Zootopie : le Disney engagé

Ca fait bien longtemps que je n’attends plus grand chose des films Disney, soit parce que je suis devenu un vieux con (hypothèse certes difficile à croire pour vous chers lecteurs, mais pas improbable) ou bien tout simplement parce que l’usine à rêve tourne un peu en rond ces derniers temps.

J’ai été déçu par Vice Versa que j’ai trouvé gnangnan et pompeux, j’ai été blasé par les mondes de Ralph qui ne faisait que réchauffer la soupe du « soit qui tu veux » et de « l’amitié c’est magique », et j’ai soupirer devant « les nouveaux héros » qui étaient aussi inspiré que les séries du samedi qui nous vendaient des jouets.

Et puis j’ai vu Zootopie.

Tout d’abord, il faut savoir que je n’ai quasiment pas vu une image du film avant… bah de le voir vraiment. Ni bande annonce, ni reportage, ni critique… bref je l’ai abordé avec un esprit très très ouvert. Le pitch de départ sonnait on ne peut plus classique, et les premières images étaient tout à fait dans le ton… mais ce n’était que le début !

ATTENTION ! A partir de maintenant vous entrez dans une grosse zone de spoiler putassière et sans vergogne, aussi je vous invite à vous y aventurer a vos risques et péril.

L’histoire se déroule dans un monde ou les animaux ont évolué et sont devenu « humanoide » (ils parlent, s’habillent, conduisent des voitures etc). On notera d’ailleurs une total absence des hommes (et pour cause : Zootopie est une métaphore de la société, donc ça serait idiot d’y mettre des humains). On s’intéresse alors à Judith Hoop, une lapine qui veut devenir policière pour protéger et servir, même si tout le monde (ses parents en première ligne) essayent de la convaincre du contraire. Car dans le monde de Zootopie, le monde est divisé en deux catégories : les proies et les prédateurs. Judith faisant partie de la seconde catégorie, et en plus étant une petite créature, difficile en effet de ne pas s’inquiéter pour elle. Mais la lapinette n’a rien d’une bunny girl playboy et est bien décidé à ne pas être la potiche de service : après avoir trimé dur, elle devient major de sa promotion à l’académie de police et entre en fonction à la grande ville comme elle l’avait toujours voulut.

Jusque là, je me disais que c’était du classique. De bonne facture, avec des personnages attachants (les parents et leurs 230 momes sont choupi comme tout) mais vraiment classique (avec le gros classique « tu peux être ce que tu veux »). Cependant, quelques éléments commencent à instiller un message plus progressiste qu’il n’en à l’air. Le parcours de Judith est celui d’une femme moderne, classé « petite chose » par les autres et à qui on ne donne pas sa chance. Le message est vraiment positif et est envoyé avec subtilité, ce qui est plutôt agréable.

Mais la suite va vraiment me faire bondir (dans le bon sens du terme).

Arrivé au commissariat où elle est affectée, Judith tombe sur le préposé à l’accueil, un félin grassouillet et jovial qui écoute une version animal de Shakira. On sent que le personnage est là pour servir à lancer des blagues, avec sa bouille ronde et son côté gentil glouton… et ça dérape au détour d’un dialogue !

En effet, le félin voyant Judith lui dit qu’il la trouve « cute » (mignionne) et cette dernière de lui faire remarquer qu’un lapin peut trouver un autre lapin « cute », mais qu’être appelé de la sorte par d’autres animaux c’est du stéréotype.

Et bing ! de la sensibilisation au discours ! dans un Disney ! j’y croyais pas, mais ce n’était que le début.

Plus tard, notre héroine, qui se retrouve à des taches subalterne, se retrouve à faire équipe avec un renard arnaqueur / beau parleur, afin de retrouver des animaux mystérieusement disparut. Après plusieurs péripéties, ils découvrent que les animaux en question sont victime d’une sorte de folie qui les rends sauvages et ultra agressif, et que quelqu’un s’emploie à les capturer. Coup de théatre, on découvre que c’est le maire de la ville qui capturait les animaux devenu sauvage pour ne pas créer de panique.

La, on pourrait se dire que c’est la fin « normal » d’un Disney : le méchant est arrêté, les gentils ont retrouvé les personnes disparut… sauf qu’en l’occurence, non.

