Journal de bord – Episode 4 : Le coup du sombrero Malgache #DéfiBradbury

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Le coup du sombrero Malgache

L’air chaud provenant du Mojave avait commencé à remonter le Strip tandis que l’après-midi débutait. Ce moment de torpeur dans une ville qui ne dort jamais, était ce qui pouvait le plus ressembler à une accalmie. Car à Las Vegas, ce n’était pas la nuit qui apportait le calme, mais l’écrasante chaleur qui ne pouvait se supporter qu’à coup de climatiseur.

Alexander était habitué à ce climat, comme tous les gens du coin qui travaillaient et vivaient ici. Lorsqu’il était adolescent, le Strip et ses casinos étaient son terrain de jeu, et en grandissant, ils l’étaient restés… mais d’une autre manière.

Il coupa le moteur puis rehaussa le siège de la voiture pour y être plus à l’aise tandis que le vendeur lui sortait son baratin.

« Monsieur vous pouvez être sûr qu’une telle affaire ne se voit pas tous les j…
– La balade m’a convaincu : je la prends. Faite les papiers » dit-il avec calme.

En moins de 15 minutes, l’affaire était signée, et le vendeur lui donna les clés et les papiers de la GT Shelby qu’il venait de payer cash 40 000 dollars. Bien sûr c’était un caprice, mais après avoir passé plusieurs mois en cavale, Alexander Bluesummers était bien décidé à se la couler douce autant qu’il le pouvait.

Et puis pour ce qu’il comptait faire, il valait mieux qu’il ait une bonne voiture…

Le rendez-vous avec Eddy avait été fixé à 5 blocs de là, dans un café latino nommé « le Madrigal », le genre de petite enseigne soit disant typique mais où toute la nourriture était préparée d’avance par une petite entreprise de surgelé du sud de Palo Alto.

Assit sur un rebord de fenêtre, Eddy attendait un cigarillo éteint au bout des lèvres. Il avait essayé un nombre incalculable de fois d’arrêter de fumer, puis avait décidé que quitte à être accro, il le serait avec des produits haut de gamme. Depuis il ne fumait plus que des cigares d’importation cubain qu’il obtenait dieu sait comment et à quel prix, ou bien d’élégants cigarillos au puissant parfum de vanille. Lorsqu’il vit Alexander, il attrapa le briquet à essence qu’il gardait dans sa poche et dans un geste expert le fit claquer et s’enflammer pour finalement allumer l’objet de son addiction.

Les deux hommes s’avancèrent l’un vers l’autre, sans un mot, puis restèrent un bref moment à se fixer. Les yeux bleus profond couleur cobalt d’Alexander dégageait comme toujours ce sentiment de puissance et de maîtrise qui avait toujours impressionné Eddy. Il esquissa un sourire tout en tirant une petite bouffé de son cigarillo, puis se mit à rire de bon cœur et à donner d’amicales tapes sur l’épaule d’Alexander.

« Ha ha ! C’est bon de t’voir Alex » commença Eddy « je savais que ces connards pourraient pas de tenir éloigné du Strip bien longtemps
– Ils sont trop prévisible »
– Ecoutez-moi ça… Alexandre le Grand de retour sur ses terres prêt à en découdre ! »

Eddy donna une dernière accolade à son ami puis reprit sur un ton plus sérieux.

« Avec tout ça j’ai pas pu te dire… je suis désolé pour Parker. Ce qui est arrivé c’est…
-Je te remercie Eddy. Je sais que tu as fait ce qu’il fallait en mon absence. Je payerai ma dette
-Hey : pas de ça entre vieux frère, Parker c’était aussi mon amie »

Le cigarillo était à peine entamé mais Eddy le laissa tomber à terre puis le foula du pied pour l’éteindre. Alexander le fixa de ce regard qu’il prenait quand il avait un reproche à faire.

« Quoi ? Tu vas pas m’emmerder pour un mégo ?
– Il y’a des cendriers à l’entrée du restaurant. C’est fait pour ça
– Ah bordel j’étais content d’te voir mais heureusement que tu me rappelles à quel point tu peux être chiant parfois ! »

Cette fois ce fût Alexander qui lui adressa un petit sourire amusé.

***

« Alors Alex : C’est quoi la suite ? »

Cette question était on ne peut plus pertinente étant donnée la situation. Alexander était grillé dans le milieu, et revenir aussi ouvertement a Vegas ne pouvait signifier qu’une chose : il avait un plan pour revenir dans la partie.

« Dans deux semaine, le plus grand événement sportif de tous les temps va avoir lieu ici, à Las Vegas… » expliqua-t-il à son ami
– Tu veux dire le Superbowl ?
– Tout juste : j’ai mis sur point un plan qui va exploiter cette situation et nous offrir à tous exactement ce que nous souhaitons.
– Ah ouais ? jusque-là c’est du Alexandre le Grand tout craché… mais quand tu dis « nous »… c’est qui « nous » ?
– Le cœur de l’équipe c’est toi et moi. Je n’ai confiance en personne d’autre pour me seconder
– Tu sais que ça pourrait presque être de la flatterie ?
– Ça ne l’est pas. Je ne fais pas ce genre de chose
– Oui je sais… et tu n’utilises jamais la forme interrogative non plus, chacun ses défauts pas vrai ? »

La remarque fit mouche et arracha un sourire à Alexander.

« La plan en gros c’est quoi ?
– Nous allons commettre un vol.
– Un vol ? Alex ça fait tellement de temps que ça que tu es parti ? Tout ce qui a un tant soit peu de valeur ici est dans le coffre de… Oh merde ! T’es pas en train de me dire que ta cible c’est Emerson Palmer ?
– Je n’ai rien dit…
– T’as rien dit mais t’as cette petite étincelle dans le regard qui me fait comprendre que j’ai raison et que ton plan c’est juste une putain de vendetta avec comme trophée la tête d’Emerson ! J’ai pas raison ?
– Tu as raison.
– Mais alors du coup ton équipe ça a intérêt à être un genre de putain d’armée de spécialiste en tout genre parce que sinon ton retour à la maison va tourner court mon grand !
– Non, ce n’est pas une armée : j’ai besoin d’un groupe facilement contrôlable avec le moins de variable possible. Nous serons cinq, ce qui est largement suffisant étant donné ma stratégie.
– Bah voyons ! On va braquer le coffre d’Emerson Palmer, le chef de la sécurité d’un des plus grands hôtels casino de tout le Strip, et en plus pour que ça soit vraiment fun, on va le faire avec seulement cinq gars ! »

Eddy avait levé la voix sans s’en rendre compte. Lorsqu’il remarqua que la serveuse qui apportait leur commande le dévisageait, il reprit son calme, s’excusa de s’être emporté et tendit un billet de 10 dollars à la jeune fille en guise de pourboire. Alexander fit de même mais avec un billet de 100 dollars.

« Faut toujours que t’en rajoutes ? » demanda Eddy de manière rhétorique.

La serveuse remercia Alexander et essaya d’entamer la conversation. L’élégance d’Alexander, son regard bleu cobalt et les traits de son visage, à la fois matures mais fins, n’avaient pas manqué de la séduire. Mais Alexander resta silencieux, n’adressant même pas un regard à la jeune femme qui s’en alla dépiter. Eddy fût surpris d’une telle froideur de la part de son ami.

