Journal de bord – épisode 41 : la Chaîne du Chaos #DefiBradbury

La chaîne du chaos

C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.

A peine fut elle arrivé que je lui demandais de m’accorder quelques instants pour lui parler. Le doute me traversa. Elle était incroyablement belle dans cette robe bleue myosotis sans manche, assortie d’une ceinture à grosse boucle. C’était tout simple, mais élégant, parfaitement adapté… Oh mais à quoi je pense ?

Peut-être valait-il mieux ne rien dire ?

Elle me regardait avec un air étrange mêlant l’envie et la crainte, tirant en arrière une mèche de ses cheveux cendres derrière son oreille tandis qu’elle s’avançait. De ma main posée sur son épaule, je la ramenais contre moi avant de poser doucement mon front sur le sien. Nous étions si près l’un de l’autre que je pouvais sentir la chaleur de son visage irradier le mien. Mes lèvres s’approchèrent des siennes sans jamais les toucher, me laissant un frisson intense.

« attends… » dis-je « Je peux pas faire ça…
– Faire quoi ?
– Te mentir… te faire croire que… que je suis quelqu’un d’autre. T’es une nana super et tu mérites pas ça… »

Evidemment son regard changea. Ses pupilles dilatés signifiaient clairement sa surprise. Un peu de tristesse passa dans les contours de ses yeux, et sa lèvre inférieur se mit à trembloter.

« Mais de quoi tu parles ? tu me fais peur là !
– Je ne suis pas le patron de Lucas. Je t’ai dit ça parce que… Au début c’était un malentendu et j’avais peur qu’à cause de ça tu t’intéresses plus à moi. Je voulais juste te plaire et puis… au final c’est le contraire qui s’est produit.
– Comment ça ? »

Oui c’était dur à avouer.

« Au début c’était juste une attirance…
– Physique ?  » m’assénât-elle sans pitié mais avec raison
– Oui… je l’admets. Mais au final je me suis rendu compte à quel point j’avais été stupide, et à quel point c’était insultant pour toi. Et c’est pour ça que je te raconte tout ça, parce que si on était allé plus loin c’était un point de non-retour. »

Ses yeux dansaient de gauche à droite, comme reflétant les assauts des pensées qui devaient l’assaillir en cet instant. 

« Donc tu me dis que… tu m’as menti pour me mettre dans ton lit mais que finalement tu ne veux plus jouer à ça ?
– En quelque sorte
– Et tu voudrais que je te sois tellement reconnaissante te ta franchise que j’en oublie que tu m’as baladée en espérant me sauter ?
– Non. Je fais ça pour moi. Pour ne pas devenir ce genre de salaud.
– T’es conscient qu’en ce qui me concerne ça ne change pas grand-chose ?
– C’est un acte de foi. Je ne peux pas te demander ta confiance si je ne t’en donne pas des preuves de mon côté. »

Son visage s’illumina d’un sourire

« La foi… c’est un truc de petit garçon. Croire très fort en quelque chose… espérer que ses rêves se réalisent…
– Je dirais plutôt qu’au contraire c’est le truc le plus adulte que j’ai fait de ma vie. 
– Quoi ? me dire la vérité ?
– Non : assumer le mensonge »

On pourrait croire que tout mon discours n’était que du vent, que mon petit speech n’était qu’une habile manœuvre pour établir une situation favorable et éviter que ça soit elle qui démasque mon mensonge… mais il n’en était rien.

J’étais vraiment sincère, parce que vraiment amoureux, et en l’occurrence pas de mystère je pensais chaque mot qui sortaient de ma bouche. Fini de mentir, fini de croire qu’en se cachant on pouvait arriver à ses fins sans encombre. J’avais besoin d’un élan d’honnêteté pour me sentir bien.

Elle agrippa mes épaules et m’attira vers elle, puis en poussant légèrement sur la pointe de ses pieds s’avança un chouia pour déposer un fugace baiser sur mes lèvres.

« On s’arrêtera là pour l’instant » me dit elle « mais j’apprécie le geste ».

Puis elle quitta l’appartement, me laissant seul tandis que je savourais la paix de l’esprit que j’avais enfin retrouvé…

***

Finalement, je décrochais le téléphone.

« Bon sang mais c’est quoi cette histoire ? tu ne lui as toujours pas dit la vérité ?
– Salut Lucas… moi aussi je suis content d’étendre…
– Fais pas le plus malin ! » me dit-il « tu te rends compte de ce qui va se passer ?
– Et toi tu ne te dis pas que si je lui dis ça sera pire monsieur je sais tout ?

