Viens voir le docteur (air connu) / une analyse sur Docteur Who

(oui je sais j’ai le titre facile mais que voulez vous… il fallait bien que je trouve un truc)

Depuis maintenant une cinquantaine d’année, sévit sur les ondes télévisuels un improbable héros qui change de peau comme de chemise et qui à révolutionné l’Angleterre, la SF, le Fantastique, et la narration en général. Ce héros, c’est le Docteur : un alien millénaire qui voyage à travers le temps et l’espace, fuyant en permanence l’ennui en s’abreuvant d’aventure incroyable et délirante.

Si la première saga à surtout eut un puissant impact dans le monde anglo-saxon, la seconde « époque » qui à commencé dans les années 2000 à explosée ses frontières et à popularisée cette série à travers le monde.
Je ne compte pas dans ces lignes vous raconter l’histoire (soit vous connaissez déjà et vous n’avez pas besoin de moi, soit vous ne connaissez pas et je ne veux pas vous spoiler plus que ça) mais plutôt décrypter les points importants de la saga. Une manière pour moi de faire le point avant la nouvelle saison qui débutera en Aout.

Dernière précision pour les  fans hardcore : ce n’est pas la peine de me tomber dessus avec des fourches si ce que je dis ne correspond pas à ce que vous savez / pensez de la série : mon but est de donnée mon avis sur la base de mes connaissances, donc on débat si vous voulez, mais on évite les couteaux ! Vous connaissez la règle d’or des cours de récré : pas les vêtements, pas les mamans :)

Un héros aux milles visages

L’une des caractéristiques les plus étonnante de ce cher docteur, c’est son nom : docteur. Ce n’est pas un titre (bien qu’il soit d’une intelligence remarquable dans plus d’un domaine) c’est véritablement un nom, quasi un symbole. Le docteur est une entité qui agit dans l’univers comme un remède aux problèmes de toutes sorte. Invasion d’alien belliqueux, machine infernale qui s’emballe ou triste fantôme piégé dans une boule de cristal, rien n’est hors de porté du docteur.

Sa nature même est d’être un héros protéiforme. Il peut être dur et sombre, ou bien joyeux comme un jeune chiot : toute situation à son docteur. Outre le fait que ce nom dépersonnalise l’individu, lui donnant un status supérieur a ses contemporains (oui j’avoue que la notion de contemporain est assez paradoxale quant on parle d’un voyageur temporel) il introduit une blague récurrente. Lorsque le docteur se présente, il à le plus souvent le droit à « Docteur qui ? » (« doctor who » en anglais) en guise de réponse.

Je n’insisterai jamais assez la dessus : cette absence de nom est une des bases fondamentales du héros. Il ne s’agit pas d’un mystère, il s’agit plus de conserver les fonctions symbolique du personnage et de créer la distance nécessaire avec les protagonistes / antagoniste. Docteur est tout autant une fonction qu’un flambeau (j’allais dire un titre mais je n’aime pas me contredire :)) qui se transmet d’incarnation en incarnation. C’est pourquoi le docteur n’a nul besoin de nom : ça serait sans doute la plus grosse entrave a son status de personnage ultime, n’ayant ni contrainte, ni finalité. Il peut ainsi être sans limite…

L’autre particularité du docteur est sa capacité a changer : de visage, de caractère, de gout vestimentaire… c’est une trouvaille qui à la base ne servait qu’a justifier le passage d’un acteur à l’autre, et qui est devenu un fantastique outil pour que la série se développe sans anicroche. Le changement est dans l’ADN même de la série, et c’est d’ailleurs ce qui lui permet de brasser autant de sujet et de thème. A cet égard, Docteur who à un lien de parenté indéniable avec une autre formidable série des années 90 : code Quantum.

Cependant, alors qu’il est capable d’être toujours différent et relativement indéfinissable, le docteur s’inscrit dans la ligné des personnages héroiques. Car quel que soit son apparence ou le rôle qu’il se donne vis à vis de ses interlocuteurs sa nature de « guérisseur » « sauveur » « justicier » reprend toujours le dessus.