« Et ben joli cœur : depuis quand tu joues les bad boy ?
– Je suis là pour parler affaire avec toi, pas pour flirter
– bah voyons… »

Eddy redevint plus sérieux

« Ça serait pas manquer de respect à Parker d’accepter un sourire tu sais. Je pense même qu’elle serait plutôt contente de…
– Ne commences pas… s’il te plait… »

Depuis presque 25 ans qu’ils étaient amis, Eddy n’avait jamais entendu Alexander parler avec autant de tristesse dans la voix. Après un petit instant de flottement entre les deux amis, Alexander repris l’explication de son projet.

« Les deux équipes en lice pour le titre seront logées dans deux hôtels différents, et il se trouve que les tenants du titre seront au Magna Palacio et qu’ils auront avec eux notre cible : le trophée Vince Lombardi »

Eddy manqua de recracher son verre

« T’es sérieux ? Tu veux voler le trophée de la NFL ? Alex bordel c’est un sacrilège ! Dans ce pays le football c’est sérieux !
– Je sais
– « je sais… » bon Dieu ce que t’es chiant quand t’es comme ça ! Mais merde qui est le taré qui peut vouloir… ah d’accord : je parie que c’est l’Oncle Bender qui t’as suivi dans ton délire ? »

La question d’Eddy était une fois de plus, plus rhétorique qu’autre chose, aussi Alexander n’y répondit que d’un hochement de tête.

« Donc ça veut dire que tout ce pognon que tu balances depuis tout à l’heure c’est le sien ? Le verre que je bois c’est lui qui le paye ? »

Nouveau hochement de tête.

« Alex… tu réalises que là on traite avec un taré de première ? Il est pas juste excentrique il est… mauvais ! Même selon nos critères
– Il est peut être « mauvais » mais il est loyal en affaire. Il ne déroge jamais à sa parole et nous avons toujours pu compter sur lui.
– Et rappel moi à quel prix ?
– En l’occurrence ce prix en vaux largement la peine.
– Pffff… Faut vraiment que je t’aimes comme un frère pour me laisser embarquer ! »

Alexander esquissa un sourire en coin. Eddy avait beau être râleur, c’était son meilleur ami et comme il le disait lui-même : un frère.

***

Une heure après leur retrouvaille au Madrigal, Alexander et Eddy étaient en route pour établir les derniers préparatifs de leur coup, et cette route avait pour escale la suite royale de l’Excelsior, un des plus anciens et prestigieux hôtel casino de Vegas. Eloigné du tumulte du Strip, c’était un point de repli parfait pour quiconque voulait rester dans le coin sans pour autant se mêler au brouhaha du quotidien. La haute tour en forme d’aiguille semblait percer le cœur du ciel lorsqu’on fixait son sommet depuis son pied, donnant l’impression d’un titanesque dard défiant les cieux.

L’endroit était parfait pour un truand tel que l’Oncle Bender.

Eddy était très nerveux et ne manquait pas de le faire savoir à son complice tandis qu’ils prenaient l’ascenseur panoramique. Toujours stoïque, Alexander le laissa s’exprimer sans l’interrompre préférant qu’il vide un peu de pression avant l’entretient qui allait avoir avec l’Oncle Bender.

Le parcours de ce dernier était une véritable aventure en soi, digne d’un film. Arrivé de Russie à la fin des années 80, après l’explosion du bloc de l’Est. Il avait trouvé a Las Vegas une reconversion inattendue pour un ex agent des renseignements et c’est notamment sa parfaite maîtrise de l’art de la manipulation qui lui valut une place de choix dans l’équipe de Vitaly Kirotnikof, le patron du Little Odessa de l’époque. Rapidement, il devint le numéro 2 et ce jusqu’à la mort de Vitaly ce qui le propulsa parrain de l’organisation. Influencé par le cinéma et notamment « le Parrain », ou Scarface, il tenait absolument à avoir un surnom. Il choisit de se faire appeler « Bender » pensant à tort que cela voulait dire « le tordu ». Personne n’osa jamais lui traduire exactement ce que cela signifiait…

L’Oncle Bender travaillait « à la russe » comme il aimait à le dire : ses affaires étaient menées comme des parties d’échec (jeu auquel il excellait) avec réflexion, mais aussi audace. Et de l’audace il n’en manquait pas. C’était l’une des rares personnes à Vegas à se moquer tout autant de la toute puissante commission des jeux que des corporations ayant soumis la ville a coup de millions de dollars.

Après avoir subi une fouille en règle de la part des gorilles de la sécurité qui se tenaient devant l’entrée de sa suite, Eddy et Alexander furent accueillit par des éclats de voix. L’Oncle Bender, revolver en main pointait la tête d’un jeune homme a l’allure de petite frappe qui tremblait de peur, les mains levé en signe de soumission.

« Enfoiré ! Tu crois que c’est comme ça que je gère mon business ?
– Je… je suis désolé m’sieur Bender… c’est Tom qui devait…
– Gna gnagna… « C’est Tom qui devait… » J’EN AI RIEN A FOUTRE DE TOM ! »

Les accès de colère de L’Oncle Bender étaient légendaires. Et parfois suffisamment étranges pour qu’on doute de sa santé mentale. Eddy en bon joueur qu’il était savait que c’était un bluff du russe pour rappeler à tous qu’il fallait se méfier de lui.

Et que c’était un excellent conseil.

« Tu va me ramener ce pognon fissa compris ? Parce que tu sais très bien que si tu ne le fais pas, je vais me lancer dans une vendetta contre ton petit cul qui se finira par une chasse à l’homme à l’arbalète en plein milieu du désert !
– Oui m’sieur ! Je vous payerai tout d’ici la fin de la semaine ! Je vous le promet ! »

Bender baissa son arme et donna une petite gifle au truand pour le faire détaler. Il ne faisait AUCUN doute que le jeune criminel qui venait de recevoir cet avertissement allait se donner corps et âme pour rembourser sa dette, quel qu’en fût le montant. Car lorsque l’Oncle Bender parlait de chasse à l’homme dans le désert, et bien que ça ne fusse que des rumeurs, il y’avait un fond de vérité à tout ça qui motiverait même le plus insouciant des truands. Sans dire un mot, il quitta l’endroit sans demander son reste.

Toujours en colère, l’Oncle Bender s’alluma un cigare colossale qu’il sorti d’un beau coffret en bois précieux. Il tira une longue bouffé qu’il fit s’envoler doucement au-dessus de sa tête : c’était comme un exercice de respiration qui lui permettait de retrouver son calme.

Apaisé, le bouillonnant russe adressa un chaleureux sourire à Eddy et Alexander avant de littéralement leur tomber dans les bras.

Toujours son arme à la main…

« Alexander ! Eddy ! Mes amis : comme je suis heureux de vous revoir ! Ha ha ! »

Bender ponctuait souvent ses phrases de ce petit rire saccadé. Mais ce rire avait surtout le don de mettre Eddy mal à l’aise. Alexander lui restait comme a son habitude parfaitement stoïque et maître de lui-même.

