journal de bord – épisode 42 : La Réponse #DéfiBradbury

La Réponse

Pour Sofia, la nuit était le seul moment où elle pouvait travailler convenablement. La journée était trop pleine de bruit, d’agitation et de lumière, et elle ne supportait plus ces stimulus qui troublaient sa concentration. Depuis 8 ans qu’elle avait commencé ce projet, elle était devenue un oiseau de nuit. Ce n’était pas un choix, mais une nécessité, et l’enjeu valait le sacrifice.

Experte en mathématique appliqué à l’astrophysique, Sofia avait consacré ses recherches aux théories unificatrices et plus particulièrement aux constantes cosmogoniques. C’est pour cela qu’elle restait nuit après nuit au laboratoire de l’université, lançant des opérations sur les gigantesques calculateurs soutenus par des clusters virtuels, espérant enfin obtenir la réponse à ses recherches.

La quête de Sofa l’avait coupé du monde. Elle ne sortait jamais, voyait peu ses amis ou sa famille, mais surtout, ne trouvait de l’intérêt à plus rien d’autre dans sa vie. Tout pour elle tournait autour de ses recherches, et chaque conversation avec elle finissait immanquablement sur ce sujet.

Ceux qui avaient connu Sofia avant ne comprenaient pas comment elle avait pu changer ainsi. Elle, de son côté, se moquait de ce que pensaient les gens, trop consciente de l’importance de ce qu’elle faisait pour se soucier dès qu’en dira-t-on.

L’indicateur de progression de la matrice de calcul glissait de manière monotone sur l’écran, indiquant à chaque fois que l’algorithme n’était pas valide via un simple message « Alg Err ». Ce message, Sofia ne cessait de le voir nuit après nuit, mais aussi dans son sommeil. C’était le symbole de son obsession, son Everest, et inlassablement elle s’acharnait à le défier. Lorsqu’une série de calcul était fini, Sofia réajustait la matrice et relançait la machine, avec toujours la même certitude que cette fois, elle allait trouver la réponse.

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Journal de bord – épisode 41 : la Chaîne du Chaos #DefiBradbury

La chaîne du chaos

C’est pour ça que je décidais de ne pas mentir.

A peine fut elle arrivé que je lui demandais de m’accorder quelques instants pour lui parler. Le doute me traversa. Elle était incroyablement belle dans cette robe bleue myosotis sans manche, assortie d’une ceinture à grosse boucle. C’était tout simple, mais élégant, parfaitement adapté… Oh mais à quoi je pense ?

Peut-être valait-il mieux ne rien dire ?

Elle me regardait avec un air étrange mêlant l’envie et la crainte, tirant en arrière une mèche de ses cheveux cendres derrière son oreille tandis qu’elle s’avançait. De ma main posée sur son épaule, je la ramenais contre moi avant de poser doucement mon front sur le sien. Nous étions si près l’un de l’autre que je pouvais sentir la chaleur de son visage irradier le mien. Mes lèvres s’approchèrent des siennes sans jamais les toucher, me laissant un frisson intense.

« attends… » dis-je « Je peux pas faire ça…
– Faire quoi ?
– Te mentir… te faire croire que… que je suis quelqu’un d’autre. T’es une nana super et tu mérites pas ça… »

Evidemment son regard changea. Ses pupilles dilatés signifiaient clairement sa surprise. Un peu de tristesse passa dans les contours de ses yeux, et sa lèvre inférieur se mit à trembloter.

« Mais de quoi tu parles ? tu me fais peur là !
– Je ne suis pas le patron de Lucas. Je t’ai dit ça parce que… Au début c’était un malentendu et j’avais peur qu’à cause de ça tu t’intéresses plus à moi. Je voulais juste te plaire et puis… au final c’est le contraire qui s’est produit.
– Comment ça ? »

Oui c’était dur à avouer.

