce que ce soir le peuple opprimé va faire entendre sa voix. Il va briser ses chaines et lutter contre tous les diktats. Ce soir les sous classes poussent un coup de gueule parce qu’ils en ont assez. Ils ne veulent plus de votre ordre soit disant parfait.

Je ne veux pas leur donner raison, je ne veux pas encourager ce qu’ils font, mais dans un sens ils n’ont pas tort : parce que c’est soit frapper soit être mort. On dit qu’il y’a trop de haine qui coule dans leur veines, mais qui leur à implanter ? Qui sont ceux qui les font saigner ?

Je réfléchis trop, je perds le fil, je dois rester lucide et aux aguets. Dans un coin de rue je vois un gamin qui fait le guet. S’il me signal ça sera pire, mais je ne vais quand même pas l’occire. J’essaye de lui faire peur en passant, histoire qu’il croit que j’suis un méchant. A sa hauteur je frappe le mur qui s’éclate comme si mon poing était Excalibur. Message compris il est figé, traumatisé pour la soirée.

Ça me fait mal de devoir faire ça, mais prendre des risques ça ne se fait pas. Je garde la cadence, faut continuer.

C’est rien, c’est rien…

La tension est oppressante, palpable et mesurable. Même dans les gangs c’est l’anarchie : les cadets se battent pour ne plus être les plus petit. Fini le respect sa défie les gradés, ça prend les armes direction la banque pour la faire sauter. Et pour ceux qui n’en ont pas le courage, il reste la boulangerie d’à côté.

Tout est une cible, la prédation est maximale, on mange ou en est mangé, c’est devenue aussi primale. Bon sang mais qu’est ce qui s’est passé ? Comment tout ça à put arriver ?

Maintenant que la haine cours dans les rues sans laisse, ceux qui n’ont pas fui se découvrent une fureur vengeresse. On règle ses comptes avec le voisin, on tabasse sa femme sans peur du lendemain, et on se dit « c’est rien, c’est rien… ça va pas bien loin ».

Au loin y’a des sirènes et dans le ciel plus d’hélicoptère mais des bombardiers. De toute évidence le maire c’est sauvé et à appeler l’armée. Parfait : j’aurais moins de scrupule à leur rentrer dedans si je dois les croiser. 

Le chemin me semble interminable, j’ai beau courir à la vitesse d’une voiture c’est comme si cette ville était interminable.

Je pense à Elle à nouveau. Est ce qu’Elle a peur ? Est ce qu’Elle va bien ? Est ce qu’Elle s’est caché comme je lui avais demandé ? Je me rappel de sa voix effrayée au téléphone quand je l’ai appelée. Ça bouillonne en moi et ça me rend fou. Combien sommes-nous dans cette ville à courir vers quelqu’un ? Est ce qu’on va tous retrouver les nôtres demains ?

Au détour d’une rue, une bande de gamin surgit et se met à jeter des pavés. Désolé les gars, mais c’est vous qui l’avez cherché…

Je tends le bras sans même les fixer. Ils sont surpris de voir les bouts de pierre s’arrêter, et ils hurlent de frayeur quand ils se jettent juste à leur pied. J’ai pas eu le coeur de les viser : demain je voudrais encore pouvoir me fixer sans me juger.

Un peu plus haut une ambulance traverse le carrefour poursuivit par deux voitures. Faut dire qu’il y’en a des blessés à ramasser. Je ne tiens plus compte de ceux que j’ai croisés couvert d’hématome, et des moins chanceux qui seront à jamais des fantômes. 

J’entends encore au loin les hélicoptères de la télé. Si si : ça se reconnait. 

J’imagine les gens devant leur poste, serrant contre eux leurs êtres chers, priant pour que ça n’arrive jamais jusqu’à chez eux. Désolé les gars mais c’est en train d’arriver : l’émeute est à deux pas si vous daignez vraiment regarder. 

Le Diable jubile devant tant d’offrandes, de sang de haine et de fureur. Autour l’armée est là pour juguler, laisser la ville brûler juste ce qu’il faut pour calmer les enrager, et puis demain tout reconstruire et recommencé, comme si ça n’était jamais arrivé.

Est-ce que c’est que je ferais demain ? Est-ce que je serai naïf à ce point ? Qu’est-ce que je me dis depuis tout à l’heure ?

C’est rien, c’est rien ?

Enfin je vois la rue, et malheureusement ici c’est comme ailleurs. Le feu, les cendres et la fureur. Cette fois c’est tout une foule qui vient vers moi. Désolé les gars mais c’est pas ici que ça s’arrêtera pour moi.

Toujours sans m’arrêter, j’attrape une des voitures carbonisée qui gît au pied de l’immeuble et la brandit au-dessus de moi en hurlant. Je fais un tour sur moi-même pour prendre de l’élan et je jette la carcasse de métal dans leur direction. Par chance mon tir est mal cadré et leur passe un peu au-dessus. Mais l’effet est le même, et ils se mettent tous à fuir après être passé si prêt de la mort.

La rue est vide maintenant, c’est la fin de ma course. Je la vois enfin qui sort de l’immeuble, enroulé dans son épais manteau gris clair. Je termine mon sprint comme si ma vie et dépendait et la serre dans mes bras.

Mon cœur bat à cent à l’heure. Je la serre contre moi comme si elle était en train de tomber. Elle tremble de peur, son petit visage blotti sur mon épaule et tourné vers moi. Pour le moment Elle ne peut pas parler. De sa fenêtre Elle à dut voir des horreurs qui la font cauchemarder.

Autour de nous le bruit des explosions résonne comme l’ultime cri de guerre du Diable. Mais le bruit sourds des balles ne me dérange plus, pas plus que le bruit des chars qui se déploient pour étouffer l’émeute. Tant que je la serre dans mes bras, tant que je sens son souffle contre mon cou, tant que son cœur bat prêt du mien, ce monde peut bien brûler.

Je prends sa main et embrasse sa joue. Elle n’a plus peur maintenant que je suis là. Elle sait que je donnerais ma vie pour Elle.

Je passe doucement ma main dans ses cheveux, et pour la rassurer lui dit :

« C’est rien, c’est rien… »

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2 réflexions au sujet de « journal de bord – épisode 32 : Emeutes »

  1. Hello !
    J’ai eu une petite absence, mais je vais tâcher de rattraper le retard.
    Pas mal ce texte, un peu convenu/classique mais il y a du rythme. Par contre, vraiment trop de fautes, dommage, il faut que je me réhabitue :)
    A+ !

  2. Salut mon didi !

    J’ai fait ce texte d’une traite pour coller avec l’idée principale aussi c’est évidement un peu convenu :)

    Et puis bon les fautes bah… c’est moi :D

    Merci de passer encore et encore mon didi ! (et à l’occaz passe carrement à la maison : j’ai un truc pour toi…)

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