Une panoplie So British

Voyager a travers l’espace et le temps ne se fait pas sans un minimum de ressource. La plus importante est le TARDIS, la machine spatiotemporel du docteur, qui à la fois l’un de ses atouts les plus redoutable, mais aussi un foyer. Ce vaisseau surpuissant capable de toutes les prouesses a l’allure burlesque d’une cabine de police britannique, symbolisant le coté décalé du héros. C’est aussi une manière de rappeler constamment que les apparences sont trompeuse, et que cette modeste boite bleu est bien plus grande à l’intérieure. Une façon de donner de l’humilité au docteur ? En tout cas la boite bleue fascine pour son coté décalé : sa forme n’est PAS celle d’un engin spatial et son fonctionnement est tout aussi peu académique. Le TARDIS est l’allégorie du véhicule du héros : il dispose d’une âme, et sert fidèlement le docteur. Ses réactions son parfois mystérieuses et ses capacités relèvent de la magie pure et simple (bien que le docteur tente de donner du sens a ce qui se passe par un charabia scientifico fantaisiste que lui même reconnait ne pas comprendre).

Ce véhicule est le plus souvent inarrétable, et bien que frêle d’apprence par rapport aux gigantesques base spatiale des ennemis, il n’a aucun rival et permet au docteur de toujours aller ou il le souhaite.

Le TARDIS est aussi très souvent vu comme une porte de sortie : nombres d’épisodes ont pour point d’intrigue la fuite d’un endroit dangereux, et la TARDIS est la destination ultime. Par digression, on peut dire que le TARDIS est le symbole absolu de la liberté, car ni le temps ni l’espace ne sont une contrainte lorsque l’on voyage a son bord. Son intérieur gigantesque offre toute les fantaisie (le docteur cite souvent d’autres pièces) mais paradoxalement on ne voit jamais que la salle des commandes. Le TARDIS est donc une maison parfaite, mais que le docteur et ses compagnon ne cessent de quitter pour mieux la rejoindre. C’est la maison trop tranquille qu’on quitte pour l’aventure et le rassurant foyer qu’on rejoint pour se ressourcer…

Dès lors qu’il quitte son vaisseau, le docteur compte sur un autre outil indispensable a ses aventures : le tournevis sonique. N’y allons pas par quatre chemin, cet outil est tout simplement une baguette magique. Il n’y à pas de fonction clairement définie au tournevis, tout simplement parce qu’il dispose d’une infinité de fonction : analyse, émission d’énergie, répulseur… au final la seule chose qu’il ne soit pas capable de faire ça doit être simplement de visser !

Le tournevis sonique incarne la puissance du docteur, sa capacité a changer le cours des événements et à résoudre l’inextricable. Il transmet parfois ce pouvoir à d’autre en leur prêtant le tournevis, mais il fini toujours par le reprendre. Cet artefact magique est une composante majeur des héros classiques, et si ce n’est pas une arme, c’est à la fois parce que le docteur est pacifiste, mais surtout parce que la nature de ses ennemis nécessite quelque chose de polyvalent. Quoi de mieux qu’un outil pour détruire des robots psychopathe ? Ce pouvoir transmit à un objet permet aussi de limiter le docteur (lorsqu’on le prive de cet outil, il ne peut plus agir aussi facilement)

dernier outil du docteur, son papier psychique. Cet accessoire est avant tout un outil meta, en ce sens qu’il permet rapidement d’introduire le docteur dans un nouveau contexte sans avoir besoin de perdre du temps en détail. Le docteur arrive face a des gens en danger, il sort son papier psychique et les protagonistes croient voir un insigne de police ou une lettre de recommandation du roi… c’est selon ! Toujours est il qu’ainsi, on peut en quelques instant placé une situation ou tout le monde écoute le docteur sans se demander « mais c’est qui lui ? et pourquoi il donne des ordres ? ». Le papier psychique donne une légitimité au docteur, pas vis à vis de nous spectateur qui connaissons ses talents, mais vis à vis des protagonistes. Au delà de cette utilité « narrative » le papier psychique est astucieusement utiliser pour permettre au docteur d’entrer dans des lieux très protéger simplement en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. La encore, l’utilité est avant tout narrative, mais on retrouve la symbolique de l’objet magique qui aide le héros à franchir un obstacle.

Toute la panoplie du docteur en fait un véritable James Bond, si ce n’est que le docteur dispose d’outils d’une polyvalence supérieur (et ce toujours afin de facilité la narration). Cette polyvalence tiens de ses immenses connaissances qui lui confère la capacité de toujours utiliser au mieux ces capacités qui semblent bien dérisoire de prime abord. J’évoquais tout à l’heure le coté baguette magique de tournevis, ce qui fait écho au nom du docteur : un homme de science, d’esprit, un alchimiste, un magicien… c’est un personnage qui manipule des forces que nous ne comprenons pas, qui à toujours une réponse et qui sait toujours quoi faire. Il porte en lui les valeurs d’un guide, comme un shaman, qui sait écouter les signes.