Car suite à son exploit, Judith va etre bombardé de questions par les journalistes : faut il avoir peur des prédateurs ? qu’est ce qui les a rendu comme ça ? Sans s’en rendre compte, la lapine va diffuser un message de peur à la population qui va se mettre à accuser les prédateurs de tous les maux.

C’est véritablement un coup de génie des scénaristes, le truc que je n’avais VRAIMENT pas vu venir. Parce que ce Disney est ni plus ni moins en train de critiquer la culture de la peur vis à vis du terrorisme ! Remplacez « prédateur » par « musulman » et vous aurez un décalque parfait. On revoit alors le maire expliquer que si il enfermait arbitrairement des gens, c’était pour protéger la population, et que s’il gardait tout secret c’était pour éviter la panique. Ce discours ne vous rappelle rien ?

Suite a cette méprise, Judith et son ami renard se « quittent ». La lapine réalise alors qu’elle à discriminer les prédateurs de la même façon qu’elle était discriminé en tant que « petite chose fragile »…

Et bim ! on en remet une couche avec un message fort : la discrimination marche dans tous les sens ! il n’y a pas les gentils et les méchants, tout le monde peut raconter des conneries à propos des autres, même ceux qui sont victime.

Ce film est absolument génial.

Comme dans beaucoup de film, le troisième acte s’ouvre par la « chute » de l’héroine qui ne supportant plus ce qu’est devenue la ville, retourne à la campagne chercher un peu de paix. C’est là qu’elle tombe sur un ancien camarade de classe qui la martyrisait, et qui est justement un renard. Elle est stupéfaite de voir qu’il est devenu quelqu’un de très gentil et qu’il regrette sincèrement d’avoir été une brute avec elle…

La rédemption du Bully ! nan mais stop ce film est trop puissant pour moi là !

Cette rencontre permet à Judith d’avoir une révélation et de comprendre ce qui à rendu les animaux fou de rage (une plante toxique). Après avoir reprit contact avec son ami renard et fait la paix avec lui, le duo mène l’enquête et dévoile un complot encore plus sombre : l’assistante du maire, un mouton, à utiliser les plantes toxique pour rendre fou des prédateurs afin qu’ils soient reconnu comme dangereux et qu’ainsi les proies dominent Zootopie. Le duo parvient à faire échouer son plan, ils deviennent bon amis… youpi c’est la fin.

Et c’était absolument génial !

Car si la fin du deuxième acte dénonçait des actes politiques de stigmatisation, la fin du récit va encore plus loin et sous entend que les médias et les politiques nous manipulent. Et comment ne pas voir un écho à ce message lorsqu’en lisant la presse on voit la façon dont on nous parle des migrants, ou des musulmans, comment sont tourné des questions en apprence innocente mais pleines de sous entendu…

Zootopie est un film dont la plus grande qualité est l’écriture. Il propose une analyse fine de notre société tout en restant un passionant divertissement. Il sait créer de l’attachement pour ses personnages (je vote pour une série avec Judith et Nick) en les rendant tout simplement humain.

C’est tellement agréable de voir un film qui tout en parlant aux enfants s’adresse à nous adulte, en nous confrontant à nos propres travers. En ces temps ou les extrêmes s’amusent à nous liguer les uns contres les autres, je suis vraiment heureux de voir qu’un film pareil existe.

Zootopie est la preuve que le cinéma de divertissement n’est pas forcément creux et stupide. Au contraire, il nous fait la démonstration brillante qu’il est possible de parler de chose profonde même a des enfants sans les prendre pour des débiles.

Sur ce coup la Disney, vous m’avez vraiment bluffé : je vous tire mon chapeau…

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Une réflexion au sujet de « Zootopie : le Disney engagé »

  1. Super article !
    Je ne peux que partager ton opinion sur ce film. Il était vraiment fantastique. Rien que pour les messages qu’il diffusait.
    J’ai adoré les scènes où tu vois des bébés zèbres et des bébés léopards jouer ensemble. Ca en dit long sur le message que les créateurs veulent faire passer.
    Outre les messages à caractère plus politique, le film nous parle aussi d’amour et d’acceptation des autres. Nous faisant comprendre qu’on peut tous vivre ensemble dans la paix.
    Je crois que c’est un des meilleurs Disney qui soit sortit. Il en faudrait plus des films comme ça !

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