– Pire que quoi ? que de mentir sur qui tu es ? tu crois qu’elle fera qu’elle tête quand elle se rendra compte que tu n’es pas le grand patron ?
– Pour l’instant en tout cas…
– Pour l’instant… MAIS MERDE ! Tu ne te rends pas compte que tu vas tout foutre en l’air ! tu l’aimes ça crève les yeux, mais t’assumes pas et non seulement tu vas te planter mais tu vas aussi lui faire du mal ! tu trouves ça normal ? »

Lucas avait raison. Ça me faisait mal de l’admettre, mais une fois encore il avait raison. J’avais le béguin pour elle. Ce qui était au départ un jeu de séduction avait fini par se retourner contre moi. C’était dur à admettre pour le célibataire endurci que j’étais devenu, mais elle me faisait vibrer comme jamais auparavant. Elle était belle à en crever mais au fil du temps, j’avais réalisé qu’au-delà de ça, c’était une personne incroyable, le genre de personne qu’on a envie d’aimer plus que soit même, et avec qui on ne se sent jamais en compétition. Elle était brillante, intelligente, largement plus que moi, mais je m’en foutais. Je pouvais l’écouter des heures me parler de livre, de film ou de faits de société, sans me sentir en confrontation si mes idées divergeaient. Est-ce que ça venait de sa naturelle bienveillance ou de sa façon habile de mener la conversation, toujours est-il qu’en sa présence je me sentais bien.

« Okey Lucas… mais au point où j’en suis quoi que je fasse je lui ferai du mal. Maintenant ou plus tard. Pour l’instant ça ne ferait qu’envenimer les choses de tout lui dire.
– Parce que plus tard ça ira mieux ? t’es con ou quoi ma parole ! plus vous aller vous rapprocher l’un de l’autre, plus ça lui fera mal. Ton problème c’est que tu n’assumes pas en fait… tu t’en fiches à ce point de ce que ça va lui faire ? »

Je me défaussais. En contrant Lucas c’était moi même que je contrais. A travers lui c’est moi que je voulais convaincre, mais je savais qu’en réalité c’était déjà fichu.

« Non je ne m’en fiche pas… et c’est toi qui a raison. Faut que je trouve le bon moment pour…
– ça n’existe pas les bons moments pour ce genre de chose » coupa Lucas comprenant qu’une fois de plus je prenais la fuite. « C’est quand la prochaine fois que tu la vois ?
– Ce week end : je l’ai invité à diner à la maison.
– Alors n’attends pas : dès qu’elle arrive tu vides ton sac et tu serres les dents lorsqu’elle t’en foutra une. 
– Tu crois vraiment que c’est le mieux à faire ?
– C’est pas une histoire de mieux mec ! c’est une histoire de bien. Je te dis pas ça que pour elle : toi aussi tu sais que ça te fera du bien d’être un peu plus franc et d’arrêter de te cacher derrière tes histoires !
– Mes histoires ? j’y suis pour rien si elle a cru que…
– Tu l’es parce que t’as rien fait pour lever le quiproquo. Je te préviens : tu vas encore salement morfler si tu continues ! je t’aurai prévenu ! »

Lucas raccrocha soudainement. 

Le téléphone encore à l’oreille, je lâchais un soupir : maintenant j’étais prévenu, et pas que par ma mauvaise conscience. Je ne pouvais plus me dire que c’était dans ma tête, car maintenant quelqu’un me mettait le nez dans mes conneries. Mon seul choix ce n’était pas de décidé entre risquer notre relation maintenant ou plus tard, c’était de choisir entre une relation et une arnaque.

L’appel de Lucas était la dernière chance que j’avais pour faire le bon choix. Est-ce que je voulais être ce genre de salaud qui pour son intérêt manipule les autres ? Est-ce que j’allais arrêter de me leurrer ?

C’était déjà le soir, et la question tournait encore dans ma tête. Elle allait arriver, et tout allait changer quoi qu’il arrive : soit mon attitude, soit la façon dont je me regarderai désormais.

Elle sonna à l’interphone, et tandis qu’elle montait les étages, je me dévisageai dans le petit miroir de l’entrée. 

Elle ne méritait pas ça…

Je ne méritais pas ça…

C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.  

***

Qu’ils aillent se faire foutre !

Seul dans l’appart, je me servi un verre de whisky comme si j’étais un publicitaire de série télé. A peine avalé d’une traite que je m’en réservais un deuxième.

Le téléphone sonna de nouveau.

« JE T’EMMERDES ! » lui hurlais je dessus « FOU MOI LA PAIX ! »

Bravo : très mature comme attitude.

J’étais fatigué, énervé et l’entretient avec Phil n’avait rien arrangé. Comme si ma vie n’était pas déjà assez compliquée…

Je scrutais l’appartement en me demandant si j’allais réussir à donner le change. Par chance, c’était un ancien loft d’artiste dont j’avais pu avoir la location avec les meubles pour une bouché de pain grâce à un client. Rien de tel pour impressionner les filles.

Mentalement, je me repassais le fil de tout ce que j’avais déjà pu lui raconter afin de m’assurer que je ne commenterai pas d’impair. Heureusement comme tout bon menteur, je prenais toujours soin de ne pas trop mettre de détail dans mes histoires (sauf si je pouvais les rattacher à de vrai élément ce qui fait qu’il était ainsi facile de s’en souvenir convenablement). 

