journal de bord – Episode 9 : Chanson pour Avalon

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Un lien vers « Duvet » de Boa (chanté par Jasmine Rodgers)

Chanson pour Avalon

A l’intérieur de la petite cabine d’enregistrement qui devait tout juste faire 30m², se trouvait ce que les types du studio appelaient le Mojo. C’était un simple crochet suspendu sur le mur à droite de la porte, un tout petit crochet métallique de rien du tout qui se terminait en sphère afin de ne pas abîmer ce qu’on suspendait dessus.

Lorsqu’on entrait dans la cabine, il fallait saluer le Mojo, comme si c’était quelqu’un faisant parti de l’équipe. Il y’avait même certains musicien qui lui parlaient, comme à un confident, ou qui priaient devant lui comme si c’était un autel élevé à la gloire d’une divinité animiste des portes manteau.

Le Mojo était là depuis presque aussi longtemps que le studio lui même. Construit bien avant l’époque légendaire de la Motown, et tout comme le snake pitt des funks brothers, le studio Avalon avait acquis son aura et sa patine par l’entremise des musiciens qui s’y étaient succédé pendant presque 80 ans maintenant. Leurs créations, leur passion, mais aussi leurs fureurs et leurs déceptions s’étaient imprégnés dans ses murs dont les fantômes continuaient d’observer les vivants essayant de marquer eux aussi l’endroit par leur musique.

Quand Jasmine arriva, elle fût impressionné par cette ambiance. Ça n’avait rien à voir avec sa petite chambre d’ado où elle s’enregistrait en train de gratter ses premiers accord devant une webcam base résolution. Certes c’était non seulement un studio professionnel, mais surtout c’était celui où avait été enregistré les 6 seuls titres existant de Solomon Duke. 6 titres qui avaient bouleversés la vie de Jasmine et l’avaient poussé vers la voie de la musique et du Blues.

L’an passé, Jasmine Queen n’était qu’une jeune fille ordinaire, vivant dans un petit bled du Michigan du nom de Wakefield, jusqu’au jour où elle publia une vidéo d’elle en train de chanter sa chanson préférée : « The Blues remain in my soul »

If i’m broke, if i’m down
if all the ways are blocked and if i feel trapped

Blues… still remain in my soul

if i’m lost, if i’m sad
if all men are against me and if i feel lonely

Blues… still remain in my soul

Cause i’m a passenger… of the wind
Cause i’m a traveller… so i still be walking !

If on my way you can hear my song
come on and sing it with me
I’ll take you on the roads,
And togther will finaly be free… cause…

Blues… still remain in our souls
Blues… still remain in our souls….

Simplement accompagnée d’une guitare aux cordes fatiguées par des heures de pratique assidue, la chanson de Jasmine était rapidement devenue virale au point qu’il ne fallut pas un mois pour qu’elle dépasse le million de vue a travers le monde. L’Amérique s’était découvert une nouvelle idole, et une grosse major sentant la bonne affaire lui proposa d’enregistrer un single.

Comment résister à une telle proposition quand vous avez 17 ans et des rêves de gloire plein la tête ?

Jasmine s’était donc retrouvé à New York, au studio Electric Lady, pour enregistrer une version plus pro de « The Blues remain in my soul ». Le résultat fût un carton commercial, et un succès prometteur pour les critiques. Pourtant, la jeune fille avait eut le sentiment de trahir la chanson…

A partir de là tout avait échappé à son contrôle : les télés, les premières parties de concert de grand noms de la musique… tout était allé trop vite pour Jasmine. La pression était trop forte, et le tourbillon qui l’avait emporté ne semblait jamais s’arrêter. Toujours sur les routes, passant de chambres d’hôtels en chambres d’hôtels, elle était le témoin figé de sa propre perdition.

Un an après ce départ foudroyant, la maison de disque savait qu’il fallait relancer la machine pour concrétiser l’essai et pérenniser Jasmine Queen dans le cœur du public. Ils avaient donc organisé l’enregistrement d’un nouveau single qui allait être un tournant décisif : soit la jeune fille resterait une étoile filante connue pour un seul et unique hit, soit elle parviendrait à creuser son sillon dans un milieu ultra concurrentiel.

Cet enjeu délirant qui pesait sur les épaules de Jasmine la tétanisait encore plus. Son désir d’être artiste ne suffisait plus à la motiver, et chaque moment était vécu plus comme une épreuve que comme un accomplissement. Ses intervention pilotées et son image contrôlée par la maison de production faisaient que Jasmine ne se sentait plus artiste, mais simple employée d’une grosse multinationale.