« Au début c’était juste une attirance…
– Physique ?  » m’assénât-elle sans pitié mais avec raison
– Oui… je l’admets. Mais au final je me suis rendu compte à quel point j’avais été stupide, et à quel point c’était insultant pour toi. Et c’est pour ça que je te raconte tout ça, parce que si on était allé plus loin c’était un point de non-retour. »

Ses yeux dansaient de gauche à droite, comme reflétant les assauts des pensées qui devaient l’assaillir en cet instant. 

« Donc tu me dis que… tu m’as menti pour me mettre dans ton lit mais que finalement tu ne veux plus jouer à ça ?
– En quelque sorte
– Et tu voudrais que je te sois tellement reconnaissante te ta franchise que j’en oublie que tu m’as baladée en espérant me sauter ?
– Non. Je fais ça pour moi. Pour ne pas devenir ce genre de salaud.
– T’es conscient qu’en ce qui me concerne ça ne change pas grand-chose ?
– C’est un acte de foi. Je ne peux pas te demander ta confiance si je ne t’en donne pas des preuves de mon côté. »

Son visage s’illumina d’un sourire Continuer la lecture de Journal de bord – épisode 41 : la Chaîne du Chaos #DefiBradbury

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journal de bord – épisode 40 : Domo Arigato Mister Seismo ! #DefiBradbury

Domo Arigato Mister Seismo !

L’Enfer, lieu de perdition des âmes, brûlot éternel de la damnation…

C’est un endroit où ceux qui ont failli dans leur vie précédente attendent l’heure du jugement dernier. Autant dire qu’il y’a du monde !

Pourtant, l’Enfer n’est pas uniquement peuplé d’âmes perdues : il y’a aussi toute une foule de démon dévolue à de multiples taches et qui sont la force vive des administrations infernales. Que ce soient des conducteurs de bus faisant transiter les âmes vers leurs éternelles demeures, du personnel d’entretien chargé de nettoyer les lieux des vomissures lorsque les damnés ont un haut le cœur à la vue de la montagne des espoirs déçu de gain aux jeux, L’enfer grouillait de démon. Et comme si ça ne suffisait pas, il fallait garder en tête que beaucoup d’entre eux étaient affecté sur Terre pour semer le chaos, entretenant la guerre millénaire que se livraient le Ciel et l’Enfer pour la domination du monde.

Pour former ses démons aux diverses tâches qui les attendent, tout un système éducatif avait été mis en place, prenant en charge les démons dès leur plus jeune Age afin d’en faire de bon professionnel. Ainsi, l’académie infernale de Dis, la citée des Enfers, accueillait des écoliers, des étudiants et bien entendu des professeurs.

Ce matin, la classe des « petites gargouilles » (les 6-7 ans) était comme d’habitude calme et silencieuse, au grand dam du chef d’établissement monsieur Karlaloladidadam, démon des voix qui portent, qui se demandait ce qu’il allait faire d’eux. En effet, les petites gargouilles était la classe qui regroupait les plus mauvais élèves de tous l’établissement et qui avaient usé de fatigue plus d’un professeur.

Il scrutait la salle de classe du regard avec ses yeux jaune vif, tout en montrant ses crocs de sangliers d’un air menaçant…

« LES ENFANTS ! » dit-il en hurlant, seule façon qu’il avait de parler « UNE FOIS DE PLUS VOTRE PROFESSEUR MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO NE SERA PAS là CETTE SEMAINE !
– C’est pask’elle nous aimes plus ? » demanda un petit démon tout bleu a l’air triste
– NON ! ELLE NE VOUS A JAMAIS AIME ! C’EST MAL D’AIMER ! VOUS ÊTES DES DÉMONS ! VOUS DEVEZ HAÏR !
– Mais moi j’aimes bien les céréales du cap ‘tain Vomito » reprit le petit démon « Du coup c’est mal aussi ?
– EXACTEMENT !?
– Mais si c’est mal alors… bah c’est bien dans ce cas ? vu qu’on est des démons et qu’on fait tout le contraire de…
– SA SUFFIT PETIT GREDIN ! »

Karlaloladidadam crispa le poing avec rage et se tourna vers la porte.

