Journal de bord – Episode 6 : Le chevalier étoile #DéfiBradbury

Episode exceptionnel avec des invités ! merci à eux d’avoir joué le jeu :)

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Le chevalier étoile

Le souffle du vent venant la plaine s’engouffrait à travers la charpente usée de la bâtisse médiévale, chantant une morne mélopée aux accents d’outre tombe plein de mélancolie. Le paresseux soleil de Mars laissait couler sans hâte ses rayons sur les vitres offrant une lumière si sombre qu’il aurait presque fallut allumer des bougies pour y voir clair. Il était bien loin pour Anne D’Autriche, Infante d’Espagne et Reine de France, le temps heureux où elle vivait sous le chaud soleil de Castille.

Elle détestait séjourner au Château Neuf, à Saint Germain en Laye, mais son devoir passait avant ses attentes et elle se devait de suivre son Roi. Depuis l’enfance, Ana Maria de Asturia savait que sa vie serait ainsi planifiée et régie par une étiquette inflexible qui ne lui laisserai ni libre arbitre, ni affirmation de soi.

Ignorée par le Roi et constamment sous la surveillance des espions du cardinal de Richelieu, Anne d’Autriche ne trouvait un peu de réconfort que dans la présence de ses dames de compagnies, toutes jeunes filles de la noblesse partageant avec elle le lourd poids que faisait porter sur leurs épaules leurs illustres origines.

Installé dans le coquet salon des appartements qui lui étaient réservé dans le château, l’Infante d’Espagne écoutait sans passion la lecture du livre des révélations que Mathilde D’Aubriac faisait à l’assemblé.

Ce récit de fin du monde, la Reine le connaissait presque par cœur. Il faut dire que son éducation religieuse dans la très catholique Espagne avait été rigoureuse. Parfois, la nuit venue, lorsque le sommeil ne l’avait pas encore totalement emporté, Anne priait Dieu pour que sonnent les trompettes de jugement dernier et que ce monde qu’elle avait jadis aimé devienne un champ de ruine…

Joignant les mains, elle demanda pardon au Seigneur de souhaiter ainsi la mort et la destruction sur le royaume de France.

Des servantes entrèrent en silence dans le salon, les bras chargé de paniers de fruits qu’elles disposèrent un peu partout, ainsi que d’une grande carafe de cristal remplie d’eau qui fût posée prêt de la Reine.

C’est alors que la porte des appartements s’ouvrit avec fracas, laissant paraître 3 hommes vêtu de noir, cagoulés et épée en main. En un instant ils se précipitèrent sur la Reine, renversant le guéridon placé sur leur chemin et bousculant les jeunes filles trop pétrifié de peur pour s’écarter.

Mais alors qu’ils allaient se saisir de l’Infante, une lame fendit l’air en un parfait arc de cercle, droit devant eux, sifflant comme un oiseau de proie prêt à frapper et menaçante comme une antique Némésis sortie du Tartare pour punir et châtier les blasphémateurs.

« Halte là sombres pourceaux ! Ne vous à t’on pas enseigné les manières qui sont dues aux dames ? »

Ses propos bravaches n’étaient pas sortie de la bouche d’un fringuant chevalier ou bien d’un vaillant mousquetaire, mais de celle d’une jeune fille en tenue de servante. De taille et de corpulence moyenne, elle avait de long cheveux châtain noué en une lourde tresse qui s’agitait dans son dos a chaque mouvement. Elle menaçait les brigand d’une rapière en lame de Tolède triangulaire et terminé par une garde « a l’allemande » assurant une protection efficace pour la main tenant l’arme. La servante maniait son épée avec dextérité et assurance ce qui se reflétait dans la détermination qui émanait de son regard. Prenant une posture de combat on ne peut plus académique, elle attendait la réaction de ses opposants.

L’un des trois bandit engagea le fer avec la jeune servante. Vive comme l’éclair, elle porta deux attaque rapide au sommet de la lame de son adversaire pour le forcer a porter son effort vers le haut et à lever légèrement son bras. L’ouverture ainsi crée permis à la bretteuse de porter un coup d’estoc fatal à son ennemi qui s’écroula mortellement blessé. La jeune femme recula d’un pas et se remit en garde.

« Bon sang mais qui est cette diablesse ! « Jura un des hommes encore debout.
« Je suis Elise de Chateauciel, fille d’Henri de Chateauciel et protectrice de la Reine : La mort sur vous si vous faites un pas de plus ! »

Les brigands perdirent tous leurs moyens. La jeune femme était de toute évidence une bien meilleure combattante qu’eux. Leur seule et unique chance était d’attaquer à l’unisson pour la submerger. Ils échangèrent un regard et se mirent d’accord sans un mot : l’épée tendue vers Elise, ils était sur le point de charger.

« Folie… » dit la jeune femme pour elle même en réalisant ce que comptaient faire ses ennemis, comme attristé par ce qui allait inéluctablement arriver.

Le premier coup porté fût un large coup de haut en bas qu’Elise se contenta d’esquiver en déplaçant son pied d’appuie vers l’arrière tout en maintenant sa garde à hauteur du torse. Cela lui permit de contrôler le deuxième coup qui arriva par sa droite en croisant le fer.

Convaincu d’avoir créer une ouverture, le bandit jubila tandis que son compagnon portait un violent estoc sur le flanc gauche d’Elise, mais cette dernière tourna sur elle même pour partir vers la droite et esquiver l’assaut sans pour autant perdre le contrôle du croisement de fer. Elle glissa sa lame le long de celle de son adversaire de façon à pouvoir l’approcher sans risque, et lui expédia un violent coup de paume en plein dans la gorge. Le bandit s’écroula en s’étouffant, la pomme d’Adam brisé.