Elle était là, au milieu des musiciens engagés par le label, a chercher dans les murs de cette salle d’enregistrement comme une étincelle qui provoquerait le déclic. Le chef de projet, Denis Wayland rappela les consignes, et retourna voir l’ingénieur du son derrière la grande vitre qui séparait la cabine de la table de mixage. A aucun moment lui ou les musiciens n’avaient adressé un regard a la jeune fille. Pour eux ce n’était qu’une énième starlette qu’on leur confiait histoire de profiter un maximum de son image : aucunement une des leurs.

La chanson que Jasmine devait enregistrer avait été conçu pour elle par toute une équipe d’auteurs assistés par un expert en marketing qui avait établi tout un relooking pour la jeune chanteuse. Si au début le label avait voulu lui faire suivre les créneaux des chanteuses pop sexy, ils furent convaincu par l’expert marketing de prendre le contre pied de la tendance et de jouer sur le jeune age de celle qu’il appelait « miss Queen » et de la positionner sur un créneau moins disputé dans sa tranche d’age : la country music.

Le label avait donnée son aval, et plusieurs titres furent préparés et testés avant même la session d’enregistrement. Finalement, c’est un titre sirupeux et bien loin de l’esprit Blues qui l’avait fait connaître que Jasmine venait au bout de 38 prises éreintantes d’enregistrer.

Les musiciens quittèrent la salle d’enregistrement, toujours sans un mot ou un regard pour Jasmine. Wayland entra alors pour s’entretenir avec la jeune chanteuse. Il lisait sur sa tablette Dieu sait quoi tout en s’adressant à Jasmine sur un ton entendu qui ne laissait aucune place à l’échange :

« Très bien Miss Queen, le mixage sera fait demain et du coup on fera les premières écoutes tests sur la plateforme en ligne LoneStar. Nous avons un excellent profilage sur ce site, on saura très vite si ça fonctionne… auquel cas on remettra le couvert pour 5 titres. Tout cela complétera notre placement sur cette saison… on préfère ne pas aller au delà des fêtes de fin d’année vu que c’est là que nos chers concurrent vont lancer leurs poulains. Mais ne t’en fait pas, on les attends au tournant et aussitôt qu’il sera possible de jeter une oreille sur leurs prochaines productions, on met l’équipe créative du label sur le coup pour te pondre un album. Ça te va ? »

Bien sûr, la question de Wayland était purement rhétorique. Jasmine le savait, et acquiesça docilement sans un regard vers le chef de projet qui était déjà en train de rédiger un rapport pour le directeur du label, lui expliquant en détail sa stratégie.

Elle quitta la cabine d’enregistrement. Mais à peine eut elle passer la porte qu’une voix l’interpella depuis la table de mixage :

« Hey : tu as oubliée de saluer le mojo ma mignonne ! »

L’ingénieur du son, Marcus Benson, venait de rappeler la jeune chanteuse à l’ordre de sa voix lourde et tranquille.

« Il faut respecter le mojo petite. C’est lui qui fait tenir la baraque.
– Désolé… » répondit timidement la jeune fille « je suis pas trop à ce que je fais en ce moment…
– J’ai vu ça… excuse moi de te dire ça aussi sèchement mais… c’était nul votre truc.
– Je sais : mais que voulez vous. C’est pas moi qui décide.
Pas moi qui… Mais enfin ma mignonne : c’est quand même ta voix que j’entend la dedans non ?
– Oui mais…
– Pas de mais : si tu le fais c’est que tu l’acceptes. Je sais que ces types des labels sont fort pour monter la tête des p’tits jeunes dans ton genre mais… après c’est à toi de choisir si tu veux être célèbre ou si tu veux être une artiste ma grande. Mais dis toi que tu pourras pas forcément être les deux ! »

Marcus soupira devant la mine déconfite de Jasmine. La jeune fille était à peine plus âgé que sa propre fille, et il ne pouvait s’empêcher d’agir en « papa ».

« Désolé petite… je te dis ça mais je vaux pas mieux : après tout j’accepte bien de mixer votre single ! »

Jasmine restait perdue dans ses pensées, le regard dans le vague, scrutant les dizaines de photos accroché au mur de la cabine de mixage.