« Alex : regarde-toi ! Toujours aussi classe hein ? ha ha ! J’adore ton costume : c’est italien ? Non attends laisse-moi deviner… ha ha ! Bon d’accord je donne ma langue au chat !
– C’est français
– Ha ha ! Bah oui forcément, que je suis bête… vu que t’étais planqué à Paris ! »

Eddy se mordilla les lèvres nerveusement : personne à part lui n’était censé savoir où Alexander s’était réfugié. De toute évidence l’Oncle Bender voulait faire passer un message…

Ce dernier rouvrit sa boite à cigare et en sorti un vitole qu’il tendit à Eddy.

« Mon petit Eddy, tu vas me goûter cette merveille ! C’est une petite douceur qui me vient directement de cuba : un Partagas double robusto édition limité ! »

Eddy ne résista pas à la tentation et prit le vitole en main avec une extrême délicatesse. Il le passa sous son nez pour en sentir les arômes et caressa sa cape du bout des doigts. Elle était soyeuse, tout juste craquante. Le module était souple juste comme il faut, signe d’une conservation parfaite à 70% d’humidité.

« Note d’épice… » commença à commenter Eddy avec expertise « la saveur doit surement être bien ronde en bouche… je sens aussi du cuir… très bien harmonisé avec le reste en tout cas. Le Divin doit être magnifique… Et bien mon Oncle voilà une trouvaille forte intéressante »

L’Oncle Bender n’avait pas la même érudition qu’Eddy en matière de cigare. Des termes comme « rond en bouche » ne lui évoquaient rien, et il ignorait que le Divin était le 2eme tiers d’un cigare, réputé comme étant la partie la plus riche en saveur. Mais il aimait faire comme s’il comprenait, et personne ne se serait amusé à lui faire de remarque. Il tenait plus que tout à son image d’esthète même s’il était bien incapable de ce genre de subtilité.

« Toi… toi tu sais ce qui est bon Eddy ! Ha ha ! »

Ce dernier tira de sa poche une pochette en cuir semi-rigide dans laquelle il rangea le cigare, expliquant à l’Oncle Bender que ça serait du gâchis de ne pas le garder pour une grande occasion. L’Oncle Bender haussa les épaules, continua de tirer de grande bouffé de son propre cigare puis, totalement apaisé et sincèrement content de revoir les deux comparses, remis son arme dans son holster de cuir sombre placé sous son bras gauche et à peine dissimulé par sa veste de costume. Alexander qui attentait son moment entra alors dans le vif du sujet.

« Nous allons pouvoir finaliser le plan maintenant que Eddy est de la partie mon Oncle
– Ha ha ! Formidable
– J’ai impérativement besoin que l’équipe soit prête.
– Mais elle l’est voyons mon grand ! ha ha ! Sweet.T est en route et Lily est déjà sur place pour le repérage
– Parfait. Il manque donc notre pickpocket
– Ha ha ! C’est marrant ça, parce qu’en fait figure toi que je l’ai juste ici ton roi de la fauche ! »

Alexander n’aimait pas le ton qu’avait employé l’Oncle Bender. Ce dernier fit un signe à un de ses sbires qui ouvrit la porte devant laquelle il semblait monter la garde à l’autre bout de la pièce. Dans l’embrasure de la porte on pouvait apercevoir, assise sur un grand lit à baldaquin paré de gros coussin blanc, une toute jeune fille d’à peine 16 ans. Eddy fût le premier à réagir.

« Euh mon Oncle ? » demanda Eddy « c’est une blague : vous allez pas mettre une gamine dans l’affaire ?
– Misty approche » demanda l’Oncle Bender sur un ton sévère qui refroidi aussitôt l’ambiance « Explique à ses messieurs ce que tu as fait à Tonton Bender… »

Misty portait une petite jupette noire, d’épais collants rayé noir et rouge et un tshirt des Rebels, l’équipe de foot de l’université du Nevada trop grand pour elle. C’était une petite brunette pas bien épaisse au visage savamment maquillé dans un style gothico punk, les doigts couvert de bagues en tout genre.

Qu’est-ce qu’une fille pareille venait faire la dedans ?

Elle se leva du lit et rentra dans la pièce à petit pas, faisant de lourd bruit a cause de ses énormes chaussures coqué qui lui remontait à mi mollet. Alexander remarqua que ses réflexes de survie étaient à leurs maximums : regard dans tous les sens, posture fermé et défensive, oreille dressé au moindre bruit menaçant…

« J’ai volé le portefeuille de monsieur Bender… » dit-elle d’une voix morne et en baissant le regard

Eddy dressa un sourcil tandis qu’Alexander refréna un sourire. Car si la jeune fille avait réellement accomplit ce qu’elle affirmait, c’était tout bonnement un exploit. L’Oncle Bender avait tout d’abord un imposant service de sécurité, et même lorsqu’il marchait dans les rues de Vegas, il n’était pas évident de s’approcher de lui. Et puis l’Ex agent des renseignements avait gardé des réflexes de son ancien métier ainsi qu’une sorte de sixième sens qui l’alertait de ce genre de manœuvre.

Sans attendre plus d’explication, Alexander valida la présence de Misty

« Excellent : mademoiselle vous êtes des nôtres »

Eddy lui agrippa le bras et le tira en arrière pour lui parler en aparté

« T’as vraiment perdu la tête ! On va pas prendre une gamine pour faire le coup
– Elle à réussi à dépouiller l’Oncle Bender : même toi tu n’y arriverai pas
– Mais moi j’ai presque quarante balais ! Elle, elle était même pas née au début de « Friends » !
– Si elle est douée son âge n’a pas d’importance
– Tu vas l’envoyer sans broncher dans les pattes d’Emerson ?
– Si je ne le fais pas l’Oncle Bender va lui faire bien pire… »

Eddy n’avait pas vu cet aspect des choses. Si Misty était là, c’était parce que l’Oncle Bender avait trouvé un moyen rentable de se faire justice. Mais si lui et Alexander refusaient de l’intégré à l’équipe, le virulent russe allait chercher une autre manière de se faire respecter… et Eddy ne voulait pas imaginer ce qu’un type comme lui pouvait faire à une gamine.

« Super ! » dit-il à haute voix « Misty : t’es recrutée avec les félicitations du jury !
– Il lui arrive quoi au vieux là ? » demanda la jeune fille à l’Oncle Bender
– ha ha ! Elle a du caractère hein !? »

Eddy n’apprécia pas le ton méprisant de la jeune fille, mais prit sur lui de ne pas envenimer plus la situation. Ils s’installèrent tous autour du grand bar en marbre blanc qui séparait en partie le salon et la terrasse. Alexander reprit la conduite des débats et expliqua à chacun ce qu’il attendait.

Misty écoutait à peine, rêvassant en fixant la vue splendide qui s’offrait depuis la grande baie vitrée.