Mon voyage en chine ? basé sur un documentaire. De toute façon j’étais censé y aller pour le boulot, donc je n’aurais qu’à dire que je n’avais pas trop le temps de folâtrer. Mon divorce ? là c’est plus facile : y’a tellement de divorcé autour de moi que je peux trouver toute la matière à un bon récit.

Le champagne était au frigo, le lit fait avec des draps propres, capotes dans la table de chevet, lumière d’ambiance réglé sur un style tamisé… ok : tout était bon.

Le téléphone sonna de nouveau. Encore Lucas.

« JE T’AI DIS DE ME LÂCHER PUTAIN !» hurlais-je en direction du salon.

Je savais très bien pourquoi Lucas voulait m’appeler. Cet après-midi après ma réunion avec Phil, il m’était tombé dessus pour savoir comment ça c’était passé. Il avait eu des doutes, et à tous les coups il en avait touché deux mots à l’intéressée. Et s’il m’appelait c’était pour me faire la morale.

Lucas c’était un peu mon jiminy Cricket à moi. Une saloperie de bonne conscience qui essaye de vous faire faire les bons choix alors même que c’est ça qui va vous pourrir la vie. Il vivait selon ses principes sans se rendre compte que tout le monde n’avait pas son sens moral. Bref un emmerdeur adorable mais vraiment gonflant à la longue.

Et encore la sonnerie du téléphone.

« JE VAIS ME FÂCHER ! »

Ce coup-ci c’était un SMS…

Fais pas le mort sinon c’est elle que j’appelle…
L

Tu parles d’une bonne conscience !

Le téléphone sonna encore.

Je connaissais Lucas depuis longtemps, et il n’était pas du genre à proférer des menaces en l’air. Dans un soupir je pris le téléphone dans ma main, dévisageant la photo de Lucas souriant qui s’affichait sous l’indicateur d’appel, et me mit à lui parler :

« Non ! n’insiste pas ! »

Ça sonnait encore.

« Je sais déjà ce que tu vas me dire et je n’en ai absolument pas envie ! »

Ça sonnait encore.

Lucas m’avait toujours soutenu dans tous mes choix. C’était grâce à lui que j’avais ma place, et grâce à lui que je l’avais encore après ce qui s’était passé. Quand bien même je savais qu’il allait m’emmerder, je ne pouvais pas l’ignorer ainsi.

Finalement, je décrochais le téléphone.

***

Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.

Il parla je ne sais combien de temps avec Phil, argumentant sans doute que j’étais un bon élément et qu’il ne fallait pas me virer pour si peu, que cette histoire était puéril et que le client avait sa part de tort.

Moi je n’avais que mon rencart de ce soir en tête.

Lucas sorti finalement du bureau de Phil, l’air éreinté.

« Bon ça va aller » me dit-il en se voulant rassurant « J’ai négocié t’auras une mise à pied jusqu’à lundi.
– Quoi ? ça fait 3 jours bordel !
– C’est 3 jours ou bien la porte ! mais okey hein ! si t’es pas jouasse tu vas voir Phil et tu prends tes affaires ?
– Et aller ça recommence ! tu me refais la morale ?
– Oui, parce que c’est ce que font les amis quand l’autre fait le con
– Cette histoire c’est juste un malentendu, le client n’a pas été précis avec sa commande…
– Et toi tu n’as pas appeler pour confirmer avec lui, résultat tu lui a envoyé 2 camions de la mauvaise référence… »

J’étais en colère : encore une fois c’était ma faute ?

« T’es ailleurs en ce moment, je te reconnais plus. T’es à cran, mais surtout tu ballades tout le monde avec tes histoires !
– Quoi ? mais qu’est-ce que…
– Arrête pas à moi » me dit-il exaspérer « Tu crois que depuis plus de 15 ans qu’on se connait j’arrives pas à voir quand tu racontes des salades ? Si t’as un souci tu ferais mieux de me le dire !
– Pourquoi ? parce que t’es mon boss ?
– Parce que je suis ton pote… »

Touché…

« Écoutes vieux : je veux pas être ta bonne conscience mais tu fais pas grand-chose pour que ça ne soit pas le cas, alors prend ton après-midi, réfléchi à tout ça et revient lundi prochain la tête reposée. Je demanderai à Phil qu’on fasse un point et qu’on trouve un arrangement pour que ça n’affecte pas ton bonus du mois… »

J’en avais rien à faire du bonus, et de Phil, et de Lucas. J’étais vraiment fou de colère, incapable de parler tant la pression sur ma poitrine était forte. Je voulais gueuler, beugler et balancer toutes les saloperies possibles dans la tête de Lucas. Mais ça ne sortait pas.

J’attrapais ma veste, et sans un regard pour personne quittait le bureau à grand pas, montrant ostensiblement à tout le monde que je faisais la tronche afin que ça soit bien clair. Plutôt que de rentrée, je terminais l’après-midi au bar qui se trouvait à deux pas de la maison, et ce n’est que vers 18h que je pris le chemin du retour.