« TOUJOURS EST IL QUE VOUS AUREZ UN PROF REMPLACANT JUSQU’AU RETOUR DE MADAME LILIRASTROLIDOTETRODOLO, ALORS ESSAYEZ DE LE GARDER EN ETAT CELUI LA COMPRIS ? »

Toute la classe répondit « oui monsieur » en cœur.

Le chef d’établissement quitta la salle furibard, manquant de bousculer le remplaçant qu’il venait d’annoncer. Ce dernier entra d’un pas mesuré et se plaça devant le bureau, droit comme un I, les bras dans le dos. A la grande surprise des enfants, le professeur remplaçant ne ressemblait pas du tout à un démon. Il mesurait environ 2m et portait une armure futuriste couverte de diode électronique le tout surmonté d’un casque design bardé de plusieurs cornes acéré.

Les enfants se regardèrent avec étonnement, sans trop savoir quoi faire. Soudain le professeur remplaçant se retourna, écrivit sur le tableau et se retourna encore en pointant du doigt ce qu’il venait d’écrire :

« Les enfants ! voici mon nom ! »

Silence dans la salle.

Le professeur regarda ce qu’il venait d’écrire puis réalisa que les petits démons ne savaient pas forcément lire le japonais…

« Oh… mes excuses les enfants. Tant pis je vais vous dire ça à voix haute ! je suis… MISTER SEISMOOOOOO ! »

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Journal de bord – épisode 39 : Le bandit et le Lion #Bradbury

Le Bandit et le Lion

Depuis son plus jeune âge, Khal avait toujours été le plus fort. Il n’était pas juste plus puissant physiquement, mais il dominait aussi les autres par sa ruse, sa maîtrise du combat et son sang-froid. Et puis il y’avait cette magie latente en lui qu’il ressentait au plus fort des combats, et qui décuplait ses forces et le rendait aussi puissant que les guerriers de légendes. Ces talents auraient pu faire de lui un admirable soldat, voir même chevalier, mais la vie l’avait poussé sur des chemins plus sombres. Car même en étant fort, l’existence était difficile pour ceux qui n’étaient pas née sous une bonne étoile.

Brigand sans foi ni loi, Khal et ses compagnons sillonnaient le royaume de Cadren, pillant les voyageurs et détroussant les caravanes marchandes pour se remplir les poches. Khal en bon chef de groupe, était la tête pensante et avait su tirer le meilleur de ses amis : Tysslyn, un semi elfe aux origines incertaines, était un parfait éclaireur et un pisteur talentueux tandis que Braldarg, un humain qu’on aurait pu prendre confondre avec un troll tant il était massif, assurait une force de frappe sans égale.

Et c’est ainsi que lui et ses acolytes se retrouvèrent dans une auberge de seconde zone dans un quartier mal famé de Rhen Varat, la célèbre cité de l’Est, pour célébrer leur dernier coup… et préparer le prochain.

« Je lève mon verre à notre bonne fortune les amis ! » Dit Braldarg déjà rendu fort joyeux par l’alcool
– Moi de même ! » renchérit Tysslyn de sa voix calme « Que cette belle journée perdure à jamais ! »

Les deux brigands cognèrent leurs choppes l’une contre l’autre et attendirent une réaction de la part de Khal, mais ce dernier resta le regard perdu dans les volutes de son hydromel.