« Jeune fille » intima Alexander « j’ai pour habitude de ne dire les choses qu’une seule fois »
– Ouais bah moi j’ai pour habitude de pas traîner avec des vieux beaux dans votre genre !
– Tu crois qu’elle parle de toi là ? » demanda Eddy, moqueur.
– En fait j’en ai rien à faire de vos menace… même vous là, le sale pervers de russkof ! »

Eddy réagit en un quart de seconde. Car si Misty poussait sa chance plus loin, la réaction de l’Oncle Bender pouvait être catastrophique. Il se jeta sur elle et lui expédia une gifle monumentale qui la fit basculer en arrière. Sans lui laisser le temps de réagir, il l’empoigna par ses longs cheveux noirs corbeau et s’adressa à elle sur un ton des plus menaçants

« Ecoutes moi bien la petite pute : moi et mon pote on est des mecs de la rue, tes petites piques de gamine on s’en tape… mais il y’a des gens ici à qui tu dois le respect COMPRIS !? »

Alexander avait bien entendu compris la manœuvre et de son ami et fit semblant de le raisonner.

« Calme-toi Eddy : je ne crois pas que l’Oncle Bender ait envie de te voir donner une correction à cette jeune fille. Il est suffisamment intelligent pour ne pas céder à la provocation.
– Ha ha sacrée Eddy ! T’en fais pas : je m’en fiche de ce qu’elle dit ! Je les aimes teigneuse ! »

Comme il faisait dos à Alexander et Bender, Eddy fit un signe de tête à la jeune fille. Le message était clair « fait profil bas, sinon ça va mal finir ». Terrorisée, Misty acquiesça tandis que Eddy relâchait son étreinte.

Agissant comme si de rien n’était, Alexander reprit son brefing dans les détails. Il avait déjà expliqué dans les grandes lignes son plan à Eddy et à l’Oncle Bender, mais cette fois il se montra exhaustif au possible, donnant autant détail que nécessaire. Maniant les mots avec précision, il expliqua comment il comptait s’emparer du trophée Lombardi, et surtout comment il comptait retourner cette affaire contre son ennemi. Il s’attarda sur le rôle de chacun, et des timings précis à la seconde qu’il avait calculé.

Une fois l’exposé fini, le russe se leva lentement de son tabouret de bar, et se mit à applaudir.

« Du pur génie ! » commenta-t-il « Ha ha : Alex tu es toujours le meilleur !
– J’avoue que ça à l’air tellement limpide quand tu le racontes qu’on dirait que c’est du tout cuit » ajouta Eddy
– Vous êtes drôlement malin… » ajouta Misty « … et plutôt beau gosse pour un vieux »

La flatterie laissa Alexander de marbre. Cependant, l’adhésion au plan de chaque participant était cruciale.

***

Une semaine plus tard, le jour J était en fin arrivé.

Lily Madison, dit « Tiger lily », arriva au Magna Palacio vers 10h pour prendre son service. Engagé comme hôtesse, elle avait pour principale mission de prendre en charge les clients fortunés et de s’assurer qu’ils disposaient de tout ce qu’il pouvait désirer. L’Oncle Bender avait joué de ses relations et de son argent pour lui créer tout un tas de fausses références provenant de luxueux casino de la côte méditerranéenne afin de rendre plus crédible son personnage et s’assurer qu’elle ait le job.

Ceci dit, même sans cela Lily ne manquait ni de charme ni d’intelligence pour parvenir à ses fins.

Bien qu’âge d’une trentaine d’année, elle savait se rendre bien plus attirante que les starlettes qui se prélassaient en bikini au bord de la piscine privé de l’établissement. Sachant souffler le chaud et le froid, elle savait que pour séduire un homme il fallait toujours le laisser sur le point d’obtenir ce qu’il voulait, sans jamais le laisser l’obtenir. Entretenir le désir était devenu chez elle une seconde nature, et lui résister relevait de l’exploit.

Lorsque Alexander l’avait contactée plusieurs semaine de cela, elle avait hésité à se lancer dans l’aventure. Mais cette fois c’était elle qui ne parvenait pas à lui résister. Son regard bleu cobalt, son assurance, et sa fidélité en amour comme en amitié avaient réussi à la séduire. C’était la pire chose qui pouvait arriver à une femme comme elle dont le métier d’arnaqueuse consistait justement à jouer sur ces sentiments pour parvenir à ses fins. Elle rationalisa la chose en se disant que même si Alexander la manipulait, il était le genre d’homme qui méritait qu’on tombe pour lui.

Elle repensa alors à Parker, la compagne d’Alexander qui avait été tué il y’a plusieurs mois de cela dans des circonstances tragiques. Et si le souvenir de Parker hantera à jamais le cœur d’Alexander, elle avait trop d’affection pour lui pour ne pas l’aider à se venger et ainsi soulager sa peine.

Lily remit les pieds sur terre lorsque le « ding » de l’ascenseur retentit. Elle entra dans l’élégante cabine tapissée d’un beau velours bleu roi sur lequel était cousu en motif blanc des fleurs de lys et passa son badge dans le lecteur. L’ascenseur démarra paisiblement son ascension en direction du 15eme étage où se trouvaient les dirigeants des New England Patriots, l’équipe championne de la saison précédente.

Le président du club, Jonathan Kraft, était un homme charmant qui avait mis les moyens pour que son staff soit traité avec tous les honneurs. Ainsi, le coach Belichick qui était à la tête de l’équipe depuis le début des années 2000, s’était vu offrir une suite pour lui et sa famille.

Et c’était là que se trouvait le trophée.

Dans le cadre de son travail d’hôtesse pour l’hôtel, Lily devait s’assurer que le coach soit comme un coq en pâte, ce qui lui offrait une excellente opportunité d’observer et d’informer le reste de l’équipe. Petit bonus, elle pouvait ainsi côtoyer la plupart des joueurs, et notamment son chouchou Tom Brady, meilleur joueur du superbowl et fantasme de nombre de fans.

Belichick était un client facile à satisfaire car il n’avait aucune exigence extravagante. Il tenait à se focaliser sur le match, et utilisait la suite comme un bureau de luxe pour se réunir avec les autres coach. Il s’était dans un premier temps montré méfiant à la présence de Lily, en permanence sur son dos, mais avait fini par se prendre d’affection pour la jeune femme qui avait sût prouver son efficacité et surtout sa discrétion.

Tandis qu’elle traversait le couloir en direction de la suite du coach, Lily regarda discrètement en direction des caméras de sécurité placées stratégiquement dans les couloirs. Elle savait que le directeur de la sécurité, Emerson Palmer, avait un œil sur elle : son dossier trop parfait, et les efforts qu’elle avait mis en œuvre pour être celle qui s’occuperait des Patriots avait certainement attiré son attention. Mais le temps ne lui laissait pas la marge suffisante pour endormir ses soupçons comme elle l’aurait fait dans une autre opération car il fallait frapper aujourd’hui.

En effet, durant l’après-midi allait être organisé dans le grand hall du Magna Palacio une exposition en l’honneur des champions dont le clou serait le trophée Lombardi. C’était là qu’Alexander avait prévu de frappé, et Lily devait s’assurer que les opérations suivrait leur cours normal.

Lily frappa à la porte et s’annonça. Quelque secondes plus tard, ce fût Stephen, le fils du coach et l’un de ses assistants qui ouvrit.