« Dites : c’est vrai que c’est ici que Solomon Duke à enregistrer son album ? » demanda-t-elle timidement
– Tout à fait : c’est même ça qui à fait décollé le studio Avalon. Tiens, viens voir… »

Marcus invita Jasmine à s’approcher. Il pointa du doigt une très vieille photo sur le mur. Dessus, en noir et blanc, un jeune homme de couleur dans un costume gris usé avec un chapeau de feutre mou sur la tête était assit sur un tabouret haut, avec dans ses mains une guitare dont il était visiblement en train de jouer. Les yeux fermés, le visage reflétant un instant de grâce, il penchait la tête en avant tandis que ses doigts plaquaient un accord de Sol.

« Voilà Solomon Duke… un putain de génie du Blues. T’es fan ?
– C’est mon idole. Depuis que je suis toute gamine sa musique a fait partie de ma vie.
– Ah ? c’est rare pour les gamines de… enfin je veux dire les jeunes filles de ta génération c’est plus la pop et leur satané RnB. Comment t’as fait pour en arriver là ?
– Quand j’avais 11 ou 12 ans, mon grand père est mort et on à récupérer pleins d’affaires chez lui, et dedans y’avait un tas de vinyles, dont l’album de Solomon, une édition super rare. Moi je comprenais même pas comment c’était possible que ce gros machin noir puisse contenir moins de musique que mon Ipod, mais je trouvais ça super vintage et pour me faire plaisir mon père a branché le vieux tourne disque de papy dans ma chambre. J’ai pris le disque de Solomon au hasard parmi toute la pile de vinyle… étrange hein ? bref, en voulant poser le bras de lecture il m’a glissé des mains et il est tombé pile sur le début de « The blues remain in my soul »… »

Marcus écoutait avec émerveillement l’histoire de Jasmine. Voir que ce genre d’histoire d’amour entre quelqu’un et la musique existait encore lui fit chaud au cœur.

« Je me souviens parfaitement qu’on était l’été, par une belle nuit chaude. Le ciel était dégagé ce soir là et je pouvais regarder les étoiles à la fenêtre de ma chambre. C’était… incroyable : y’avait ce spectacle magnifique, et puis la musique… ah si vous saviez… je pouvais pas comprendre ce que j’entendais, mais je savais que c’était fantastique. Je me suis demandée quel était l’instrument capable d’avoir autant d’âme et qui était cet homme qui parlait de chose si triste avec pourtant tant de chaleur dans la voix.
– T’as senti le Blues…
– Ouais… ça été l’un des moments les plus magiques de ma vie. J’ai remis encore et encore cette chanson en regardant le ciel. Je voulais que le temps s’arrête. Cette année là en Septembre j’ai laissé tombé le volley-ball et j’ai pris des cours de guitare. A coté de ça j’ai cherché à en savoir plus sur Solomon, mais à ma grande déception j’ai appris qu’il n’existait qu’un seul et unique album de lui avec seulement 6 chansons dessus… »

L’album en question « The Devil and Mr Blues » avait été enregistré en Aout 1933, année la plus noire de la grande dépression qui avait frappée les états-unis entre les deux guerres mondiales. A travers la musique, on se sentait happé dans cette époque où le monde semblait sur le déclin, mais malgré tout, Solomon Duke y maintenait une lueur d’espoir. Son blues parlait de tristesse, mais sans y succomber. Il évoquait la mélancolie des amours perdus et des années qui passent, sa voix légère et suave semblant donner la réplique a celle de sa guitare. Tout le monde était d’accord la dessus : la guitare de Solomon n’avait pas un son, mais une voix. Belle, claire et traînante comme un vieil accent du sud profond, « Lily rose » comme la surnommait le bluesman, avait une voix qui parlait d’amour comme personne, et qui caressait l’âme comme un bon souvenir couvert de la patine des jours heureux.

« … au final je me dis que c’est aussi ça qui fait que j’aime tant cette musique. Elle est rare et précieuse, comme une personne.
– Petite tu m’impressionne… j’ai pas entendu quelqu’un me parler de musique comme ça depuis… pfff : 20 ans au moins ! »

Pendant un court instant, Jasmine avait ressenti à nouveau la flamme de sa passion brûler. Parler simplement de musique, de ce qu’elle ressentait, c’était juste ça qu’il lui fallait. Et c’était aussi comme ça qu’elle devait chanter.