Il ne restait plus qu’un adversaire à Elise, mais ce dernier s’était empresser de se saisir d’une des jeunes filles qui assistait pétrifié de peur à l’affrontement pour s’en faire un otage. C’était la jeune Angélique de Verneuille, fille d’un haut dignitaire de la cours tout juste âgé de 16 ans. Le bandit avait placer la lame de son épée sous sa gorge tout en l’empoignant par ses longs cheveux bouclés.

« Lache ton épée ! » ordonna t’il « ou bien je la couvre de rouge ! »

Elise était hésitante : bien évidement lâcher son arme serait stupide et mettrait en péril la vie de la Reine tout autant que celle d’Angélique. Cependant elle ne pouvait pas se résoudre a laisser mourir la jeune dame de compagnie. Elise pouvait lire la peur dans son regard, mais à sa grande surprise, elle faisait aussi preuve d’un courage et d’un sang froid admirable pour son jeune age. Angélique tremblait et était sur le point de pleurer, mais sa frayeur la galvanisa : elle agrippa la main de l’homme et se mit a se débattre.

« Ne l’écoutez pas ! il faut protéger la Reine ! » hurla la jeune fille en luttant avec l’énergie du désespoir.

Le bandit la gifla violemment pour lui faire lâcher prise, offrant à Elise juste le temps qu’il lui fallait pour agir. Elle bondit en avant avec une vigueur toute féline en poussant de toutes ses forces sur sa jambe droite, planta son pied gauche en appuie afin de pouvoir s’élancer dans un mouvement du bas vers le haut tout en propulsant sa lame en avant. L’estoc fut ainsi foudroyant et transperça le bras du bandit déchirant la chair et sectionnant les nerfs lui faisant lâcher son arme. A toute vitesse, Elise retira sa lame de son bras, puis porta un léger coup en arc de cercle a hauteur de sa cuisse pour l’empêcher de s’enfuir.

Elle le voulait vivant.

Réduit à l’impuissance, tiraillé par la douleur et quasi incapable de tenir debout, le bandit se laissa choir sur le parquet brun et montra ses mains en l’air en signe de reddition. Elise rompit sa posture de combat et adressa le salut traditionnel des escrimeurs en plaçant sa rapière a la verticale devant son visage.

« Monsieur mon père m’a toujours apprit à saluer ceux qui savent admettre leur défaite » dit elle à l’intention du brigand.

***

Les gardes du château avait fini par arriver dans le salon, alerté par les cris et le vacarme du combat. Ils avaient été fort étonné de voir qu’une troupe de 3 hommes avait été mis en déroute par une jeune femme, et ne l’aurait jamais cru si le récit ne leur avait été fait par la Reine elle même.

Elise leur fit un rapide rapport et ordonna qu’on se mette à chercher comment ces individus avaient pu infiltrer le château. Bien que peu enclin à obéir à une femme, les gardes sentirent sur eux le regard furieux de la Reine et se mirent aussitôt en mouvement.

L’agitation retombé, Elise s’écroula sur un fauteuil et commença a dénouer la coiffe de dentelle blanche qu’elle avait sur la tête et a entrouvrir son chemisier pour se mettre à l’aise. Bien que choqué par cette attitude nonchalante, la Reine et les dames eurent à cœur de ne pas faire de remarque à leur héroïne.

« Mademoiselle de Chateauciel, sans votre intervention je ne sais ce qu’il serait advenue de nous. Recevez au nom de la Nation toute entière nos remerciements » dit la Reine solennelle.
– Hum ? oh ne faites pas de manière votre altesse. Je n’allais pas laisser ces sagouins interrompre une si passionnante lecture ! » répondit Elise pince sans rire
– Vous moqueriez vous mademoiselle ?
– Pour sûr non ma Reine… » conclu Elise consciente d’avoir franchie certaines limites.

La Reine ordonna aux dames de quitter le salon afin de pouvoir s’entretenir avec Elise. Elles s’exécutèrent, saluant la Reine l’une après l’autre, n’adressant aucun regard à Elise. Seule Angélique s’arrêta à coté d’elle. La jeune fille lui prit les mains et les embrassa.

« Soyez Bénie, vous avez fait preuve de plus de courage que tous les chevaliers de la cours
– Et encore : vous me verriez en action sans cet accoutrement, vous en auriez le souffle coupé ! » répondit Elise. « Et vous aussi ma toute belle vous avez été courageuse : mais de grâce, la prochaine fois ne prenez pas le risque de blesser votre joli minois ! »

Angélique rougit et se retira après une révérence.

Une fois seule avec la Reine, Elise se montra bien plus formelle et protocolaire. Sans public pour apprécier, elle n’avait aucune envie de faire le pitre.