With the little help of his friends

Notre héros est donc un sorcier moderne, un Merlin de l’espace, un Batman du futur avec tout ses gadgets… pourtant le moteur du docteur vient d’ailleurs. Quoi qu’il fasse, notre héros cherche à briser la solitude créer par sa fuite constante. Incapable de se fixer, il préfère sillonner le temps et l’espace a sa guise, mais sans pour autant devenir un ermite. Plusieurs fois, le docteur va essayer de faire la route en solitaire, mais à chaque fois il finira par prendre a son bord des compagnons de route.

Bien que le plus souvent féminin, ses compagnons ne servent pas à combler un besoin amoureux (même s’il est arrivé que de fort sentiment se développe entre le docteur et un compagnon). Ce qu’ils apportent a notre héros, c’est une raison de vivre et d’avancer. Le plus souvent lorsque le docteur fait un saut dans l’espace temps, c’est pour faire plaisir a ses compagnons. Il veut leur montrer les merveilles de l’univers, et ainsi partager avec eux ce que lui à sans doute vu 100 fois.

D’un point de vu méta, les compagnons sont nos avatars : des personnes ordinaires qui grace au docteur peuvent vivre des aventures extraordinaires. Nous avons plus ou moins la même vision qu’eux, et lorsque le docteur leur explique ce qui se passe, c’est en fait à nous qu’il s’adresse.

Les compagnons, tout comme le docteur, sont changeant. Jeune femme au coeur d’or, garçon bourru ou alien surprenant, ses personnages sont une façon de toujours renouveler les interactions, et d’aller toujours de l’avant.

A bon héros, bon ennemis

Que serait le docteur sans des ennemis digne de lui ? comment nous faire ressentir a quel point il est fort sans obstacle de taille à franchir ?

La ou le docteur est un individu « seul », la plupart de ses grands adversaires sont des races entière ou des armées puissante. Que ça soit les redoutable Dalek ou les Cybermen, les opposants du docteur sont toujours nombreux et disposent d’une force terrifiante. Et si c’est force n’est pas formellement létale, elle est toujours extrêmement dangereuse (comme le pouvoir d’effacement temporel des Anges pleureurs). A cette force, le docteur réplique par son intelligence et sa ruse, tel Ulysse parcourant le monde a la recherche d’un foyer, pourvu de sa seule Metis pour se défendre.

Le docteur est rarement la cible initiale de ses adversaires : le plus souvent, il s’interpose entre eux et leur véritable objectif. Généralement il s’agit de la Terre, mais nombre de monde alien ont été sauvé in extremis par le docteur. Il est d’ailleurs amusant de voir la position chevaleresque que prend notre héros : il se pose en protecteur des mondes, et son éthique lui interdit de frapper le premier. Il tente toujours de négocier pour éviter de verser le sang dans une optique gagnant gagnant. Cependant, le docteur a ses limites et lorsqu’il est à bout, sa colère est sans limite. Le paroxysme est atteint lorsqu’on menace ses amis proches : dans ces situations, les ennemis du docteur savent qu’il sera sans pitié. Plus d’une fois, le docteur a utiliser ses capacités afin de porter un coup fatal a ses ennemis, et nombre d’entre eux ont été cruellement puni pour leurs crimes.

Il est a ce propos amusant de constater la totale dichotomie qui s’applique à la vision qu’ont les protagonistes de ce cher docteur : nous avons évoqué plus tôt la façon dont il est perçut par ses alliés, mais force est de constaté qu’il est exactement le contraire pour ses adversaires. Si tous sont d’accord concernant ses qualités, ses ennemis le voient non pas comme une personne, mais comme une puissance destructrice qui les menaces. Il est perçut comme un tsunami, une tornade ou un séisme : une force de la nature qui les dépasses et qui ne saurait être contré.

Le voyageur

S’il y a bien un thème fort qui se dégage de la série, c’est celui du voyage. J’ai fait un peu plus tôt l’analogie entre le docteur et Ulysse, et celle ci mérite développement : narrative ment parlant, ces deux personnages nous permettent de visiter des lieux et de voir des choses qui normalement nous seraient inaccessible. Ils deviennent nos yeux et nous relayent les merveilles qu’ils contemplent.