« Dites, Mr Benson, est ce que je pourrais rester un peu dans le studio ? Je voudrais… je veux dire : y’a une telle ambiance ici et…
– N’en dis pas plus ma mignonne. Tonton Marcus te laisse les clefs du château pour ce soir. Je vais prévenir le gardien et tu n’auras qu’a lui donner les clefs en sortant »

Elle prit le précieux sésame et après avoir remercié Marcus, retourna dans la cabine d’enregistrement. Une fois la porte refermée, elle attrapa l’une des guitares, une lourde Gibson Les Paul au vernis « sunburst » clair. Sans même allumer l’ampli, elle commença a laisser ses doigts courir sur les cordes et sur le manche.

do, mib, fa, fa#, sol, sib, do

La gamme de blues.

Techniquement c’était une variation de la pentatonique mineure, agrémenté de la fameuse « blue note » qui créait une quarte augmentée avec la tonique de la gamme. Cette simple variation transformait radicalement la gamme et lui donnait sa « couleur » blues. Et si la gamme mineur était par définition triste, la blue note marquait encore plus ce sentiment.

Jasmine commença par jouer en Sol, puis laissant simplement son instinct faire, elle oublia toute la théorie musicale et se contenta de laisser parler son cœur. Quoi de mieux que le blues pour extérioriser sa peine ?

The devil offert me a gift for my soul
But i’ve already signed a pact
I can’t give what’s not mine anymore

Please don’t try to bargain with me sir :
I can’t be chained in hell
Cause i belong to a pretty smile
I belong to my sweet sweet love…

Tandis que les notes finissaient de résonner et que la voix de Jasmine devenait un murmure, un bruit se fit entendre dans la cabine : adossé contre le mur juste à coté du Mojo, un homme en costume gris usé avec un chapeau de feutre mou applaudissait. A coté de lui, adossé aussi contre le mur, on pouvait voir un étui à guitare fatigué…

Jasmine cru d’abord que c’était le gardien qui était venu jeter un œil. Mais en un instant elle reconnu celui qui se tenait devant elle.

« C’est… vous ! » dit elle dans un murmure.

Lui, l’homme qui avait changé sa vie, celui qui entouré de mystères et de légendes avait soit disant vendu son âme au diable pour avoir du talent. Sauf que c’était bien entendu impossible qu’il soit là.

« Désolé de vous avoir interrompu m’amzelle, mais c’était très beau ce que vous chantiez…
– C’est de… c’est de vous cette chanson
– Nan y’a erreur m’amzelle. Les chansons elles appartiennent à mon maître, moi j’suis qu’un p’auve p’tit filou qui erre et qui chante pour les cœurs tristes.
– Votre maître ?
– Oui m’amzelle : le Blues. C’est à lui toutes ces chansons. Il les donnes à qui il a envie. Faut être juste content qu’il nous laisse les jouer.
– C’est… c’est vraiment vous ? je suis pas en train de rêver… ou de devenir folle ? »

L’homme en costume s’avança vers Jasmine et s’installa sur le tabouret à sa droite. Il saisi son chapeau et le lança avec assurance vers le crochet à coté de la porte où il se posa aussi délicatement qu’un oiseau qui se pose sur une branche. Il ouvrit ensuite son étui et en sortie une superbe guitare Gibson L1 aux cordes métalliques étincelantes sur laquelle on avait monté un chevalet bigsby.

« Moi et Lily rose on voulait savoir si on pouvait jouer un peu avec vous ? »

Jasmine voulut se lever et quitter la cabine d’enregistrement. Du moins c’était ce que voulait sa tête. Son cœur lui voulait rester et croire a la magie de cet instant.

« Comment est ce que je peux vous voir… et vous parler ? » demanda-t-elle encore incrédule
– C’est parce que vous et moi m’amzelle on à le même maître. Je sais que vous aussi vous le servez pas vrai ? C’est à travers lui que je vous parles. Parce que le maître il est là pour vous aider vous savez ? il sait que vous êtes tiraillé par ce qu’on vous demande. Vous vous voulez juste chanter et jouer comme vot’e coeur il vous le demande hein ? Bah le maître et moi on pense que c’est ce qu’il faut.
– Mais alors pourquoi ça se passe comme ça ? pourquoi j’arrive pas à faire quoi que ce soit ?
– Pa’ce que vous n’êtes pas libre m’amzelle. Y’a ces gens là, ils vous font faire ce qu’ils veulent. Mais c’est pas vous hein ? pas vrai ? le vrai vous il joue le blues et chante pour les cœurs tristes hein ? »

Solomon passa ses mains sur Lily rose et aussitôt les notes claquèrent dans l’air. Pétillantes comme des bulles de champagne, elle arrosèrent la pièce de leur sonorité piquante. Jasmine n’en revenait pas : à quelques centimètres d’elle, l’inimitable voix Lily rose chantait une mélodie dansante qui lui donna l’impression de voler.