« Vous êtes là sur ordre du Cardinal je suppose ? » demanda la Reine
– C’est exact votre Altesse. Son Excellence soupçonnait une perfidie et à préférer palier à toute éventualité.
– Cet homme à vraiment des yeux et des oreilles partout…
– Je dirais que pour un premier ministre c’est une qualité ?
– Son Excellence n’est pas en très bon terme avec moi… comment se fait il qu’il se montre si prévenant à mon égard ?
– Ma Reine, je ne saurais répondre à sa place, mais permettez moi de pensez qu’il attache à votre vie plus d’importance que vous ne semblez le croire. Il sait que malgré ce que vous avez tramés contre le Roi, ce dernier vous voue une fidélité inflexible.
– Il ne m’accordera même pas la délivrance de la mort…
– Contrairement aux rumeurs, le Cardinal se soucie plus du royaume et du Roi que quiconque, et votre perte serait un coup fatal qu’il ne peut se permettre…
– Ah… enfin un peu vérité » dit la Reine accablée
– Qu’importe : sachez qu’en ma présence nul ne saurai attenter impunément à votre vie
– Les filles de Chateauciel semblent aussi téméraire que le veut leur réputation… »

Le comté de Chateauciel était un territoire particulier qui depuis l’époque de Charlemagne ne figurait sur aucun registre. Il était constitué de quelques terres aux alentours de Chantilly et ne pouvait se comparé à nul autre comté tant il était modeste. Bien que nobles, les Chateauciel n’avait aucun droit à la cours et ne pouvait obtenir de faveur, ceci afin de les rendre intouchables et incorruptible puisque nul ministre ne pouvait leur promettre quoi que ce soit. C’était de toute façon sans compter sur la fidélité légendaire des Chateauciel, et leur code d’honneur inflexible.

Fils ou filles, tous maniaient l’épée et montaient à cheval depuis leur plus jeune age, tout en apprenant un métier qui leur permettrait de vivre à proximité de la cours si nécessaire afin de mieux assurer leur mission. Ils n’aspiraient qu’a accomplir leur devoir, et à mourir si cela pouvait préserver le pays.

A cette époque, c’était le Cardinal de Richelieu qui avait autorité sur Chateauciel, et c’était lui qui avait introduit il y’a quelques semaine de ça Elise auprès de la Reine comme servante.

« Est il dans vos attributions de retrouver les commanditaires de cette félonie ? » demanda la Reine
– Si tel est le bon vouloir du Cardinal, je traquerai celui qui se cache derrière cette tentative et le passerai par le fil de mon épée.
– Alors ne perdez pas de temps ici : aller voir votre maître de ma part et faite lui savoir qu’il à toute ma reconnaissance, mais je n’aurai de repos que lorsque les coupables seront châtiés.
– Avez vous confiance dans votre garde après ce qui vient de se passer ?
– J’aime à croire que votre coup d’éclat refroidira suffisamment longtemps les ardeurs de mes ennemis.
– C’est me prêter bien des mérites votre majesté… »

La Reine observa Elise : elle lui enviait cette force et cette fougue qu’elle même ne pouvait se permettre.

« J’aimerai aussi vous remercier comme il se doit » Dit L’infante. « Je ferais créditer à votre intention mille livres pour votre courage.
– Votre générosité me va droit au cœur ma Reine. Cependant, pourriez vous donner cette somme a l’orphelinat de l’Épervier à Paris ? Cela me ferait d’autant plus honneur. »

La Reine apprécia le geste, et répondit d’un hochement de tête à Elise puis l’invita du regard à sortir. La jeune femme s’inclina respectueusement, puis quitta le salon à reculons.

***

Avant de partir pour Paris, Elise avait remis ses habits de cavalière. Sa tunique bleu roi frappé des armes de la maison Chateauciel la faisait ressemblait de loin à un mousquetaire. Cependant, en y regardant bien, on remarquait non seulement le blason marqué d’une étoile et pas d’une fleur de Lys, mais surtout, la courbure de ses hanches et de sa poitrine pourtant serrer par un bandage afin de ne pas l’encombrer.

Elise portait un chapeau gris avec une longue plume blanche qu’elle tenait d’un de ses cousins qui prétendait l’avoir ramené du nouveau monde. Bien que sceptique quand à la véracité de cette histoire, l’affection qu’elle portait à son parent lui faisait accepter de croire que c’était une vraie relique des colonies. Elle devait sans cesse le rattraper, car avec le vent battant qui secouait la route, elle manquait à chaque galop de le perdre. Elle voyagea ainsi le bras quasi en permanence sur la tête à tenir son chapeau.

Arrivant à Paris par l’Ouest, elle fit halte dans une auberge pour faire boire son cheval et reposer ses jambes fatiguées par la route. Tous ceux qu’elle croisait avait un regard étonné à la vue d’une femme portant l’épée, mais Elise avait depuis longtemps cesser de prêter attention à ces marques de mépris. Pour sa mission, être une femme était le plus parfait des déguisements et l’artifice le plus efficace pour prendre l’ascendant sur un adversaire. Combien était tombé sous son épée parce qu’il ne pouvait la considérer comme un ennemi duquel il faut se méfier ?

Assise a une table en train de dévorer avec appetit un demi poulet accompagné d’un pichet de vin, Elise ne prit pas garde à l’homme en noir arrivant sur sa droite. Du moins c’est ce qu’il avait cru jusqu’au moment ou, voulant l’abordé en posant sa main sur son epaule, il vit jaillir de nulle part la lame d’une rapière qui se pointa sous sa gorge. La jeune femme le dévisagea tout en finissant de sa main libre de grignoter la cuisse de son poulet.

« Tiens tiens… voyez ce que le chat nous rapporte ! » dit Elise « Et bien Fifrelin : je peux savoir pourquoi tu interromps mon repas ? »
– Du calme Elise… je viens seulement porter un message
– Du Cardinal je suppose ?
– Son Excellence à eut vent de votre retour précipité à Paris et voulait vous éviter la peine d’aller jusqu’au Louvre
– Bah voyons… il faut croire que les oiseaux messager n’ont pas fini de voler au dessus de Paris pas vrai ? Aller… assied toi et sert toi un verre. Je me sens d’humeur à partager un peu de compagnie ! »

Fifrelin s’installa à la droite d’Elise qui fit signe à l’aubergiste d’apporter un verre supplémentaire ainsi qu’un autre pichet de vin. Elle continua à manger avec appétit tandis que l’émissaire du Cardinal expliquait le but de sa mission.