J’essayais de me donner du baume au cœur : cette mise à pied c’était l’occasion d’un weekend prolongé, et comme Lucas allait me rattraper le coup pour mes bonus, je pouvais voir ça comme des vacances à l’œil. Peut-être que si j’étais suffisamment malin, je pourrais convaincre mon rencard de ce soir de partir avec moi pour un petit voyage en amou…

whoo ! qu’est-ce que je raconte là ? il faut vraiment que j’arrête avec ce genre de lapsus : c’est clairement pas ce que je veux pour le moment ! 

A peine rentrée, mon téléphone sonna dans le fond de ma poche. C’était le numéro du bureau qui s’afficha sur l’écran :

Qu’ils aillent se faire foutre !  

***

Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil.

Patron du service depuis quelques années maintenant, Phil était un patron flexible. Pas chiant pour deux sous, capable de laisser de l’autonomie à ses collaborateurs, c’était clairement quelqu’un que je respectais. Mais lorsque Lucas vint me voir pour m’annoncer que j’étais attendu pour une explication, je savais d’office que ça allait mal finir.

Phil m’attendait avec la secrétaire du DRH, et son « bonjour » glacial me conforta dans mon idée. Sur la défensive, j’étais prêt à encaisser.

« Nous allons faire vite » dit-il en regardant la secrétaire qui acquiesça vivement « je pense que tu sais pourquoi tu es là ? »

Putain il va pas commencer avec les questions rhétoriques ? abrège Phil : tu nous rendras tous service !

« D’accord… » reprit il en soupirant « Tu peux la jouer comme ça en effet… mais ça n’arrangera pas ton cas… enfin c’est toi qui vois ! »

Je fixais la secrétaire. Elle était plutôt jolie, avec sa petite fossette au menton. Le genre de femme dont j’aurais bien fait mon quatre heure…

Pourquoi je pense à ça ?

« Le 14 un client t’as sollicité pour une commande pour renouveler son stock…
– Oui, assortiment classique : DB16, DB33 et des SP550
– Sauf que d’après lui il t’a rappelé pour une référence supplémentaire en DB16 et qu’a la place-il a eu une référence Oxy… comment ça se fait ?
– Attends tu es sérieux ? on à cette discussion parce qu’un type m’a appelé en fin de journée pour changer sa commande en dernière minute et parce que je me suis trompé sur UNE référence ? »

La secrétaire s’angoissait… ça la rendait encore plus appétissante.

« Ça à la limite c’est tolérable, ce qui l’est moins c’est la façon dont tu as traité sa réclamation : tu l’as fait poireauté au téléphone et tu l’as envoyé baladé quand le ton est monté !
– Il aurait fallu que je le laisse m’insulter ?
– Non bien sûr… mais tu n’étais pas obligé de lui raccrocher au nez !
– Bon et bien je suis désolé Phil… tu as ma parole que ça n’arrivera plus ! »

Cette fois la secrétaire avait vraiment la trouille… c’était tout de suite moins excitant. Qu’est ce qu’ils allaient me dire ?

« Cet accident n’est que la partie émergée de l’iceberg. J’ai consulté tes chiffres depuis 2 semaines et ton taux d’erreur a augmenté, sans compter ton chiffre d’affaire qui plonge.
– On me fait un procès parce que j’ai une mauvaise passe ?
– Ça arrive à tout le monde ce genre de chose, mais ça n’est jamais aussi tranché. On dirait qu’il t’est arrivé quelque chose. C’est pour ça que mademoiselle Reillan est là. »

D’accord… bonjour l’embuscade. Je sentais le regard de Lucas qui m’invitait à me calmer, mais désolé ça n’était pas le bon moment !

« Ah purée ça c’est la meilleure : donc c’est même pas un recadrage ! c’est pour me virer en fait ? 
– Mais non voyons ! » dit Phil « On s’inquiète pour toi !
– Ah ouais ? tu t’inquiètes pour moi mais tu ramènes quelqu’un du RH pour me notifier quelque chose pas vrai ? »

Phil se renfonça dans son siège et croisa les bras. Il lança ensuite un coup d’œil vers mademoiselle Reillan qui me tendit une grande enveloppe tout en m’en indiquant le contenu :

« Ceci est votre notification de mise à pied temporaire. Nous l’avons fixé à cette fin de semaine… »

Je réalisais que Reillan était en fait une gamine. Elle devait avoir la petite vingtaine, sans doute étudiante dans une grande école et en stage chez nous pour l’année. Entendre sa petite voix m’avait totalement coupé mes envies friponnes.

Je lui arrachais le document des mains, ce qui ne manqua pas de faire soupirer Phil.

« Allons je t’en prie !» dit-il pour m’inviter à me calmer
– Tu plaisantes j’espère ? t’es pas foutu de venir me voir pour régler un problème mais faut que je te fasse un grand sourire quand tu envoies cette petite… »

Lucas m’interrompit avant que j’aille plus loin. Il n’avait pas tort de le faire, car j’allais clairement me défouler sur la pauvre gamine et me griller encore plus.