« Bonjour Lily : vous tombez à pic ! » dit-il en l’invitant à rentrer.

Réuni en cercle autour de la table basse du salon, le coach et son équipe était en train de parcourir le fameux cahier de jeu contenant toutes les tactiques des Patriots. C’était le genre de document qui n’avait pas de prix pour une équipe professionnelle.

Lily salua un part un chacun des membres du staff et termina par le coach en signe de respect. Ce dernier l’invita chaleureusement à prendre place avec eux.

« Nous sommes sur un cas litigieux : vous allez nous donner vote avis !
– Allons coach, ne vous moquez pas de moi » minauda Lily
– Regardez cette configuration : moi je soutien qu’il y’a un défaut de protection sur le running back, mais Allan me soutient le contraire ! »

Lily observa le schéma que lui tendit Bélichick

« Le coach à raison » répondit-elle doctement « Sur le papier votre stratégie est solide, mais regardez bien : si vous jouer cette combinaison dans les 20 derniers yards, votre course sera trop risqué face a des défenseurs comme Pollamalu ou Lewis. Au mieux cela marchera une fois, mais un bon quaterback ne s’y fera pas reprendre.
– Qu’est-ce que je disais ! » jubila Belichick

Le coach proposa à toute l’équipe de faire une petite pause-café le temps qu’il donne ses consignes à Lily pour la matinée. Cependant les nouvelles n’étaient pas très bonnes.

En effet, le coach n’avait plus très envie de faire cette exhibition. L’équipe était harassée par une saison très dure où chaque match avait pris beaucoup de force aux joueurs, et il souhaitait éviter le stress médiatique qui risquait de fragiliser les plus inexpérimentés devant la pression que représentait le superbowl. Lily acquiesça, se montra compréhensive, mais immédiatement se mit à réfléchir à une stratégie.

Si le coach annulait l’évènement, le trophée ne serait pas déplacé dans le grand hall, et toute la stratégie d’Alexander tombait à l’eau. C’était sa mission de parer a cette éventualité.

Elle entendit dans la micro-oreillette qu’elle portait la voix d’Alexander qui lui suggéra un angle d’attaque. Ce dernier, installé dans une des suites de l’hôtel avec Sweet.T, leur expert logistique, supervisait la situation.

« Lily : le coach est un homme d’honneur. Parle lui des fans et de la déception que ça leur procurerai »

Alexander avait étudié en détail le profil psychologique de ses cibles afin de mieux agir. Il savait qu’un coach dévoué depuis une quinzaine d’année à son équipe avait le respect des fans. Aucune équipe de la ligue ne pouvait résister aux 17 semaines qui menaient jusqu’au play-off sans le soutien du « 12eme homme ».

Lily prit le rebond de cette idée. Faisant la moue, elle afficha au coach un regard triste et déçu.

« Je vous comprends coach… c’est juste que… ça va être un coup dur pour les fans…
– Je sais bien ma petite Lily, mais on doit mettre toutes nos chances pour le match et…
– Je sais coach… pardonnez-moi. Vous savez, même si je suis de Pittsburg, j’ai toujours été fan des Patriots. Je dois même vous avez que… j’ai fait des pieds et des mains pour être celle qui s’occuperait de vous tous. J’ai la chance de vivre un vrai rêve et… j’imagine que tous ces gens seront aussi déçu que je l’aurai été si on m’avait refusé cette opportunité… »

Le coach resta pensif un instant.

« C’est juste que… ce trophée c’est aussi un peu celui des fans pas vrai coach ?
– … c’est vrai Lily. Sans les fans il n’y a pas d’équipe.

– Alors… même si ça donne du stress au joueur toute cette ferveur, est ce qu’on ne peut pas aussi ce dire que… ça pourra leur donner du courage ? Un peu de motivation ? »

Bélichick devait reconnaître que Lily avait raison : si le public pouvait mettre de la pression à l’équipe, il pouvait aussi lui transmettre une énergie qui faisait souvent la différence dans les moments les plus critiques. Il rassura la jeune femme et la remercia de l’avoir convaincu.

Après avoir pris ses consignes, Lily quitta la suite et se rendit au 7eme étage pour retrouver Alexander et le reste de la bande.

***

Sweet.T était en train de terminer d’installer un deuxième ordinateur portable sur le réseau de la chambre.

« Wake Up Néo » dit-il tout en allumant la machine

Eddy était sur la terrasse de la chambre, en train de fumer un de ses cigarillos au parfum de vanille, tout en fixant le Strip qui se déroulait au pied de l’établissement. Misty assise en tailleur sur le lit, était fixé sur son téléphone portable sans trop qu’on sache ce qu’elle faisait, un énorme casque audio planté sur ses oreilles.

« Je ne sais pas comment cette petite peu se prétendre joueuse » expliqua Sweet.T a Alexander qui ne lui prêtait aucune attention « c’est vrai quoi ! C’est pas parce que tu joues à Candy Crush que tu as quelque chose à voir avec un mec comme moi qui connait sur le bout des doigts les jeux vidéo ! »

Il jeta un coup d’œil dans la direction de la jeune fille qui sans quitter son écran du regard était en train de lui adresser un doigt d’honneur. Sweet.T pesta et répliqua d’un caricatural « C’est à moi que tu parles ? »

Alexander lui fit signe de se taire. Quelqu’un venait de frapper à la porte.

Il attendit un instant puis entendit de nouveau frapper. 2 coups longs, 3 coups courts… typiquement la façon de frapper de Lily.

Alexander lui ouvrit la porte et l’invita à rentrer en faisant son possible pour ne pas être vu des caméras. Lily s’installa sur le bord du lit sans prêter attention à Misty, et soupira.

« On eut chaud : Belichick était sur le point de tout annuler au dernier moment !
– C’est pour ça que tu es là » commenta Alexander sur un ton professoral qui lui allait comme un gant. « Tu es celle qui doit éliminer les variables de l’équation
– Et Punky Brewster » demanda Lily en désignant sa jeune complice de la tête  » c’est quoi déjà sa mission ?
– Tu m’as traité de quoi ? » s’énerva Misty qui était trop jeune pour avoir cette référence
– De rien ma choupette, de rien… »

Alexander n’aimait pas ça : Misty apportait trop de tension, et cela risquait à tout moment de leur nuire. La petite altercation avec L’Oncle Bender aurait dut l’alerté, mais l’urgence de la situation ne lui laissait pas le choix, et il allait devoir faire avec.

Il invita l’équipe à se rassembler pour une ultime mise au point.

« Bien : nous sommes tous ici pour des raisons différentes. Certains pour l’argent, d’autres pour des motifs plus personnel… mais nous avons tous le même ennemi. Emerson Palmer est le chef de la sécurité de cet hôtel casino. C’est un homme d’expérience qui connait toutes les ficelles de l’arnaque. S’en prendre à lui va impliquer que nous soyons vigilant, professionnels, mais surtout solidaire. Alors que ça soit clair : les engueulades, les sautes d’humeurs et les griefs en tout genre se régleront APRES le coup »

Tous se regardèrent pour finalement acquiescer d’un commun accord.