« Comme nous le pensions, c’est le Duc de Luynes qui a tenter de s’en prendre à la Reine

– Je ne comprends toujours pas pourquoi ce faquin agit de la sorte : n’est il pas ami du Roi ?
– Luynes sait que le Roi ne reniera jamais la Reine : il est trop pieu pour ça. Mais il sait aussi que leur relation est un poison pour la cours. Le Cardinal pense qu’il veut forcer le destin pour que le Roi se focalise sur les affaires du pays.
– Et le Cardinal s’y oppose ? Fifrelin l’homme que tu me dépeins n’a rien du Richelieu que je connais !

– Oh chère Elise rassurez vous : le Cardinal verrait un grand intérêt à faire sortir la Reine de l’échiquier… mais il sait aussi que le Roi ne s’en remettrait pas. Notre souverain est un homme bon…
– Bon au point de punir son épouse d’avoir fait une fausse couche…

– Peut on lui en vouloir ?
– Puisqu’il est si pieu, il devrait comprendre le message que le Ciel lui envoi… »

Elise avala une nouvelle rasade de vin et demanda un troisième pichet à l’aubergiste.

« Quel est donc ma mission maintenant ? » reprit Elise avec sérieux
– Le Cardinal veut que vous retrouviez celui qui à payer les mercenaires. Cela serait un moyen de prouver le lien entre ses hommes et le Duc.
– Tu as sans doute une piste à m’indiquer ?
– Oui pour sûr : le survivant de l’attaque de ce matin avait sur lui un sauf conduit pour passer la frontière…
– Ce genre de document n’est pas rare : cela ne prouve rien
– Certes, mais le document en question porte un sceau des offices du palais, ce qui veut dire qu’il à été validé par une haute instance…
– Hum… voila qui est déjà mieux : en effet quel dignitaire s’amuserai à donner ce genre de document à un vulgaire mercenaire.
– Il s’avère que le Cardinal avait déjà eu vent d’une affaire de document falsifier. Il semble bien qu’un des membres du cabinet arrondirait ses fins de mois en validant des documents. Nous l’avons fait arreter il y’a 2 jours, et il pourrait être bon de l’interroger.

– Je suppose que je dois me rendre au Châtelet ?
– Bonsard vous y attends : tout est déjà arrangé
– Fort bien : et ensuite ?
– Le Cardinal préfere vous tenir éloigné du Palais Royal. A moins que vous ne passiez une robe…
– Cette remarque est assez ironique de la part d’un cardinal n’est il pas ? »

***

Sinistre place forte dressé depuis le moyen age, le grand Chatelet était le siège de la police, mais aussi et surtout un cachot. Elise avait laissé son cheval à l’auberge et se presenta à pied à la porte principale. Elle fût immédiatement recue par Bonsard, homme de confiance du Cardinal et accessoirement administrateur de la forterresse.

Il la conduisit a travers le dédale de pierre froide et mal dégrossi que formait les cachots, et l’invita à s’installer dans un petit office qui lui avait été aménagé à la va vite dans un cachot dont la porte ne fermait plus à cause de la rouille. L’endroit empestait notamment a cause de l’humidité.

Elise attrapa dans sa poche un mouchoir brodé offert par sa grand mère et le plaqua sur son nez pour atténuer l’odeur, sans grand succès. Bonsard arriva alors accompagné de plusieurs garde en arme, et d’un prisonnier couvert de chaînes cliquetantes à chacun de ses pas.

L’homme portait un élégant veston qui souffrait cependant d’avoir été porté plusieurs jour de suite. Une barbe naissante commençait à se dessiner sur son visage rond tandis que ses yeux creusé montraient sans équivoque la violente fatigue du prisonnier.

Il fût installé sans ménagement devant Elise qui commença au plus vite son interrogatoire.

L’homme se nommait Alphonse de Sancilly, et servait comme secrétaire au bureau du ministre. Lettré et habile avec les chiffres, il avait été engagé afin d’assurer les registres comptable de plusieurs comté ainsi que d’autres mission qui variaient selon les besoins. La polyvalence d’Alphonse lui valait d’excellent retour de toute part, mais il s’avéra qu’il truquait les registres et détournait de l’argent.

Prit par le Cardinal, il allait être jugé, et probablement exécuté pour un tel crime.

Elise, sans rien promettre, lui expliqua que sa coopération pourrait lui valoir un retour en grâce aux yeux de Richelieu, et qu’il valait mieux que le Cardinal soit de son coté plutôt que son adversaire. Conscient de jouer sa vie, Scancilly ne se fit pas prier pour se mettre à table.

Il expliqua que le Duc de Luynes lui avait proposé 500 livres pour rédiger et cacheter 4 saufs conduits, sans lui dire exactement à quoi il les destinait. Elise demanda s’il existait une preuve, ce à quoi Scancilly répondit que non, et que tout avait été traité de la main à la main.

Luynes était un homme intelligent, et la jeune femme ne fut pas surprise qu’il ait été aussi prudent.

« Monsieur » dit la jeune femme « vous comprendrez que vous n’obtiendrez rien d’une information qui ne saurait se vérifier. Le Cardinal ne rend pas de faveur sans quelque chose de solide en retour !