« Khal : qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? » demanda Tysslyn
– Rien… j’en ai juste assez de cette ville… » répondit Khal d’un ton terne.
– Alors ça c’est la meilleure : et depuis quand Rhen Varat et ses arènes te révulsent à ce point ? » relança Braldarg
– Depuis que vous deux pauvres idiots vous complaisez dans votre médiocrité ! »

Le ton brusque de leur ami surpris les deux bandits qui s’échangèrent un regard incrédule. Ce dernier se reprit et essaya d’être plus posé :

« Ce que je veux dire c’est que ça fait des mois qu’on se contente d’attaquer des petites caravanes… résultat nous ne ramenons que des clopinettes que ce marchand du Chemin d’Ombre nous rachète pour un prix ridicule !
– Tu exagères… » dit Tysslyn « On a pas à se plaindre…
– On devrait frapper plus fort ! » s’emballa Khal « et cibler une caravane Ocelot ! Rien qu’en prisme magique il y en aurait pour une fortune ! »

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Journal de bord – épisode 38 : Contact #DefiBradbury

Il était environ 16h, heure de New York, lorsque la nouvelle fût annoncée. Tout le monde avait cru à une énième conférence sur une énième découverte soit disant révolutionnaire et qui n’était en fait que la confirmation d’obscures calculs d’experts tout aussi obscurs.

Il faut dire que depuis quelques années, la course à l’espace n’avait plus du tout le vent en poupe, et les mystères de l’univers n’étaient plus que des sujets de films. La fascination était retombée et le public était plus « terre à terre » : on se demandait surtout quels seraient les applications concrètes de ces découvertes et ce que ça avait couté comme argent.

Sur les réseaux sociaux, le message de l’agence spatial avait tourné en boucle et s’était répandu à la vitesse de la lumière :

« Il y a 5 mois nous avons reçu un signal envoyé depuis Proxima Centauri, l’étoile la plus proche de notre système solaire. Il s’agit clairement d’un message envoyé par une forme de vie intelligente… nous ne sommes plus seul dans l’Univers ! »

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Journal de bord – épisode 37 : Coeur #DéfiBradbury

Coeur

Depuis environ 10 min, Elsa avait gardé les mains sur le volant de sa voiture, essayant de trouver en elle le courage de descendre. Elle jeta encore un regard sur sa droite en direction de la maison devant laquelle elle s’était garée, et à nouveau une boule d’angoisse lui traversa la gorge.

« Aller ! » se dit-elle à haute voix « bouge-toi ma fille ! »

Elle fixa alors la route devant elle, se demandant si elle ne devait pas plutôt partir. Ce qu’elle s’apprêtait à faire ne serait ni plaisant ni facile, mais elle sentait au fond d’elle même qu’elle ne pouvait pas faire autrement.

Prenant une grande respiration, elle ouvrit la portière et posa le pied par terre.

D’un pas décidé, Elsa traversa le petit jardinet ouvert dont un chemin fait d’une mosaïque de petits carreaux beiges, dessinait une large ligne droite jusqu’à la porte d’entrée de la maison. Il y’avait une forte odeur de fleurs dans l’air, et aussitôt Elsa les reconnus : lilas, clématites, glycines…

La nostalgie l’enveloppa doucement, comme une couverture douillette qui réchauffe le cœur, et elle s’arrêta à deux pas de la porte pour s’enivrer encore et encore de ses parfums merveilleux. Elle sentit couler une petite larme sur son visage qu’elle effaça d’un revers de l’index. Elsa soupira et esquissa un sourire complice : il fallait s’y attendre.

Elle porta 4 coups sur la lourde porte en bois vernis : d’abord un coup sec puis 3 petits coups à la suite. Attendant qu’on lui ouvre, elle senti de nouveau l’angoisse monter, sauf que cette fois les dés étaient jetés : plus question de faire marche arrière. Elle attrapa nerveusement la lanière de sa sacoche et tira dessus compulsivement pour la réajuster avant de finalement la remettre comme elle était.

La porte s’ouvrit révélant le visage étonné d’une femme d’une cinquantaine d’années se demandant qui donc était cette importune. Elsa, droite comme un i, prit la parole en essayant de contenir l’émotion qui lui causait des trémolos dans la voix.

« Madame Carlson ? Jenny Carlson ? » demanda-t-elle.