« Parfait ! » dit Alexander « notre timing va devoir être parfait…
– Synchronisation des montres ! » cria Sweet.T

Tous le regardèrent avec dépit tandis qu’Alexander se passa la main sur le visage.

« Sweety : j’ai promis d’assurer le coup sans faire d’histoire » dit Eddy « mais Dieu m’est témoin que lorsque ça sera fini je te ferai bouffer toutes tes références télévisuelles de geek jusqu’à ce que tu t’étouffes avec ! »

***

14h03

L’équipe venait de se déployer. Lily avait continué sa journée de son coté au service du coach Belichick tandis que les autres occupaient chacun un point stratégique. Le hall du Magna Palacio était en effervescence car les portes venait juste de s’ouvrir sur la section ou se trouvait l’exposition des champions.

Des dizaines d’objets étaient présenté au public : des T shirts signé, des grandes photos représentant les joueurs légendaire de l’équipe comme Mike Haynes, Bruce Armstrong ou encore John Hannah. Il y’avait aussi des médailles, des titres de MVP et surtout, le plus important : les trophées du superbowl.

Ces titres avaient une grande importance pour Bélichick, car c’était sous sa seule direction que l’équipe avait remporté tous les titres de son histoire. Ils étaient sa fierté et son héritage.

Mis en avant plus que les autres, le trophée de l’an passé trônait sur une large colonne. Il n’y avait pas de vitre autour, et une simple cordelette de velours rouge marquait la distance à respecter par le public.

16h17

Emerson Palmer, chef de la sécurité du Magna Palacio, avait tenu à superviser lui-même toute l’opération promotionnel. Il avait laissé des instructions pour que ses adjoints s’occupent du reste de l’établissement et pouvait ainsi se consacré pleinement à la protection des trophées des Patriots. Emerson n’avait aucune affection pour le football, mais c’était un homme qui respectait l’argent. Or ces objets valaient tous une fortune.

Il se mélangea à la foule et sillonna l’exposition, faisant le point avec le Pc sécurité par l’entremise de son oreillette le plus régulièrement possible. Emerson n’agissait pas par hasard : son but était clair et lorsqu’il aperçût Alexander, il sût qu’il toucha au but.

Immobile, les yeux fixé sur le trophée, Alexander ne remarqua pas son ennemi arrivé dans son dos.

« Salut Alex… » lui susurra t’il par-dessus son épaule « Je ne savais pas que tu étais de retour à Vegas ? »

Bien entendu, c’était un pur mensonge.

Alexander se retourna et ne dut qu’à son sang-froid de ne pas se ruer sur Emerson pour le tuer.

« Oh… regardez-moi toute cette rage dans ces grands yeux ! Toi tu es sur le point de faire une bêtise !
– La seule bêtise que j’ai commise c’est de t’avoir fait confiance à l’époque.
– Je t’arrête tout de suite mon beau : mettre Parker dans le coup c’est ça qui à tout fichu en l’air !
– Ne prononce pas son nom…
– Sinon quoi ? Tu vas me sauter dessus au beau milieu de cette foule ? Même toi tu n’es pas aussi stupide que ça voyons.

– Je ne le suis pas en effet. Pas pour l’instant. »

Soudainement et contre toute attente ce fut Emerson qui perdit son calme.

« Pauvre connard ! Tu te crois tellement plus malin que les autres ! Mais ton joli plan pour piquer le trophée il vient de tomber à l’eau ! »

Le regard d’Alexander s’assombrit

« Tu crois que j’ai pas repéré tout le manège de ta chère complice ? Son insistance pour s’occuper des Patriots ? Tu crois que ton vieux pote Eddy était pas sous surveillance depuis le temps ? »

Emerson défia Alexander du regard. Ce dernier crispa les poings.

« Oh oh… on dirait que tu vas craquer mon grand Alexandre ! T’en fait pas va : ton super plan était voué à l’échec depuis le début ! J’ai tout prévu pour une attaque comme celle dont tu as le secret ! Je connais toutes tes combines depuis 10 ans !
– Je dois m’incliner, tu as été le plus malin sur ce coup » reconnu Alexander

« Et comment que tu dois t’incliner… ceci dit je dois t’avouer que je suis presque déçu. C’était brillant comme idée. Mais me faire le coup du sombrero à moi, t’avais aucune chance… »

Alexander avait maintenant le regard baissé

« Faire déplacer la cible dans un endroit exposé pour mieux l’atteindre… une des plus vieille combine de la profession ! Mais moi vois-tu, j’ai résolu le problème : ton précieux trophée est installé sur une trappe que je commande à distance… »

Tout en s’expliquant, Emerson tira de sa poche ce qui semblait être une télécommande de voiture.

« Je n’ai qu’à presser le bouton et zou ! En un instant le trophée atterrit dans un panier souple fixé dans la conduite. Son poids casse les fixations du panier et le tout glisse comme sur un toboggan jusqu’à un de nos coffres sécurisé au sous-sol… Je contrôle tout à moi seul : personne à corrompre, aucun moyen d’intercepter ta cible : la défense parfaite ! »

Mais tandis qu’Emerson jubilait, Alexander lui attrapa la main d’un geste vif et pressa le bouton de la commande.

« Merci pour le tuyau espèce d’imbécile ! »

La trappe s’ouvrit immédiatement, et le public sidéré put voir le trophée disparaître en un éclair avant que la trappe ne se remette en place. De son côté Emerson se dégagea de l’étreinte d’Alexander à la fois hébété et furieux.

« Mais qu’est ce qui t’as pris espèce de débile ? T’as pas compris que c’était inutile ! »

Emerson appela le PC sécurité dans son oreillette et demanda qu’on lui confirme que le trophée soit bien arrivé. De son coté, Alexander restait immobile, guettant la moindre réaction de son adversaire.

« Monsieur ! » dit un des hommes de la sécurité dans l’oreillette « on a un problème avec le trophée !
– Comment ça un problème ? Il n’est arrivé dans le coffre ?
– Si… mais on sait pas c’est lequel !
– Comment ça lequel ?!
– Tu as de toute évidence un gros problème… » commenta Alexander avec un sourire carnassier.

14h35

Eddy avait du mal à conduire la pesante camionnette de livraison au couleur de la compagnie de transport Vanguard que l’Oncle Bender s’était procuré Dieu seul sait comment. Munie d’un faux bordereau de livraison, il fût autorisé à entrer dans le parking réservé aux livraisons spéciales de l’hôtel. On l’orienta vers un quai de chargement où il stationna et où une équipe arriva pour décharger.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda l’employé chargé du dépôt.
« Je crois que c’est pour la boutique cadeau » répondit Eddy « Moi de toute façon j’suis juste là pour livrer. Le reste, je m’en cogne…
– Sauf que moi j’ai aucun registre qui parle d’une livraison aujourd’hui… vous êtes sûr que c’est pour le Palacio ?
– Dites tout de suite que je sais pas lire : regardez mon bon de commande ! »

L’employé du dépôt décortiqua le document qui semblait parfaitement en règle. Il prit un instant de réflexion, mais préféra être prudent.