– Pitié madame ! je vous jure qu’il n’y à rien : j’ai fait ces 4 cachets et les ai remis à un des secrétaires du Duc et…

– Combien de cachet avez vous dit ? » Coupa Elise qui n’avait pas préter attention à ce détail précédement.
– Quatre madame. Mais je vous répète que je ne sais pas à qui ils étaient destinés
– Et ces 4 cachets, y’aurait il un moyen de prouver qu’ils ont été fait par vous en particulier ?
– Hum… Oui cela est possible : le sceau que j’utilise est un peu abimé : le motif de la fleur de Lys à une feuille coupé à moitié… »

Elise n’en écouta pas plus et quitta le cachot a grande enjambé à la surprise de tous. Après un petit instant, elle revint sur ses pas pour reprendre son chapeau qu’elle avait oublié dans sa hâte, puis indiqua à Scancilly qu’il pouvait être assuré que si ses informations étaient vraies, le Cardinal saurait s’en souvenir.

Elise quitta le châtelet avec hâte et fit un détour par la rue de la ferronnerie où un petit appartement discret servait de point de repli aux agents du Cardinal. Elle y prit quelques affaires utiles tout en repensant à la situation.

Le Duc avait fait faire 4 cachets, mais seuls 3 bandits avait tenté de s’en prendre à la Reine. Il y’avait donc un cachet dans la nature : soit dans les mains d’un autre complice, soit encore en possession du Duc pour un usage ultérieur. La jeune femme était persuadé que Luynes avait prévu de l’utiliser pour lui même au cas ou son plan échouerait et qu’il lui faudrait quitter le pays.

Pour l’instant, il ignorait si son plan avait réussi où non, mais il fallait agir vite, car d’ici la tombé de la nuit, les espions du Duc ne manquerait pas de l’informer de la situation.

Elise devait retrouver ce document, et ainsi avoir la preuve formelle que le Duc était le responsable. Il lui fallait donc se rendre de toute urgence au château de Vincennes. Ancienne demeure du jeune Louis durant la régence, elle servait le plus souvent au Duc lorsqu’il était dans la région, afin qu’il puisse profiter du domaine de chasse tout proche. Beaucoup disait d’ailleurs que c’était cette passion pour la chasse qui l’avait aidé à ce rapprocher du souverain.

une fois son paquetage regroupé dans une lourde sacoche de cuir, Elise retourna à l’auberge chercher son cheval, et se dirigea à bride battu vers Vincennes

***

Elise avait laisser une fois de plus son cheval dans un auberge, afin de pouvoir approcher du château plus discrètement. Profitant de la discrétion qu’offrait les bois alentour, elle s’approcha à moins d’une lieue puis enfila par dessus sa tenue de chevalier une robe quelque peu froissé d’avoir été entassé dans la sacoche, mais de belle facture et qui elle l’espérait ferait illusion le temps nécessaire a sa mission. Elle attacha son arme sous son jupon via des rubans prévu à cet effet, et s’assura qu’on entende pas le cliquetis de l’arme lorsqu’elle bougeait.

Suivant le sentier menant au chateau, elle se présenta devant les gardes posté aux grilles en trottinant et en gémissant. Elle avait élaboré en chemin une stratégie quitte ou double qui allait lui permettre rapidement d’entrer.

« Doux seigneur ! » dit elle d’une voix faussement exténué « Par pitié messieurs je vous en prie : ma calèche à été attaqué par des brigands ! ils sont à mes trousses ! »

Les gardes regarderent le sentier et ne virent évidement personne. L’un d’eux s’approcha d’Elise qui fit semblant de défaillir dans ses bras.

« Juste ciel ! J’ai cru que ma dernière heure était arrivé ! Oh mon Dieu c’est terrible, ces bandits m’on détroussé ! ils ont tué mes valets avant de me voler… j’ai pu fuir par la forêt tandis qu’ils se battaient pour savoir lequel m’infligerai les derniers outrages ! mais je me suis perdue… ah Seigneur Dieu ! j’ai eu si peur ! »

Elise sanglota contre l’épaule du garde qui la rassura avec compassion et bienveillance. Il informa le sergent de faction de la situation, et ce dernier ordonna qu’on la fasse entrée dans le quartier des gardes, puis conscient que ce n’était pas un endroit pour une dame, prit l’initiative de la faire conduire sous bonne garde dans un des appartements vacant. Le château était en effet surtout utilisé comme point stratégique militaire, et les lieux de résidence était le plus souvent désert. Il ordonna aussi qu’une patrouille parte immédiatement à la recherche des brigands.

Elise savait que dès lors que les gardes réaliseraient qu’il n’y avait aucune calèche abandonnée ni de signe d’attaque, il découvrirait la supercherie. Mais d’ici là, elle pensait pouvoir disposer d’une bonne heure.

La jeune femme se retrouva donc dans un petit bureau au mur blanc et au sol couvert d’un lourd tapis bleu nuit dont on parvenait difficilement à deviner les motifs tant ils étaient sombres. A la porte se tenait un des gardes qui avait reçu pour ordre de la surveiller.

Elle rechignait à faire du mal aux soldats, car ses derniers avaient été de parfait gentilhomme. Pourtant, elle allait devoir trouver un moyen de le neutraliser et vite.

Jouant de ses charmes, Elise dégagea le décolleté de sa robe juste ce qu’il fallait pour mieux berner le garde, puis se présenta à la porte en minaudant.