Son interlocutrice acquiesça, son visage se faisant de plus en plus inquiet.

« Madame… je m’appelle Elsa Collins et… c’est moi qui ait reçu le cœur de votre mari Harry il y’a 5 ans… »

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Journal de bord – épisode 36 : l’homme à l’autre bout du Temps #DefiBradbury

L’homme à l’autre bout du Temps

A vous qui lisez ce texte, je souhaiterai faire cette confession. Elle vous semblera l’absurde produit de l’esprit d’un homme perturbé, mais croyez le ou pas, chaque mot, chaque fait narré dans ce récit est la stricte vérité.

Il vous semblera dès les premières ligne qu’il s’agit d’une lettre de suicidaire ou bien la fantasmagorie d’un homme à la dérive, mais je vous prie de prendre le temps d’aller au bout de cette histoire, qu’elle n’ait pas été écrite pour rien.

Tout commença lorsque agé de douze ans, mon père dans une de ses crises de fureurs dont il était coutumier, décida de passer ses nerfs sur moi. N’écoutant pas les suppliques de ma mère qui gisait à genoux sur le sol et le nez en sang après avoir reçue un gifle magistrale, il retira sa ceinture pour me frapper avec comme lui même l’avait été par mon grand père lorsqu’il était enfant.

Le cycle de la violence.

Ma mère insistait avec tout ce qui lui restait de force, cramponné à la jambe de mon père qui d’une voix posé et méthodique, lui expliquait qu’un enfant tout comme une épouse se devait d’obéir à l’autorité masculine sans geindre ni se plaindre.

De son imposante main d’ouvrier des forges, mon père me saisit par le bras et me traina dans la maison jusqu’au mur situé au bout du couloir menant à nos chambres à moi et mes frères. Je connaissais la chanson, je devais me tourner, baisser mon pantalon et mettre les mains contre le mur en attendant la sentence.

Etrangement, le pourquoi je m’étais retrouvé dans cette facheuse position s’était depuis longtemps échappé de ma mémoire. Par contre, ce qui se déroula resta gravé au fer rouge dans mon esprit, bouleversant ma vie comme rien d’autre auparavant, et rien d’autre après.

Mon père s’assura d’avoir une bonne prise en faisant claquer son fouet improvisé sur le sol. Moi j’attendais, tremblant et sanglotant autant de peur que de colère, prenant de grande respiration sans vraiment savoir pourquoi.

Ma mère poussa un cri de terreur qui me fit fermer les yeux le temps d’un instant qui me parut une éternité…

Rien n’aurait été plus vraie.

Un silence assourdissant se glissa dans mes oreilles, comme si soudain le monde entier avait retenue son souffle. Je me crispais, attendant la morsure cinglante de la ceinture en priant pour que mon père n’ai pas utilisé le coté avec la boucle.

Mais rien ne vint. Ni la douleur, ni le claquement vif sur la peau, ni les pleurs de ma mère. J’étais toujours debout, avec en face de moi ce satané mur devant lequel je m’étais si souvent placé en attendant mes châtiments. D’ailleurs, cette image était tellement imprimé dans mon regard que j’aurais sans doute put redessiner chaque craquelure dans le beton, chaque infime nervure de la peinture, chaque nuance de la couleur usée par le temps.

En attendant, il y’avait toujours ce silence effroyable.

J’aurait été incapable de dire combien de temps s’écoula, mais je fini par tourner la tête, lentement, craignant d’être foudroyé par mon père si j’osais lui adresser un regard trop vif. Mais finalement, ce n’était pas moi qui avait été foudroyé.

Mon père se tenait devant moi, le bras dressé en l’air, tenant dans sa main la ceinture dont le mouvement figé dessinait une courbe harmonieuse. Derrière lui, ma mère aussi était là, pétrifié par une invisible gorgone qui semblait m’avoir épargnée.