Jasmine plaça sa guitare contre sa jambe en position classique, c’est à dire calé entre ses jambes, le manche incliné à 45 degrés pour que la main gauche viennent naturellement trouver sa place. Du bout des doigts elle commença a pincer les cordes avec la main droite, simplement pour faire sonner une basse.

Lorsqu’elle senti que la mélodie s’était harmonisée avec ce qu’elle jouait, elle ajouta un accord de Sol, et aussitôt Solomon suivi le mouvement. La jeune fille était portée par la musique. Elle ferma les yeux et pencha la tête en avant tout en plaquant à nouveau un accord de Sol.

La mélodie flotta encore quelques secondes après que les deux guitaristes ait cessés de jouer, tandis qu’ils se regardaient l’un l’autre avec complicité.

« Bah ça m’amzelle, on peut dire que vous nous avez impressionné avec Lily rose
– C’était génial : comme si ma tête était vide et que je pensais en musique. J’avais juste besoin de sentir une émotion pour qu’elle se matérialise. Comme si je parlais un nouveau langage
– Mais c’est ça le Blues M’amzelle. C’est un langage pour l’âme. Vous venez de me raconter toute votre histoire : ce que vous avez envie, ce qui vous tracasse : le vieux Solomon il sait tout ça maintenant ! »

La jeune musicienne voulut répondre, mais ce ne fût pas ses lèvres qui donnèrent une réponse. Elle recommença à jouer de plus belle, tout en fredonnant un petit air pour s’accompagner. Un air tout simple, qui parlait de sa tristesse et sous lequel on pouvait voir brûler sa flamme.

Solomon ne toucha pas aux cordes de Lily rose, et se contenta de battre le rythme du bout des doigts sur la table d’harmonie.

Mi mineur, Do, Ré, Mi mineur… Jasmine fit tourner ces accords puis se mit à chanter :

The photo on the wall is my last memory about you
you’re gone but it’s still like you’re always here
Would you keep an eye on me like you’ve always did ?
Can you be my angel ?
And take care of me

When the Big bad moon rise
When the Sun goes down
Can you be my angel ?
And take care of me

The boys out there are like wolves
But you’ve always be a hunter
Who protected me
Can you be my angel ?
And take care of me

I’ve learn from you how to be strong
But you never told me how to be alone
I don’t wont another man to be there for me
I miss you so, and I love you daddy
So please…
be my angel
watch me from heaven
And take care of me…

Lorsque Jasmine termina sa chanson, Solomon l’applaudit de nouveau

« vo’te père il vous manque M’amzelle hein ?
– Il est mort y’a un mois… un accident de voiture. Il était en route pour venir me voir chanter sur scène… c’était la faute de personne, juste un coup du sort.
– Moi et Lily rose on est sincèrement désolé m’amzelle. Le maître est parfois impuissant face à certaines choses.
– Vous savez… j’ai jamais pu parler de ça à personne. Même avec ma musique. En ce moment j’aimerai tellement qu’il soit là, qu’il puisse me voir…
– Ça part contre c’est possible M’amzelle. J’crois même que c’est déjà le cas…
– … ?
– Même si le maître peut pas nous rendre ceux qu’on à perdu, il a ses trucs à lui pour qu’ils nous regardent le temps d’une chanson. Vous le portez avec vous, dans vot’e musique. C’est c’te magie là dont le Blues est capable. Il soigne pas la douleur, mais il la rend supportable. Il change pas la vie, mais nous rappelle qu’on a vécu de belles choses, que le bonheur ça existe, même si c’est loin. Le maître il se moque que tu sois une p’tite jeune fille de vingt ans ou le fantôme d’un vieux bonhomme comme moi. Il nous aimes tous.
– On dirait presque une religion dites donc…
– Nan vous confondez : le Gospel c’est un cousin du maître… »

Jasmine ri de bon cœur à la remarque de Solomon.

« Je voudrai vous donner un p’tit quelque chose de sa part m’amzelle… »

D’un geste habile du pouce, le guitariste lança vers Jasmine la pièce de 25 cents qu’il utilisait en guise de médiator. C’était une version de 1917 du quarter dollar frappé d’un coté de l’aigle américain et de l’autre d’une allégorie de la Liberté tenant un bouclier.