« Pardonnez moi chevalier… » dit elle « voudriez vous bien rester dans la pièce avec moi ?  j’ai encore l’image de ces horribles bandits me pourchassant et je serai plus que rassurer d’avoir un vaillant jeune homme avec moi… »

Mais tandis qu’elle papillonnait du regard, elle remarqua que le garde semblait avoir plus d’appétit pour le dos puissant du colosse en tenue d’officier qui venait de passer le couloir que pour sa généreuse poitrine.

Le garde expliqua à Elise qu’il ne pouvait pas manquer à son poste et qu’il devait rester ici. Feignant la vexation, Elise claqua la porte et envisagea un plan B. Elle quitta ses beaux atours et reprit une tenue plus pratique.

Observant la cour depuis la fenêtre du petit bureau, elle aperçu le Duc qui pénétrait dans l’aîle Est du bâtiment. Sans réfléchir, Elise ouvrit la fenêtre et longea la façade, se désarticulant pour passer sous le montant des fenêtres afin de ne pas être vue.

« Elise pauvre sotte ! » jura t’elle pour elle même « Père avait raison : tu devrais réfléchir avant d’agir ! »

Arrivée à l’angle d’un mur, elle grimpa sur la statue de Saint Michel qui s’y trouvait et progressa ainsi jusqu’au toit. Elle put ainsi progresser plus discrètement, mais elle devait prendre garde tant les tuiles étaient glissantes à cause de la pluie tombé le matin qui n’avait pas encore séché.

La haute tour centrale de pierre blanche projetait sur Elise une ombre bienvenue qui limitait les chances qu’elle se fasse voir. Elle put ainsi se risquer a descendre sur la façade Est à la recherche d’un passage plus opportun. La chance lui sourit sous la forme d’une fenêtre dont le montant était de travers, et qu’un bon coup de pied bien placé fit s’ouvrir sans trop de bruit.

Elise essayait de s’orienter lorsqu’elle entendit du bruit. Rapidement elle se dissimula derrière une grand bibliothèque. Des pas résonnèrent dans le couloir adjacent, tandis que des voix trop diffuses pour être intelligibles se faisait entendre. Elles s’approchèrent, et Elise put reconnaître le Duc en train de parler à son homme de main, le chevalier Alberich de Frey, fine lame et soldat accompli.

« Nous attendons toujours des nouvelles de Saint Germain messire » dit Alberich

– Peste ! » dit le Duc « Je ne serai tranquille que lorsque je saurai que cette garce espagnole sera répudié comme il se doit ! Louis n’a pas été assez ferme avec elle : mais moi je n’aurai pas cette faiblesse : elle causera notre perte si on y prend pas garde ! »

Elise ne put entendre le reste de la conversation, mais cette bribe fût suffisante pour confirmer l’implication du Duc. Mais sa seule parole ne valait rien : il fallait une preuve. Une fois certaine que la voie était dégagé, elle entrouvrit la porte et avança dans le vaste couloir à pas de loup.

Ce qu’elle cherchait devait se trouver dans les appartements du Duc, il était donc inutile de fouiller chaque petite pièces du bâtiment. Elle préféra suivre Alberich et son maître, dans l’espoir qu’ils la mène a destination. la traque était facilité par les vocifération du Duc, permettant à Elise de s’orienter et surtout de savoir si elle se rapprochait trop. Apres quelques instant de déambulation, elle fini par entendre un bruit de porte, tandis que les voix s’estompaient.

« Le chat est tapis dans sa tanière » dit Elise pour elle même « Mais les souris sont pleine d’astuces ! »

Dans un premier temps, l’intrépide chevalier étoile voulut entrer dans un des bureaux voisin pour accéder aux appartements du Duc par la fenêtre de la même façon qu’elle était sortie du bureau blanc. Mais voila, le Duc allait peut être rester des heures a s’entretenir avec son lieutenant, elle ne pouvait s’offrir ce luxe et devait trouver un moyen de les attirer dehors.

Elise décida alors d’employer les grand moyens. Elle retourna sur ses pas et entra au hasard dans un pièce non sans s’être assurer qu’elle était vide. C’était une chambre coquette mais bien en deçà des luxueux appartement royaux qui se trouvaient dans l’aile nord, en face de la chapelle. Il y faisait froid, signe que l’endroit n’avait pas été chauffé depuis des lustres, et que l’humidité s’était accumulé depuis des mois. La jeune femme fouilla les armoires, n’y trouvant que des draps et quelques bougies rangées prêt de la table de chevet. Malgré tout, elle fut satisfaite et emporta le tout.

Elle ramena avec elle son butin et commença à disposer les draps en tas quasiment en face du bureau du Duc. Elise tira alors de sa tunique un morceau d’Amadou quelle coinça contre le mur, puis le frotta avec une tige de métal comme celle servant au mousquet. En quelques instant, des étincelles embrasèrent l’Amadou qu’elle laissa tomber sur les draps.

Elise pénétra dans le bureau le plus proche de celui du Duc, certaine que ce dernier n’aurait pas permis qu’il soit occupé. Elle ouvrit la fenêtre avec précaution, et commença de nouveau a parcourir la façade. L’exercice était cependant plus difficile de ce coté du bâtiment qui donnait côté jardin, et elle ne dut qu’a son agilité de chat de ne pas tomber.

Elle s’approcha de la fenêtre du Duc, mais resta à bonne distance, et tendit l’oreille.

Comme elle l’avait espérer, l’acre fumé avait alerté les gardes qui vinrent frapper à la porte du Duc pour lui demander de quitter les lieux le temps qu’ils contrôle l’incendie. Une fois ceci fait, Elise força la fenêtre sans ménagement, et pénétra le bureau.