En tant que voyageur, le docteur arpente généralement 4 types de mondes : le futur et les univers high tech qui sont le plus souvent des endroits alien, les univers alternatifs ou les choses ne sont plus comme avant a cause d’un détail, le passé qui permet de rencontrer des personnalités historique et enfin le présent.

Le présent est a prendre au sens de « notre présent à nous spectateur ». C’est le monde classique et référentiel qui sert de support à tout le reste. Sa fonction est de permettre au docteur de nous paraître proche, car côtoyant notre réalité. Le présent est un terrain de jeu fragile car on ne peut pas trop se permettre de le malmener (par exemple, faire que la terre soit détruite) car nous ne pourrions pas concevoir qu’une époque censé être aussi proche de la notre soit aussi radicalement différentes. Si changement il y’a, c’est le plus souvent temporaire et sans conséquences sur l’univers global (un personnage peut mourir, mais le monde finira par revenir à ce que l’on connait). Ceci permet une liaison bien plus facile avec le spectateur qui de temps en temps peut se « poser » et avoir des jalons clairement identifiable.

chacune des époques offres des « fonctions » : les futurs permettent de spéculer sur l’avenir de l’humanité ou à plus court termes sur le devenir des personnages (notamment avec les futurs alternatifs et le principe des « what if ») le passé lui permet de marcher dans les pas de l’Histoire avec un grand H, et de donner une tournure un peu moins orthodoxe aux récits. En effet, dans un récit historique, et selon la grande règle du docteur : on ne peut pas changer certains grands événements du Temps. On se retrouve donc face a des choses inexorables, que nous spectateurs connaissons (par exemple, si le Docteur rencontre Jules César, on sait qu’il ne pourra pas empêcher son assassinat). Si vous suivez bien ma logique depuis tout à l’heure, nous avons donc là un positionnement du spectateur totalement différent de ce que pourrait donner une aventure dans le futur. Bien sur, le Docteur pourrait annoncé un événement historique futur pour nous placer dans les mêmes conditions, mais ça ne serait pas la même chose car les histoires du passé sont bien plus marqué dans nos esprits. Si je reprend l’exemple de ce pauvre Jules, nous avons à l’esprit son impact sur le monde : c’est bien plus tangible que l’histoire de l’empereur Zublar IV qui à conquis Mars en 4083…

Tout comme dans « Retour vers le Futur », le temps est en marche, et il s’accomplira quoi qu’on en dise, mais ce diable de docteur sait que tout est dans les détails ! Ainsi ce qui nous tiendra en haleine, c’est comment il parviendra à son but sans pour autant tout chambouler. Ce principe est trépidant, mais aussi très cruel car parfois notre héros, pourtant si généreux, devra se résoudre à laisser les choses se produire, aussi funestes soient les événements. Ce statu d’observateur « impuissant » est encore un renvoi à la nature presque « magique » du docteur : il ne pourra pas empêcher les drames de la 2eme guerre mondiale, il ne sauvera pas les passagers du Titanic et il devra toujours accepter le fait que ses amis sont mortels et qu’il ne pourra pas toujours les sauver.

Conclusion : Docteur who ?

Si on synthétise tous les éléments de la recette, qui est au final le docteur ? nous l’avons vu il ne peut pas être considéré comme un simple aventurier du futur, ou bien comme un justicier doté de super pouvoir. Le docteur se place dans un niveau plus subtil de personnage / fonction : pour nous c’est un personnage, pour les auteurs un outil formidable pour nous parler de nous, de la vie et de ses mystères, pour plonger dans le monde de l’enfance avec ses peurs et ses merveilles. Car ce docteur c’est nous, spectateurs geek, nous qui nous voulons à mi chemin entre la dure réalité et la douce insouciance, il incarne nos idéaux, nos faiblesses et nos désirs enfouis. Il est notre boussole morale parfois chancelante, notre cœur palpitant quand lors d’une aventure il croise cette belle jeune femme qu’il ne reverra sans doute jamais. Un Dieu à forme humaine, un homme au dessus de la médiocrité grisâtre de nos vies, un pur objet de l’esprit : ludique et précieux qui nous ouvre tout grand les portes de notre propre Tardis. Car à bien cherchez en vous, vous constaterez que vous aussi êtes « plus grand à l’intérieur »…

Merci docteur !

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