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journal de bord – épisode 35 : Big Bad Moon #DefiBradbury

Big Bad Moon

Quand la nuit tombe et que la grande méchante Lune s’élève dans le ciel, elle me fait me sentir comme si j’avais péter un plomb. Je commence à trembler, frissonner et je sens un drôle de Blues.

Et j’aime ça.

Moi je suis Nicholas Islhow, et la plupart du temps je bosse comme serveur, plongeur, barman, homme à tout faire, et oreille attentive au House Full of Bullets, un club branché de Manhattan qui était anciennement un repaire de la pègre. Enfin ça c’est une autre histoire…

Quand je vous dis que je fais ce job « la plupart du temps » c’est que bien évidement je laisse entendre que ce n’est pas ça mon vrai métier. Et effectivement, Si je fais le barman 4 soirs par semaines et 1 week end sur 2, c’est parce que mon autre job, mon vrai métier, il ne suffit pas à nourrir son homme. Parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’en plus d’une modeste paye et des pourboires des jolies filles, le House m’offre aussi les couverts les jours où mes placards sont vide.

Autant dire assez souvent…

Et là normalement je devrais vous dire ce que c’est que ce fameux « vrai job », parce que sinon cette histoire ne serait pas du genre que vous avez envie d’entendre. Et vous n’auriez pas tort, parce que voyez vous, mon histoire, ma vraie histoire, c’est une histoire de détective privé….

Je m’appelle Nicholas Islhow, et dans le milieu on me connait sous le surnom de « Longshot ».

Ça  fait plusieurs années que je vis à New York, Manhattan pour être précis. Bon enfin pas directement Manhattan, mais vraiment juste en face : un vrai bureau de détective, avec vue sur la skyline, et une porte vitrée avec mon nom dessus, comme à la télé.

Le bureau me faisait office d’appartement et me permettait d’avoir une belle vue sur la ville la nuit. J’adorais faire ça : voir les gens qui passent, les voitures, les lumières, écouter le bruit, sentir cette odeur d’ozone et d’asphalte, et ressentir cette sensation incroyable que la vie coule dans les rues comme du sang dans des artères.

Cette ville avait une âme que j’aimais la contempler.

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Journal de bord – épisode 34 : Super Macho Man #DefiBradbury

(désolé le son est un poil dégueulasse mais j’ai un problème à l’enregistrement et pas le coeur de refaire 30min de prise :p)

Super Macho Man

Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a toujours été soumis à sa plus terrible prédatrice. Sans pitié, contrôlant son âme pour le simple plaisir de le tourmenter, il devait plier l’échine devant… LA FEMME !

Afin d’asseoir leur suprématie, elles prirent le contrôle des hommes les plus forts afin de soumettre les autres et devinrent ainsi les maîtresses incontestées du monde. Alliées avec les puissants lobbies des minorités ethniques et sexuelles, elles avaient atteint l’apogée de leur domination.

Mais c’est dans ce monde de cauchemars où l’homme, ne pouvant résister à sa nature profonde se doit d’obéir docilement, qu’un héros va surgir de l’ombre et ramener la justice, la paix et surtout l’égalité !

Ce héros n’est autre que…

(Générique)

« SUUUUUPER MACHO MAAAAAAAAN !!!! »

(Fin du générique… oui c’était court mais l’épisode ne fait que 25min donc on a pas le temps pour plus, et puis je vous explique pas combien ça coûte en droit d’auteur de mettre un bout d’une chanson des Who pour faire style)

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Journal de bord – épisode 33 : Pour l’honneur des cieux #DefiBradbury

Pour l’honneur des cieux

« La paix est si belle et si illustre qu’elle a le ciel pour terroir »

Francisco de Quevedo

 

« Messieurs, je vous rappelle l’objectif de cette mission : notre cible sont les usines de fabrication de Focke Wulfe 190 situées à Brême. La Luftwaffe dispose de nombreux appareils dans le secteur, et ont à dénombré pas loin de 250 pièces de DCA qui défendent la zone… »

Charlie Brown, jeune commandant de bord du bombardier B-17 Ye Olde Pub à tout juste 21 ans,  savait que lui et son équipage allaient se retrouver dans le « purple heart corner », la position la plus exposé de la formation : idéale pour se faire descendre dans ce genre de frappe. Autant dire que pour un premier vol, ça n’allait pas être de tout repos. 