A sa grande surprise, l’endroit était spartiate et ne faisait signe d’aucune opulence. L’endroit fut facile a fouiller, et Elise trouva ce qu’elle cherchait dans un cahier de cuir brun qui contenait la correspondance du Duc. Les messages qu’elle y trouva étaient pour la plupart codé, mais la lettre de sauf conduis au nom du Duc était elle parfaitement identifiable.

Elise tenait sa preuve, mais il lui fallait maintenant trouver un moyen de fuir. Le couloir devait être submergé de garde, il ne lui restait donc que la fenêtre. Il y’avait cependant bien 15 mètres de haut jusqu’au sol : autant dire qu’il lui serait impossible de sauter.

Coincé si prêt du but, la jeune femme pesta. Elle entrouvrit la porte avec minutie pour observer ce qui se passait, son esprit fonctionnant à plein régime pour trouver une porte de sortie.

Les gardes avaient étouffé le feu en utilisant un des grands tapis qui devait se trouver dans un des appartements proche, tout en lançant quelques baquet d’eau qu’ils avaient ramené a grande enjambé des cuisines. Pour l’instant, ils ouvraient les fenêtre pour chasser la fumer, et ne portait aucun regard dans la direction d’Elise. Risquant le tout pour le tout, elle ouvrit la porte et s’élança dans le couloir dans le direction opposée, espérant être assez rapide pour distancer les gardes.

Le bruit de ses pas attira bien entendu l’attention, mais ce n’est que lorsqu’elle fût arrivé de l’autre coté que les gardes réagirent :

« Halte là ! un intrus ! » hurla t’on

Elise descendit les escaliers a toute jambes, sautant les cinq dernières marches pour aller plus vite. Elle arriva à bout de souffle au rez de chaussé et se précipita vers la porte la plus proche. Elle tomba dans les cuisines où les marmitons s’attelaient à préparer le dîner. ils la regardèrent avec surprise.

« Pardonnez moi messieurs ! » demanda la jeune femme avec douceur « il y’a bien une sortie par ici ? »
– Oui madame » répondit un solide gascon arborant une impériale moustache grise « Mais puis je savoir ce que vous faites dans ma cuisine ?

– Oh si peu monsieur »

Elise fut interrompu par l’entrée d’un garde qui la voyant s’apprêta à donner l’alerte. Elle attrapa un pichet de terre cuite qu’elle lui lança avec précision au visage, puis lui sauta dessus l’assommer d’un grand coup de coude dans la tempe.

« Je crois que je ne pourrais pas rester pour dîner ! » dit elle au gascon « c’est bien dommage : ça sent très bon ! »

Elise traversa la salle à toute jambe puis prit la porte menant à la réserve. En s’aventurant plus avant, elle trouva un accès vers une petite cours extérieur, elle même donnant tout droit accès aux jardins, puis à la forêt.

Galvanisé, la jeune femme retrouva des forces et s’élança. Elle entendit alors des bruits de mousquet claquer depuis les hauteurs, et presque aussitôt le sifflement des balles qui pleuvaient dans sa direction.

« Peste ! peste ! peste ! » jura t’elle tout en pressant l’allure a s’en déchirer les poumons.

L’au ré du bois fût son salut et elle put disparaître entre les arbres. Au loin, elle entendait l’alerte et l’aboiement des chiens qui allait être lâche à ses trousses.

***

Après avoir semé ses poursuivant et repris sa monture, Elise avait chevauché à toute allure jusqu’au Palais Royal afin de remettre en main propre sa trouvaille au Cardinal. Mais à sa grande surprise, elle trouva un obstacle de taille sur son chemin.

Posté ostensiblement devant la grande herse du Palais, Alberich de Frey l’attendait, la main sur l’épée en signe de défi. Elise ne se défila pas et mena son cheval jusqu’à l’entrée puis en descendit pour faire face à Alberich.

« Messire de Frey… » Dit elle « je vois que mon détour vous à laisser le temps d’arriver avant moi
– Il était évident que vous viendriez ici mademoiselle Chateauciel
– Certes. Je suppose donc que vous êtes l’ultime va-tout du Duc ?
– L’enjeu en est à ce point en effet. Mais je suis heureux de voir que vous ne vous défilez pas en essayant de passer par les fenêtre…
– Oh ne m’en parlez pas : ça n’est pas demain que je referai pareille folie !
– Encore faudrait il que vous en soyez capable…
– Vous me menaceriez ? ça n’est pas très élégant de la part d’un chevalier
– Vos duperies sont peut être efficace avec des adversaires moins méfiant, mais pour ma part je ne ferai pas la bétise de vous sous estimez toute femme que vous êtes. C’est le chevalier étoile que je défi : pas une jeune femme »

Elise fît une révérence

« Merci mon doux prince : c’est si rare d’être considéré comme il se doit de nos jours
– Relevez vous le gant ?
– Je manquerai à mon devoir de ne point le faire. Mais je suis anxieuse de devoir vous occire juste devant la demeure du Cardinal.
– Auriez vous peur ?
– Serais je là si c’était le cas ?
– Certes… que proposez vous
– Un duel en bonne et due forme. Premier sang ou mise à terre, à votre guise.
– Vous mettre à terre est une perspective aguichante… Si vous gagnez je vous cede le passage
– Et dans le cas contraire, je jure sur mon honneur de vous remettre ce que j’ai prit à votre Duc… »

les deux adversaires échangèrent un regard et aquiesserent mutuellement. Alberich tira l’épée et attendit qu’Elise en fasse de même.

« Permetez ? » demanda t’elle en désignant la bride de son cheval
– Quel gouja je fais : bien entendu » répondit Alberich en rabaissant son épée.