« Phil ! » dit-il en s’interposant « Vu qu’il s’agit de quelqu’un de mon équipe est ce que je pourrais voir avec toi comment on peut s’arranger ? »

Phil me regarda, lâcha de nouveau un soupir puis me demanda de sortir. Y’avait pas de quoi être fier : j’avais vraiment fait le con, et en y repensant je méritais d’être mis à pied.

Dieu merci, Lucas rattrapa le coup en finesse.

***

Je n’avais jamais ressenti ça avant.

Les jours qui suivirent, on avait pris l’habitude de s’envoyer des messages, que ça soit par téléphone ou via ordinateur. On continuait à se raconter nos histoires, à parler de tout et rien…

Elle croyait toujours que j’étais le boss de Lucas, et il fallait que je donne le change sans qu’il sans rende compte. Heureusement pour moi, elle n’avait que peu de contact avec les gens du bureau, ce qui limitait les risques. 

Pour le moment tout était sous contrôle.

Parfois le soir on se retrouvait dans un bar ou entre le bruit des clients et le vacarme de la sono, on se racontait nos journées. Le plus souvent je la laissais parler, ce qui m’évitait d’avoir à mentir, ce qui du coup me permit de bien mieux la connaitre.

On partageait pas mal de chose : un gout pour les vieux films d’action des années 90 et le Heavy métal, des problèmes similaires avec nos familles respectives, une préférence pour les alcools blancs, des préjugés sur les gens en général et une folle d’envie de se changer les idées en ce moment.

Elle me racontait notamment comment elle s’était séparée de son ex, un type qu’elle connaissait depuis le lycée et avec qui elle avait fini par sortir « pour voir ». Un peu paumée dans sa vie sentimentale, elle s’était donnée pour objectif d’arrêter de se prendre la tête à trop calculer ses relations, mais avait fini par avoir des aventures « par facilité ».

Y’avait de quoi jubiler d’entendre cette beauté vous dire qu’elle ne voulait rien de plus qu’un coup d’un soir…

Pourtant cette relation « simple » commençait à prendre de plus en plus d’importance pour moi. Il m’arrivait de penser à elle comme ça, au beau milieu de la journée, simplement parce qu’un détail me faisait soudainement pensé à elle ou à quelque chose qu’on s’était dit.

Dans ces cas-là je me sentais mal à l’aise. Je ne voulais pas que les choses tournent de cette manière.

En fait c’était comme si au fond de moi-même j’entrevoyait ce que cela pourrait donner, et que je le refusais. Je voulais que ça soit une passade, une aventure de quelques semaines qui se conclue sur l’oreiller et après salut. Je pense que c’est pour ça que j’ai entretenu ce mensonge comme quoi j’étais le boss de Lucas. C’était comme avoir un détonateur a porté de main permettant de détruire cette relation si jamais ça devenait trop compliqué… sauf que je ne pensais pas que ça pourrait être moi qui aille dans ce sens.

Mon dilemme était d’autant plus difficile à régler que je ne pouvais pas en parler à Lucas. C’était mon meilleur ami, et je n’aurais pas pu soutenir son regard et lui raconter toute la vérité. Que je me fasse passer pour son patron pour me faire bien voir, il s’en fichait, mais je savais qu’il jouerait les bonnes conscience en me disant que c’était mal de faire ça. Il était comme ça Lucas : toujours à faire ce qui est bien, ce qui est juste. 

Depuis des années que nous étions amis, il avait toujours été une boussole morale à mes yeux. Mais là, sachant pertinemment que j’étais dans le faux, je n’aurais pas supporter son regard désapprobateur. Je voulais qu’il me laisse être dans ma bulle, je voulais qu’il me laisse vivre ma petite amourette qui me faisait du bien et me vidait la tête. Je voulais juste que les choses durent encore un peu comme ça histoire d’oublier ce qui s’était passé et me sentir heureux, insouciant. Je voulais que pendant un temps encore, je puisse faire comme si rien n’avait d’importance…

Et c’est ce qui provoqua ma convocation chez Phil  

***

Ce coup-ci je tentais ma chance.

On se donna rendez-vous 2 jours plus tard. Elle voulait aller à une expo photo, et moi je m’en fichais du moment que je pouvais conclure et la mettre dans mon lit.

Plutôt que de faire le pied de grue à l’attendre, je lui avais proposé de passé la chercher. A ma grande surprise, elle me proposa l’inverse. Ce n’était cependant pas une mauvaise opération : si je pouvais dès le départ l’amener sur mes terres, je pourrais conclure sans même avoir besoin de me taper une visite dont je me fichais comme d’une guigne.

Malheureusement je fis chou blanc sur ce coup-là : est-ce que c’est l’alchimie qui n’était pas encore en place, ou bien tout simplement avais-je eut les yeux plus gros que le ventre… toujours est-il que mes tentatives (pas très subtiles il faut le reconnaître) d’accélérer les choses n’eurent aucun succès.