« Ecoutez mon vieux, c’est pas pour vous faire perdre du temps mais je préfère voir ça avec mon responsable et…
– Vous savez ce que chaque minute passées à attendre ici me coûte ?
– Je sais bien mais j’ai des ordres et… »

Une voix de femme l’interrompit dans sa phrase

« Attendez… oui c’est bien ça ! » dit-elle à l’intention du chef du dépôt qui l’accompagnait « c’est la commande de monsieur Palmer dont je vous parlais… il faut la rentrer au plus vite !
– Pas de problème mademoiselle, je vais bien vous trouver un box…
– Non non non ! Ça doit être mis en lieu sûr : on va tout mettre au coffre C5, celui qui est juste à côté ! Monsieur Palmer l’a fait vidé avant-hier exprès et il m’a laissé son badge ! » dit Lily en le sortant de la poche arrière de son pantalon pour le montrer à Joey.

Ce dernier haussa les épaules et ordonna à son équipe de procéder au déchargement.

« Et c’est quoi cette livraison au fait ? » demanda Joey curieux
« Des copies en édition limité du trophée qu’on vendra à la boutique cadeau : aussi vrai que le vrai ! » répondit Lily.

14h22

Emerson Palmer sortait tout juste d’un des restaurants de l’hôtel où il avait invité plusieurs des joueurs des Patriots à déjeuner. Ce coup de pub avait fait son effet, et lui avait permis d’oublier un moment la pression qui pesait sur ces épaules. Monsieur Césaro, le directeur du Magna Palacio, comptait beaucoup sur lui, et il se devait de ne pas le décevoir.

Il se dirigea vers son bureau d’où il voulait observer depuis les caméras de son bureau la foule qui s’agglutinait dans le hall pour assister à l’exposition. Traversant la salle principale, il coupa à travers les rangées de machines à sou pour atteindre les ascenseurs. C’est alors qu’il entendit quelqu’un l’interpeler dans son dos

« Monsieur ! Monsieur ! »

C’était une toute jeune fille, le visage timide caché sous de longues mèches de cheveux noirs. Elle trottinait péniblement sur de petit escarpin rouge en tendant quelque chose dans sa direction.

« Monsieur vous avez fait tomber votre portefeuille » lui dit-elle une fois à sa hauteur.

Surpris, Emerson se fit machinalement les poches. Il avait bien son badge d’accès, ses clés et la carte magnétique de sa chambre ainsi que la commande de sécurité pour le trophée, mais effectivement son portefeuille n’était plus là. Il le prit des petites mains de la jeune fille, puis l’ouvrit avec un air suspicieux.

C’était effectivement le sien.

Machinalement il vérifia si tout était là, et constatant qu’il ne manquait rien s’apprêta à sortir un billet en guise de récompense à la jeune fille. Il se ravisa et prit un jeton a une table voisine, non sans dire au croupier de le compter sur sa note (qu’il savait ne jamais payer) et le tendit a sa jeune bienfaitrice. Celle-ci refusa poliment, expliquant qu’étant mineur elle n’avait pas le droit de jouer, et que de toute façon elle l’avait fait par pur civisme avant de repartir comme elle était venue.

Emerson haussa les épaules et remercia simplement sa bonne étoile : tout le monde n’était pas aussi honnête de nos jours.

Un peu plus loin dans l’une des allées, Misty croisa Lily et lui remit le badge d’Emerson en un éclair avant de retourner vers la chambre tandis que sa complice filait vers les entrepôts…

Deux jours plus tôt

Sweet.T s’acharnait sur son ordinateur mais butait sans cesse sur le même problème qu’il finit par soumettre à Alexander.

« Je comprends pas cette histoire de trappe : ça n’est relié à aucun des faisceaux de détection… en fait je crois que : c’est un piège ! » dit-il en imitant l’amiral Ackbar.
– Si tu dis ça c’est que tu as une idée : détaille la moi
– En fait il y’a un signal radio qui part du PC sécurité et qui semble n’être orienté que sur le hall. Je me dis que la trappe est commandée de cette façon. Du coup avec un petit émetteur, on devrait pouvoir activer le mécanisme et…
– Non attend… de toute évidence il y’a quelque chose d’étrange. Tu as raison sur le fait que ça soit un leurre. Regarde ici » dit Alexander en désignant un des schémas du bâtiment qu’il s’était procuré grâce à l’Oncle Bender « la trappe est en fait un ancien accès au coffre. C’était utilisé pour faire circuler de l’argent depuis la caisse principale vers les dépôts du sous-sol. Par sécurité il y avait plusieurs coffres pour limiter de concentrer trop d’argent au même endroit. Avec le temps c’est devenu ingérable et les patrons de casino ont eu plus confiance dans les systèmes de sécurités.
– Mais c’est quoi le rapport ?
– Le souci c’est le format : le puis d’accès de la trappe est plus large sur le plan. Mon avis c’est que Emerson à tellement peur de se faire doubler par quelqu’un de son staff qu’il leur a fait croire que la commande du PC sécurité est celle qui active le trappe, mais qu’en fait c’est lui qui a la vraie commande.
– Je te suis plus là… » dit Sweet.T à court de référence cinématographique pour ponctuer ses phrases.
– Si c’est le PC sécurité qui tente d’ouvrir la trappe, c’est un autre mécanisme qui s’enclenche. Je pense que ça doit bloquer le trophée dans la conduite pour le mettre hors d’atteinte. Par contre, si c’est Emerson qui le fait, alors là c’est bien la conduite vers le coffre qui s’enclenche
– Donc il faut qu’on force Emerson à activer la trappe ? Facile non ?
– Non pas du tout : il y’aura des centaines de personne, ce qui fait qu’attaquer le trophée même pour simplement activer le piège risque d’envoyer l’un de nous en prison pour tentative de vol. Ca n’est pas acceptable.
– Et si on demandait à un gamin d’aller juste toucher le trophée ?
– Emerson n’est pas stupide, il comprendra que c’est une manœuvre et ne fera rien. Pire encore, le PC sécurité risque d’activé la fausse commande et le trophée restera bloqué dans la conduite.
– Bah vu qu’on a prévu de lui piquer son badge, pourquoi ne pas prendre directement la commande ?
– Sauf que nous ne savons pas exactement de quoi il s’agit. Emerson est un petit génie de l’électronique : il a pu se fabriquer ça à partir d’une simple télécommande de voiture, ou le dissimuler dans n’importe quel objet. Nous ne saurions pas quoi lui prendre.
– Mais alors on fait quoi ?
– On le frappe au cœur et on joue sur sa vanité. Il ne résistera pas à me toiser si je le provoque. J’irai ostensiblement dans la salle, et je le manipulerai pour qu’il me montre la commande.
– Il fera ça ? T’es sur de toi ?
– Il le fera parce qu’il a toujours voulu montrer qu’il était le plus fort. Il va vouloir me faire mal et me démontré qu’il à toutes les cartes en main. Il va d’abord me dire qu’il sait que nous sommes là et qu’il a compris que Lily est avec nous…
– Il risque pas de lui faire du mal ?
– Non, mais il essayera de me le faire croire. Ensuite il va me dire que le plan est voué à l’échec, et pour appuyer ses dires, il m’expliquera par le détail comment fonctionne son système de sécurité. C’est là que dans un ultime geste de défi il me mettra la commande sous le nez. Je n’aurai plus qu’à l’activer.
– Comme ça ? Dans sa main ?
– Ne t’en fais pas Sweet.T : c’est un risque calculé. J’ai toujours été plus rapide que lui…

***

Dans le coffre C5, Emerson bouillonnait de rage. Bien installé sur la table qui se trouvait au centre de la pièce, se trouvaient 32 trophées tous parfaitement identiques les uns aux autres, avec chacun une petite étiquette numéroté collé sur coté. Le panier en mousse souple qui avait récupérer le trophée dans le hall gisait sur le tapis amortisseur situé sous l’ouverture de la conduite par où il était tombé. Vide.