Mais de toute façon dans cette fichue guerre, même rester chez soi ne vous protégeait pas d’une bombe allemande… alors autant rendre les coups : bombarder les allemands, c’était juste une façon de leur rendre la politesse afin que eux aussi regardent le ciel avec la peur au ventre.

Spencer « Pinky » Luke, le copilote, donna un petit coup de coude à Charlie pour attirer son attention.

« Hey Lieutenant : tu voudrais pas qu’on loupe la cible parce que tu dors au briefing ? »

Charlie esquissa un sourire. Pinky n’était pas plus attentif que lui, une bande dessiné sur les genoux dissimulé dans l’étui en cuir de ses ordres de mission.

Les hommes du 527eme escadron de bombardier connaissaient leur mission car il préparait l’opération depuis plusieurs semaines, et les briefings finissaient par tous se ressembler les uns les autres. Ils écoutèrent cependant le capitaine avec respect : le bonhomme était dur, mais les temps l’exigeaient et personne n’aurait remis en cause son autorité.

Une fois le briefing fini, tous le saluèrent avant de filer vers les hangars et monter à bord de leurs appareils respectifs.

Les bombardiers B-17, surnommé les « forteresses volantes », étaient des monstres d’acier venu d’Amérique avec leurs pilotes, capable de larguer 2 tonnes et demi de bombes dans un rayon de 1 500 km. Et si jamais un chasseur avait l’audace de le prendre comme cible, il allait devoir affronter les 13 mitrailleuses 12,7mm Browning M2 capable de cracher 500 coups à la minute à une portée efficace de plus d’un kilomètre. Solides et robustes, on ne comptait plus les histoires de pilote ayant ramenés leur équipage à bord d’un appareil criblé de balles, les moteurs en feu, et pourtant toujours capable de voler.

L’appareil de Charlie, le « Ye Old Pub » finissait son check up d’avant décollage sous la supervision de « Frenchy » Coulombe, l’ingénieur de vol. Ce dernier, son carnet d’entretien à la main, inspectait le bombardier sous toutes les coutures, donnant de ci de là un coup de clé à molette si cela lui semblait utile, notant scrupuleusement toutes ses vérifications.

« Hey Frenchy ! » demanda Charlie « tu te dépêches ou quoi ? Aujourd’hui on fait une livraison anticipé pour le père noël !
– Laisse-moi deviner : il veut encore offrir à tonton Adolphe son poids en ogive ? » demanda Frenchy le nez toujours dans son carnet
– Mieux que ça : il veut qu’on crame une usine de chasseur ! »

Frenchy lança un regard lourd de sens à Charlie. Bombarder une usine voulait dire massacrer ceux qui s’y trouvaient, c’est à dire le plus souvent de simples ouvriers. Frenchy avait une sainte horreur de ce genre de mission, et même après plusieurs raids, il cauchemardait encore face à cette horrible réalité : pour arrêter la guerre, il fallait tuer des innocents.

Charlie savait que ses gars avaient ce genre de scrupules, et lui-même n’en était pas étranger. Il avait cependant choisi de laisser les remords pour après la guerre si jamais celle-ci finissait un jour. Pour le moment il préférait galvaniser ses troupes, et il n’y avait rien de mieux pour ça que la haine de l’ennemi.

« Imagine ça Frenchy : des tas de salopards de boches en train d’assembler un canon mitrailleur destiné à plomber nos p’tits camarades de la RAF… et là d’un seul coup boum ! Une de nos jolies ogives qui leur arrive sur le coin de la gueule ! Une belle ogive avec un ruban et une petite carte pour leur souhaiter d’aller pourrir en enfer a ses salauds… 
– C’est bon Charlie, laisse tomber… le gout du sang commence à me rester en travers de la gorge : tout comme cette guerre… »

Arriva alors Robert « Andy » Andrews, le bombardier de l’équipe.