Je m’estimais content de ne pas m’être grillé tout seul et de pouvoir encore tenter ma chance plus tard.

L’expo avait lieu dans une bibliothèque, et avait pour thème « les livres en image ». Le principe était que dans chaque section, le photographe avait installé une photo en rapport avec le thème du rayonnage. Ainsi, dans la partie « science et technique » il y’avait une série de photos ou l’on voyait des éclairs frappé un volcan en éruption. 

« T’as vu ? » me dit elle « deux puissances de la nature qui se rentre dedans !
– Ça doit être terrifiant » dis-je en essayant de me la jouer humble devant les éléments
– Tu crois que les gens dans le passé réagissaient comment à ce genre de truc ? »

Alors ça c’était la question que je n’avais pas vu venir…

« Euh… un signe divin sans doute ?
– Et si nous aussi on se trompais ? Si nos certitudes étaient fausses ?
– La science c’est autre chose que les théories foireuses d’un prêtre qui veut rassurer ses ouailles.
– Pourquoi ça serait différent ? La science a toujours eu tendance à chercher avant tout ce qu’elle voulait pour que les gens se rassurent de leur vision du monde… et comme ce qu’ils trouvent ne leur plait pas, ils cherchent encore plus… »

Bordel on est vraiment en train d’avoir cette conversation ?

« Donc tu me dis que cette image, c’est la preuve que la rationalité scientifique est toujours dépassé par le ressenti profondément émotif de l’homme ?
– Hum… là je dirais que tu creuses un peu trop » me répondit elle sarcastique « mais c’est mignon de te voir argumenté ! »

Elle m’avait bien eu. 

Le reste de l’exposition fut l’occasion d’autres discutions de ce genre, tout aussi animé et passionné. Nous n’étions pas d’accord sur grand-chose, mais bizarrement nos visions de la vie n’étaient pas incompatibles, comme si l’un pouvait combler les brèches de l’autre. Elle semblait aimer mon côté rationnel et pragmatique, et j’avais un faible pour son côté léger et sentimentale. 

On termina notre visite par la section « histoire contemporaine », et cette fois nous furent accueillit par une seule et unique photo. C’était un panoramique qui faisait tout le long de la section, et qui représentait un peloton d’exécution…

Elle m’agrippa alors le bras, le souffle court, et avança à pas mesurés en dévisageant les condamnés tout en m’entraînant à sa suite. J’avais du mal à situer le contexte de cette image, mais la haute résolution du cliché et son format me laissèrent pensé que c’était liée à un événement récent. Les condamnés étaient caucasiens, sans doute d’un pays de l’Est. Ils portaient des vêtements « moderne » pour peu que ça veuille dire quelque chose, et le décor autour d’eux ressemblait à une ville occidentale comme on en voit partout.

Excepté bien sur les impacts de balles dans les murs…

Après avoir traversé la section, elle me proposa de partir. Elle était deux pas devant moi, et je compris qu’elle retenait ses larmes. Lorsque je fus à sa hauteur je passais mon bras sur son épaule, lui demandant « hey ? ça va ? »

Elle m’expliqua alors que ce cliché venait de son pays d’origine, et que ses grands parents avaient été fusillé lorsque l’armée avait lancée des représailles contre la population. Elle savait que la photo serait exposée, et elle tenait à la voir, non pas que ces grands parents fussent dessus, mais simplement pour affronter cet événement tragique.

« Ce qui me fait le plus mal, c’est de me dire qu’ils auraient pu déménager avec moi… » me dit elle
– C’était leur pays, ils n’avaient pas de raison de le quitter… à l’époque ça n’avait pas de sens. » tentais-je de dire pour la consoler
– T’as pas l’impression que des fois la vie est un rail, et que parfois, juste à certains moments, ce sont nos choix qui nous entraînent sur des pistes complètement différentes ? »

Ça faisait des mois que j’avais cette idée dans la tête, des mois que je me sentais paumé justement parce que je n’arrivais pas a exprimé cette sensation de valdinguer sur des flots qu’on ne contrôle quasiment pas. Et elle en deux seconde avait su verbaliser exactement ce qui me trottait dans la tête depuis tout ce temps.

Après l’expo, nous sommes revenus chez moi. Mais bizarrement, je n’avais plus aucune envie de la mettre dans mon lit. Je voulais seulement parler avec elle, la consoler, et juste passer un petit moment sympa avec elle.

Je n’avais jamais ressenti ça avant. 

***

Je ne pouvais pas rester comme ça.

J’acceptais la proposition de Lucas : aller à une soirée me ferait du bien, ou au pire ne pourrait pas me faire de mal. Mais avant ça il fallait me préparer un minimum. Je ne ressemblais à rien, j’avais une tête de zombie, et mes fringues étaient un poil trop grand à cause de tout le poids que j’avais perdu à force de passer mes journées étalé sur le sofa.