Le téléphone d’Emerson sonna. Le numéro était inconnu, mais il n’en avait pas besoin pour savoir que c’était Alexander qui l’appelait.

« Emerson, parmi tous les trophées qui sont sous tes yeux un seul est le vrai. La mauvaise nouvelle c’est que personne à part moi ne peut te dire lequel. Bien sûr tu te dis qu’un expert de chez Tiffany pourra l’authentifier… sauf que tu n’en aura pas le temps. Monsieur Césaro est déjà au courant de l’affaire, et il n’est pas content que tu te sois fait berné de la sorte… d’ailleurs il sera très surpris de découvrir que c’est ta carte qui a ouvert l’accès à ce coffre. Il sera aussi surpris de découvrir que la mafia russe à versé discrètement une coquette somme sur un de tes comptes aux îles Fidji. »

Emerson déglutit péniblement. Son front ruisselait de sueur et la nervosité l’empêchait de tenir en place. Il savait que l’équipe avait déjà quitté les lieux. Et si Alexander lui parlait au téléphone, c’est qu’il avait faussé compagnie aux deux agents de sécurité à qui il avait demandé de le surveiller.

« Quand tu devras expliquer aux Patriots que tu ne sais pas si tu pourras leur rendre leur trophée, ça risque d’être mauvais pour ton cas » Reprit la voix d’Alexander « Tu vas devenir persona non grata comme je l’ai été. Mais estime toi heureux car ta peine est douce en comparaison…

– Enfoiré tu m’as bien manipulé… C’est la gamine qui m’a piqué mon badge hein ?
– Tout juste
– Mais comment tu… Ha… bien sûr : tu me l’as remis dans la poche quand tu m’as empoigné pas vrai ?
– Là encore tu as bien compris
– Et je suppose aussi que tu as fait exprès de te faire voir partout en ville auprès de tes anciens potes ?

– De la même façon que je me suis laissé voir avec Lily par les caméras. Je voulais entrer dans ta tête et te laisser croire que tu maitrisais la situation pour mieux te mener ou je voulais.
– Je crois malheureusement que je n’aurais pas l’occasion de tirer parti de cette leçon pas vrai ?
– Effectivement, je doute fortement que Césaro te tolère encore en ville après ce que nous lui avons demandé pour savoir quel était le vrai trophée.
– Juste pour mon information, tu lui as fait cracher combien au vieux ? Aller, tu peux me le dire : la dernière volonté du condamné ! »

Alexander resta silencieux comme s’il hésitait, puis il répondit finalement :

« 5 000 810 dollars
– 08 10… 8 octobre : l’anniversaire de Parker… elle aurait adoré le clin d’œil
– Je n’ai jamais fait ce coup pour l’argent. Adieu Emerson
– Adieu Alex… »

Emerson raccrocha, jeta son téléphone au loin puis s’écroula contre le mur, comme un boxeur sonné à la fin d’un combat.

***

Face aux fontaines du Bellagio qui dansaient leur ballet merveilleux, l’équipe attendait la fin du coup de fil d’Alexander. Eddy fut le premier à parler

« C’est fini ce coup-ci ? Les gentils gagnent, le méchant va en prison ?
– Emerson va disparaître à jamais de Vegas. Quand à vous et bien… vous avez gagné de quoi voir venir comme on dit.
– Pourquoi tu ne veux pas une part enfin ?
– J’ai ma part : 810 dollars
– Et c’est tout ? On part chacun avec un million ? Même ce taré de Bender ?
– Comme ça la boucle est bouclé : Misty est sortie d’affaire, Emerson est puni… happy end pour tout le monde »

Lily s’approcha d’Alexander et l’enlaça affectueusement avant de l’embrasser sur la joue.

« Bonne chance mon p’tit cœur » lui dit elle « J’ai été super fière de toi »

A son tour, Misty s’approcha d’Alexander

« Je… je voulais vous remercier toi et Eddy de pas m’avoir laissé tomber… même si je m’étais comporté comme une sal…
– Ne dis rien » coupa Alexander « Tu as fait ta part, et je suis sincèrement heureux que ça ait put t’aider à t’en sortir. Alors maintenant soit prudente et si jamais tu as des ennuis, viens nous trouver : on sera toujours là pour toi
– Merci Alex »

Misty l’enlaça aussi à son tour avant de s’éloigner. Sweet.T fût le suivant. Il serra vigoureusement la main d’Alexander avant d’ajouter :

« Que la Force soit avec toi Alex : pour toujours !
– C’est « A jamais » la réplique exacte…
– Je sais… excuse-moi c’est l’émotion… »

Lorsque tous furent parti, seul Eddy resta assit à côté de son ami à observer le ballet aquatique de la fontaine.

« Mais au fait, ça s’appelle comment déjà le coup qu’on lui a fait ? Le coup du Paris-New York ?
– Non ça c’est celui avec un rabbin et deux colombes
– Le coup de la poule galloise ?
– Pour celui-là il faut qu’il neige je te rappel
– Ca peut pas être le coup de l’huissier andalou parce qu’il faut une veuve et clocher… J’aurais bien dit le coup des lycéennes d’Oxford pour la partie avec le portefeuille, mais normalement il faut que ça soit une aveugle non ?
– Eddy, s’il te plait, ne me fait pas tout le répertoire des classiques de l’arnaque sinon je sens qu’on y sera encore demain
– Mais alors c’était quoi comme coup ?
– En fait il avait presque raison : une variante du coup du sombrero…
– Ah j’y suis ! Le sombrero Malgache !
– Tout juste Eddy… tout juste… »

Les deux amis restèrent silencieux quelques instant, coincé entre le brouhaha des voitures derrière eux et la majesté des jeux d’eau qui dansait en face d’eux.

« J’attends un peu avant de te tomber dans les bras mon pote parce que j’ai un peu peur que Lily ne me voit et raconte ça partout
– Je comprends
– Tu vas me manquer
– Toi aussi Eddy. J’ai toujours une dette envers toi
– Alors garde là pour l’instant… comme ça je sais qu’un jour je te reverrai »

Les deux hommes s’enlacèrent un court instant avant de partir chacun de son côté.

Après plusieurs dizaine de mètres, Alexander arriva enfin à sa voiture. Il s’y assit et sorti une photo de sa poche.

Une photo de Parker.

« Et toi ? Tu as été fière de moi ? » demanda t’il en sanglotant.

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