« Il nous fait quoi encore le mécano ? » demanda-t-il au lieutenant nonchalamment
– Commence pas Andy. Frenchy est à cran c’est tout. Respecte ça.
– Je respecte, je respecte… je comprends juste pas comment on peut ne pas être surexcité à l’idée de balancer quelques tonnes de bombes sur ces fils de p…
– Hey… surveille ton langage soldat ! »

Autant Charlie voulait que ses hommes aient l’esprit combatif, autant il ne voulait pas qu’ils en deviennent des fous sanguinaires. Et pour lui, cela passait par un certain respect… auquel il réalisait qu’il ne tenait pas toujours tant que ça.

Est-ce que lui-même commençait à perdre foi en l’idée qu’un jour cette folie cesse ? Est-ce qu’un jour il pourrait regarder le ciel non pas avec la vigilance d’un soldat qui attend l’ennemi, mais simplement comme un amoureux du ciel qui en appréciait la beauté toute simple ? Quand la guerre avait commencé, Charlie avait une quinzaine d’années, et il avait forgé son caractère avec l’idée que sa vie d’adulte serait une vie de soldat…

Frenchy annonça qu’il faudrait encore 10 min avant de pouvoir décoller et retourna avec les autres techniciens du hangar finir de préparer l’avion. Les autres membres montèrent dans l’appareil et s’installèrent afin de pouvoir partir le plus vite possible.

Charlie et Pinky commencèrent leur check-list tandis qu’Andy rameutait le reste du groupe. Il y avait Al « Doc » Sadok, le navigateur, Dick Pechout, l’opérateur radio, et les 4 mitrailleurs, a savoir les sergent Hugh « Ecky » Eckenrode, Lloyd Jennings, Alex « Russian » Yelesanko et Sam « Blackie » Blackford.

Lorsque l’appareil fût prêt et sur le tarmac, Dick appela la tour de contrôle et attendit l’ordre de décollage.  Vu sa position dans la formation, le « Ye Old Pub » parti parmi les derniers.

Charlie et Pinky manœuvrèrent de façon à se glisser dans la formation tandis que Dick conversait avec les bombardiers proches pour bien se coordonner. Une fois les échanges protocolaires fini, le ton devint plus léger, et tous les capitaines se galvanisaient du mieux qu’ils pouvaient, se défiant mutuellement de qui pourrait faire le plus de dégâts. Seul Charlie resta sourd à ces bravades. 

Ils n’étaient que des gamins envoyer faire le sale boulot de vieux croulant qui avait décidé de s’écharper pour Dieu sait quelle raison. Pourtant si au début cette guerre n’avait pas beaucoup de sens pour Charlie et les autres, l’avènement du Reich d’Hitler avait changé la donne : le méchant avait un visage et une voix.

Une horrible voix.

Combattre contre les nazis c’était devenu logique, plein de sens. On ne combattait pas une nation, on combattait une idéologie, on combattait l’idée que les hommes ne sont pas égaux, que le peuple doit être soumit à son leader, on combattait des monstres qui avaient créé de véritables usines d’abattages humain. On combattait pour rendre le ciel aux rêves et la terre paisible pour ceux qui avaient donnés leur vie afin de la protéger.

De sa position, Charlie pouvait voir l’ensemble de l’escadrille : 112 bombardiers B-17, et 120 chasseurs (un mélange de P47 Thunderbolt et de Spitfire) pour leur servir d’escorte. Il n’y avait pas eu une telle force de frappe dans les airs depuis l’opération « double strike » en Août. C’était une certitude pour les membres de l’escadrille : ils ne reviendraient pas tous vivant de cette mission.

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