A part Lucas personne n’était au courant, et c’était bien mieux comme ça. Personne n’a envie d’être prit en pitié par son entourage.

Première étape la douche. La violence du jet d’eau me fit l’effet d’une claque : toute la fatigue liée au manque de sommeil venait de partir, remplacé par la sensation tonique et frais de l’eau un peu froide me picorant le corps. A mes pieds, l’eau noirâtre tourbillonnait dans le siphon qui avalait goulument la crasse que je traînais depuis des jours. 

En me frictionnant, je senti avec effroi mes côtes et mes articulations. J’avais tellement perdu de poids que j’en était presque squelettique. Étrange que j’aie pu passer tout ce temps sans m’en rendre compte… enfin ceci peut sans doute s’expliquer par l’horreur que j’éprouvais pour le miroir en ce moment.

En me rasant, j’eu la confirmation que je m’étais vraiment laissé aller : mon visage d’habitude rond et jovial était ici taillé à la serpe. Ça n’était pas le visage d’un grand malade, mais pour qui me connaissait, c’était vraiment une mine à faire peur.

Mes seules affaires portables étaient celle du bureau, aussi je décidais de miser sur un look « business » quitte à me faire chambrer par tout le monde.

30min après j’étais chez Lucas, à m’excusé d’être venu les mains vides. A l’intérieur de la maison, la fête battait déjà son plein, avec une sono qui crachait les tubes Dance en vogue dans les années 90 à une bande de trentenaire sous redbull qui se défoulaient de leur semaine de travail.

Lucas me lâcha au milieu de tout se foutoir, et je me demandais si j’avais pris la bonne décision.

Histoire de sortir de ma coquille, je me dirigeais vers la table du buffet pour me servir un verre. J’avais trop mal au crane pour songer à un alcool blanc, aussi je me contentais d’un soda agrémenté d’une rondelle de citron.

Une jeune femme arriva sur ma gauche et me demanda si je pouvais lui servir un verre à elle aussi. Je m’exécutais lui ajoutant aussi une petite touche citronnée. Nous avons alors trinqué et commencé à discuter.

Elle bossait pour un de nos partenaires, et avait connu Lucas lors de différents séminaires. Lorsqu’elle comprit que je bossais pour la même boite que Lucas, elle fut étonnée de ne m’avoir jamais rencontré…

« Oh vous savez » dis-je nonchalamment » Lucas et moi ne sommes pas au même échelon, je le laisse faire ce genre de besogne ! »

Et ce qui était de l’humour devint un malentendu monumental.

Elle supposa que j’étais le patron de Lucas, et moi comme un crétin avide de reconnaissance, je fis comme si de rien était. Pire encore, en m’appuyant sur ce quiproquo, je m’inventai tout un scénario où j’étais un des boss de la boite, où j’avais beaucoup d’argent et bien entendu des loisirs en conséquence : yacht à Saint Barth, ski dans les plus grandes stations du monde, et comment oublier mes séjours à Cannes pour le festival ?

Je me sentais bien dans mon mensonge. Après tout, si je ne pouvais pas avoir une vie de rêve, rien ne m’empêchait de me rêver une vie ? La fille marchait dans mon histoire, et selon l’adage « plus c’est gros plus ça passe » j’en faisais des tonnes. De toute façon je m’en fichais qu’elle découvre le pot aux roses : tant que le charme marchait, je passais un bon moment : le reste, je ne voulais pas y penser. 

Elle était canon, le genre bien gaulé mais qui en plus à une jolie frimousse. Elle sentait bon, et sa robe caraco bleu lavande offrait juste ce qu’il faut de douceur pour les yeux. Elle ne portait aucun bijou, et tout juste un peu de rouge à lèvre. C’était le spécimen parfait du cliché de la fille d’à côté : le genre de femme accessible tout en étant au-dessus de la moyenne.

Plus on parlait, et plus je sentais que je lui plaisais. Enfin mon personnage en tout cas. Je réalisais alors que je ne savais rien d’elle, même pas son prénom. 

Bof… à quoi ça sert de toute façon ?

Je me mis alors dans l’idée d’en faire un coup d’un soir. Je n’étais pas du genre Casanova d’habitude, mais là j’étais grisé : je voulais la séduire comme un prédateur, l’attirer dans mes filets et coucher avec elle juste pour le sport. S’il fallait mentir, tricher ou bien se comporter comme un salaud, j’en avais rien à faire : tout ce que je voulais à ce moment-là c’était de mordre dans la bretelle de son soutien-gorge qui me faisait de l’œil depuis tout à l’heure. Je voulais la renverser sur la table et la prendre devant tous les invités, ne penser qu’à moi et à mon plaisir pour ensuite ne plus jamais la revoir, je voulais ressentir sans penser…

La fin de soirée arriva, et elle commença à remettre son gilet pour partir. Il fallait que je la revoie, et que j’arrive à conclure avec elle. J’avais souvent trop attendu dans ma vie et laissé passer les opportunités.

Ce coup-ci je tentais ma chance.  