Elise accrocha son cheval à la cloture du Palais sous les yeux médusé des gardes en factions. Ils avaient recu l’ordre d’Alberich de ne pas intervenir, ce dernier leur ayant expliqué qu’il s’agissait d’un duel d’honneur entre chevalier.

« Merci de votre patience mon bon chevalier. Je ferai honneur à votre savoir vivre : En garde ! »

Elise tira l’épée, salua et se mit en position.

Alberich porta la première attaque, visant le centre pour étudier un peu son adversaire. Elise étant plus petite que la moyenne de ses adversaires, il devait ajuster un peu plus bas ces coups et avait besoin de jauger les distances avant de prendre plus de risque.

Elise de son coté, esquivait et tenait Alberich à distance. Elle connaissait sa réputation et savourait le duel, oubliant sa mission. Par provocation, elle porta une pichnette du bout de sa lame pour piquer le bord du chapeau d’Alberich et le faire tomber, révélant ses cheveux blond. Elle baissa un instant sa garde pour qu’il puisse reprendre son couvre chef, geste qu’il salua de la main. Le combat repris de plus belle, mais ce fût cette fois Elise qui menait l’assaut.

Usant d’un style peu académique, elle effectuait des mouvements latéraux pour perturber la ligne d’attaque de son adversaire, tout en créant des brêche où s’engoufrer. Mais voila, Alberich avait l’avantage de l’allonge, et il parvenait toujours à maintenir sa défense.

« Mademoiselle  » dit il « dans d’autres circonstances, je me serai précipité chez monsieur votre père pour demander votre main !
– Allons bon ? Si vous n’avez besoin que d’une main : la votre devrait faire l’affaire ! »

Le chevalier de Frey esquissa un sourire amusé auquel Elise répondit. D’une certaine façon elle aussi regretta de devoir s’opposer à un si brillant chevalier.

Le combat durait déjà depuis un bon moment, et les deux adversaires commençait a sentir la fatigue. Car maintenir une garde, et brandir plusieurs kilo d’acier a bout de bras était un exercice épuisant. Elise comprit que c’était la dessus que comptait Alberich : ayant plus de force, il fatiguerait moins vite et gagnerait sur la longueur. Mais c’était sans compter sans l’astuce et la vivacité de la jeune femme.

Le chevalier étoile tenta une ultime botte afin d’en finir avant d’être totalement épuisée : elle se lança en hurlant sur son adversaire, lame en avant. Le mouvement était grossier et sans panache, et Alberich n’eut aucun mal à l’anticiper : sûr de son allonge, il lança un coup d’estoc qui lui garantirait la victoire. Mais au dernier moment, Elise jeta son épée en l’air et fit une roulade sur ses épaules pour passer sous le coup de l’adversaire.

Le regard d’Alberich resta focalisé sur l’arme qui décrivait un mouvement désordonné au dessus de lui. Il comprit alors, mais trop tard, son erreur.

Lorsque Elise termina sa rotation, elle avait un genou à terre et se trouvait à moins d’un mètre d’Alberich. Elle poussa sur sa jambe, profitant de l’inertie de sa roulade pour avoir encore plus de puissance, et percuta le chevalier de Frey en plein dans l’estomac, épaule la première.

Ce coup de bélier lui coupa le souffle et le renversa a terre ou il se cogna violement la tête contre le pavé.

Elise se releva, chancelante tandis que Alberich cherchait encore à retrouvé son souffle étalé sur le sol.

« Et bien mon bon chevalier… » dit Elise en reprenant son souffle elle aussi « Je crois que pour aujourd’hui la maison Chateauciel marque le point ! Évitez de raconter cela à monsieur mon père si d’aventure il vous venait l’idée d’aller lui quérir ma main… »

Cassé en deux par la douleur, Alberich ne put malgré tout s’empécher de sourire tandis qu’Elise entrait dans le Palais Royal.

***

Le Duc de Luynes entra dans le bureau du Cardinal sans cérémonie. Tout autre que lui aurait été arrêté sur le champ, mais son titre de favori du roi lui offrait certains privilège.

Assit devant un bureau cossu, le Cardinal écrivait un de ses multiples ordres qu’il expédiait à longueur de temps. Il invita le Duc à s’asseoir et lui exposa la situation avec calme.

Les preuves qu’il tenait lui permettrait de le faire tomber en disgrace auprès du roi en un instant, mais il préferait une solution plus diplomatique : la confiance du roi envers le Duc était un des ciments du gouvernement, et Richelieu en stratége accomplit savait qu’il était préférable que les choses restent ainsi. Il proposa au Duc de le servir, en échange de quoi il garderait secret cette affaire et lui permettrait même de s’attirer un peu de gloire en le faisant passer pour celui qui avait retrouvé les coupables.

Acculé le duc n’eut d’autre choix que de ceder. Tête basse, il quitta le Palais Royal, mortifié d’être devenu à son tour un des nombreux pantins du Cardinal.

Elise qui avait assisté à l’entretient depuis la pièce voisine, entra a son tour.

« Votre excellence est elle sûre d’avoir fait le bon choix ?
– Ma chère enfant, en politique il faut garder ses ennemis prêt de soi
– Et ses amis plus encore ?
– Voila de bien sage parole »

Elise prit la direction de la porte, et s’arrêta sur le seuil de celle-ci.

« Et si jamais il venait à trahir sa parole votre Excellence ?
– Et bien de toute évidence il devra se méfier de la bonne Etoile qui le surveille ! »

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