« C’est pas aussi pratique que vos médiators en plastique mais… c’est plus quand même plus joli nan ?
– Merci monsieur Duke…
– Appellez moi Solomon m’amzelle…
– Alors appelez moi Jasmine
– Très bien : Jasmine… »

Solomon rangea Lily rose dans son étui et se releva. Il prit son chapeau sur le crochet, mais avant qu’il ne saisisse la poignée de la porte, Jasmine l’interpella :

– Je peux vous demander une dernière chose Solomon ?
– Tout ce que tu veux m’amzelle Jasmine
– Je veux enregistrer une chanson pour les cœurs tristes, et je voudrais que vous m’aidiez à la composer
– J’peux pas faire de chanson à ta place M’amzelle Jasmine. C’est pas comme ça que sa marche
– Je sais, mais si vous êtes là, si je sens votre présence, alors je saurai que je fais ce qu’il faut. Restez juste dans le coin le temps que je fasse ça s’il vous plait.
– Hum… alors dans ce cas y’a pas de problème M’amzelle »

Solomon se pencha vers son étui et susurra :

« T’entends ça Lily rose : le maître et M’amzelle Jasmine vont nous faire un bon p’tit blues rien que pour nous ! »

***

Lorsque Marcus arriva au studio, il découvrit Jasmine endormie dans la cabine d’enregistrement. Allongée en position foetale sur la vieille chauffeuse gris souris calé sur le mur de droite, elle dormait paisiblement, son téléphone dans la main et écouteurs sur les oreilles.

Marcus posa sa main sur son épaule pour la réveiller en douceur.

« Hey : la Belle aux bois dormant, on va te compter un supplément pour la nuit » dit il en plaisantant.

Jasmine entrouvris les yeux et se redressa doucement.

« Oh… bonjour Monsieur Benson… désolé j’ai pas vu le temps passé et je me suis écroulée de fatigue
– T’en fais pas… Alors ? est ce que t’as pu faire le tri dans ta tête ?
– Oui, les lieux m’ont vraiment aidés à réfléchir. Et je sais qu’il faut que j’arrête tout ça… pas la musique hein ! mais de me faire balader par le label. J’ai retrouvé ce que je voulais vraiment faire.
– Rien que ça ? et bah c’était pas une nuit pour rien ! »

Jasmine se releva, remit un peu d’ordre dans ses long cheveux bruns corbeau et s’adressa de nouveau à Marcus :

« J’ai écrit une nouvelle chanson hier : vous voudriez l’entendre ?

– C’est pour le label ?
– Nan : c’est juste pour moi… et pour les cœurs tristes »

Jasmine attrapa la guitare, alluma l’ampli et sorti de sa poche la pièce de Solomon.

Mi mineur, Sol, La, Mi mineur 7eme, Si mineur, Si, La mineur, Sol…

I spend the night searching answers
but what are the questions ?
I was a slave to my doubts
I’ve created my own prison

I spend so much time blinded by fear
forgetting how to open my eyes
It was damn so easy
To set myself free

Let me show you the way to Avalon
The last land of the kings
The kingdom of all dreams
Far far away from the tears

I spend my night with the master
me his humble servant
he taught me how to be myself
And how to sing for those in pain

I spend my night with a teacher
and learn a thing or two about myself
i was a puppet but he cuts the strings
And now i’am my own puppeteer

Let me show you the way to Avalon
The last land of the kings
The kingdom of all dreams

Far far away from the tears…

Le dernier accord fini, il ne resta plus que le vrombissement de l’ampli. Marcus, bouche bée, avait du mal à croire que c’était la même jeune fille que celle qu’il avait entendu la veille chanter mollement un titre pré-maché.

« Petite : ta chanson est géniale ! il faut absolument qu’on enregistre ça !
– Je suis pas sûr que le label voudra de cette chanson…
– Rien à foutre du label : s’il le faut je produirais moi même ce titre. Ce que t’as fait là c’est une merveille, c’est une vraie chanson qui à du cœur. C’est ce que les gens veulent entendre ! »

Marcus se rua dans son bureau et attrapa le téléphone pour appeler les responsables du studio qui étaient en fait ses oncles. Il commença à leur expliquer en détail son idée de produire un single de Jasmine Queen.

La jeune chanteuse quitta à son tour la cabine d’enregistrement. Mais lorsqu’elle fut sur le point de sortir, elle se tourna vers le Mojo, posa sa main dessus et dit :

« Merci pour tout Solomon : à bientôt »

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