***

Y’a des coups de fils qui changent votre vie.

Vous êtes là, au bureau, vous faites votre journée tranquille, et puis c’est l’heure de pause. Vous descendez au rez de chaussé et vous vous dites qu’il fait beau, et que ça serait plus sympa d’aller manger dehors. Vous sentez le soleil qui vous mordille la peau, et ça fait un bien fou. Cette sensation s’ancre en vous, et vous n’imaginez pas encore à quel point vous ne pourrez jamais l’oublier.

Et puis y’a le téléphone qui sonne.

Vous êtes en pause, alors vous vous en fichez, mais ça insiste, toujours le même numéro que vous ne connaissez pas…

Et forcément vous finissez par décroché.

Là, une voix anonyme vous annonce la pire nouvelle qui soit. Sans filtre, sans rien pour amortir, la voix vous explique que votre femme est morte, et qu’ils n’ont pas pu sauver le bébé. Un flot de parole empêche le silence de s’installer, parce que le silence c’est horrible.

Votre tête se vide, et vous ne comprenez pas ce que la voix raconte. Vous n’y attachez pas d’importance de toute façon. Plus tard, vous réaliserez qu’elle était en train de vous expliquer que le décès est dû à un diabète gestationnel ayant entraîné une hypertension artérielle gravidique causant à leur tour des lésions vasculaires rénales, hépatiques et des troubles hématologiques.

Ce jour-là vous vous posez pleins de questions, mais la plus essentiel c’est « pourquoi ? »

Vous faites ce travail mental de remonter la source des choses, en essayant de comprendre. Est-ce qu’agir différemment aurait pu changer les choses ? Est-ce que c’est de ma faute ?

On est assommé, figé, pétrifié. On arrête de vivre pour arrêter le temps, et rester au moment où tout allait bien. Mais ça sa ne marche pas plus d’une semaine, et la vie se remet en mouvement, sauf qu’on se cramponne fort à avant, et qu’on nie tout le reste, jusqu’à se nier soit même.

Et puis à un moment on a plus force, on lâche prise, et on se retrouve emporter par le torrent qu’est la vie. On est chahuté de partout à se demander qui tient les commandes. On a peur, peur parce que c’est le chaos, et que rien n’a de sens. On refuse d’aimer à nouveau de peur de souffrir encore, on devient cynique, désinvolte, pour que même notre propre existence ne nous cause de la peine. 

On fait le vide, comme un trou noir, dévorant les quelques brides de lumière qui nous entourent pour les tasser tout au fond du vide abyssal qui s’est ouvert dans notre poitrine. On devient un bout de néant qui déambule par habitude, un zombie qui ne tiens que parce que ses fonctions vitales prennent parfois le dessus.

Ça fait des mois que je suis comme ça, prostré dans le salon, à éviter tout et tout le monde. Même la télé me répugne, avec tous ses visages heureux et insouciant, comme si tout allait bien.

Il y’a encore les amis, les vrais, qui passent et essayent de me motiver, mais je reste dans mon trou noir. Je vais au boulot, je fais ma journée, parfois je mange, et j’essaye de dormir. 

Je ne vis pas : je fonctionne

Et voilà que Lucas m’appelle encore. Il me dit qu’il fait une fête, que c’est pour ses 30 ans et que je ne peux pas louper ça. Il me dit qu’il y’aura plein de monde, et que ça me fera du bien. Il me dit tout ce qu’un ami doit dire, et plus encore.

Je ne réponds toujours pas, et lui insiste. Et puis il me laisse un message qui m’interpelle 

Pourquoi tu laisses ton téléphone allumé alors ?

C’est vrai, je n’aurais qu’a l’éteindre pour avoir la paix. Et puis en plus, c’est avec lui que tout a commencé. Et puis soudain je réalise. Je réalise que depuis ce jour je n’ai jamais éteint le téléphone. Je réalise que j’ai toujours d’enregistré les traces des appels de la voix.

Tout a découlé d’un choix. Comme si… comme si on pressait une touche et soudain il se passait des choses… non… comme si… oh je ne sais plus.

Mais au final c’est vrai : agir ou pas ça me conduit quelque part, seul la destination change. Alors est ce qu’il existe une carte ? est ce qu’on peut remonter la chaine du chaos et trouver le bon embranchement ? est-ce que si j’accepte la proposition de Lucas il va m’arriver des choses qui me sortiront du trou noir ? est-ce que ce n’est pas plutôt l’inverse qui va se produire ?

Je compris alors la différence entre agir et ne pas agir : dans ce dernier cas, la route était tracée et on restait dans son sillage. Agir c’était prendre un autre embranchement, avec le risque que ça ne soit pas mieux. Mais au moins c’était possible.

Je n’avais qu’un bouton à pressé, et 3 mots à dire à Lucas pour peut-être changer ma vie. Je regardais le vide autour de moi, la pénombre, la poussière et ce silence qui n’en finissait pas.

Je ne pouvais pas rester comme ça. 

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